lundi 6 avril 2015

LETTRE OUVERTE AUX SENATEURS ET AUX DEPUTES De Nathalie, ex prostituée en bar à hôtesses


LETTRE OUVERTE AUX SENATEURS ET AUX DEPUTES
De Nathalie, ex prostituée en bar à hôtesses
#abolition2012

Crédit photo : Amir Darafsheh 


Pour moi qui ai été prostituée à 19 ans et pendant cinq ans, pénaliser les clients n’est que justice. Il s’agit tout simplement de remettre le monde à l’endroit. 

Alors que nos sénateurs ont choisir de revenir dix ans en arrière en rétablissant la pénalisation des victimes et en protégeant ceux qui leur font subir des violences, je veux dire ma colère.

Ne pas pénaliser les clients, rétablir le délit de racolage, c’est nous condamner encore une fois. C’est nous renvoyer à la culpabilité, nous accuser devant la société tout entière, nous interdire de prendre le chemin de la reconstruction. 

Laisser aux clients le droit de nous acheter, c’est leur permettre de nous détruire un peu plus à chaque fois, de faire de nous des marchandises. Notre identité disparaît et notre vie s’envole et se brise. Je le sais, je l’ai vécu, jusque dans ma peau. 

Non seulement il faut pénaliser les clients mais il faut le faire vraiment. On n’a pas parlé de la prostitution cachée, des bars à hôtesses que j’ai bien connus, un monde où règnent les contrats bidon, la violence et la dictature des tôlières. 

Où qu’il aille, au trottoir ou dans un bar à hôtesses, un client reste un client. Il fait ce qu’il veut, il frappe, il menace, il viole. Nous, nous subissons. Et c’est nous que la société condamne !

C’est un viol qui m’a permis de sortir de la prostitution : le viol de trop, par un « client » qui s’est payé le luxe de me dire, « si j’ai le sida, tu viens de l’attraper ». Tout ce que la patronne du bar a trouvé à faire, c’est de me forcer le lendemain à faire les quatre volontés de mon violeur. C’est ce moment de calvaire qui m’a donné la force de réagir et de m’enfuir. Finalement, c’est ce qui m’a sauvé la vie. Car cette patronne comptait m’envoyer au Maroc. J’étais une proie facile, seule et mal dans ma peau. Qui sait ce que je serais devenue…

La prostitution, c’est une partie de moi, un pan douloureux de mon histoire. Il est plus douloureux encore si rien n’est fait pour éviter à d’autres ce que j’ai vécu. Il faut tout faire pour permettre aux prostituées de sortir de cette impasse. Et il faut pénaliser les clients, et pas seulement dans la rue. 

1 commentaire:

Jerome Abeille a dit…

Votre histoire est très triste et douloureuse. L'avis de Médecins du Monde, des prostituées en exercice, du syndicat policier t de la magistrature, le bon sens populaire qui par sondage s'est exprimé en défaveur de cette loi sont également à prendre en compte. On ne pourra pas revenir sur votre passé , en revanche il est encore temps de protéger les femmes encore en exercice qui craignent et vont subir les conséquences de ce projet de loi , soutenu par des féministes sur un plan purement idéologique.