mardi 24 avril 2012

Compte-rendu de l'émission de France Culture : Répliques d'Alain Finkielkraut du 21 avril 2012 sur la domination masculine avec Marcela Iacub et Muriel Salmona



La domination masculine

le 21 avril 2012


Invité(s) :
Marcela Iacub, juriste et chercheuse française au CNRS,membre associée au Centre d'étude des normes juridiques de l'EHESS.
Muriel Salmona, psychiatre – Psychotraumatologue Responsable de l'Antenne 92 de l'Institut de Victimologie Présidente de l'Association Mémoire Traumatique et Victimologie


Émission avec un débat mouvementé sur l'affaire DSK, les viols leur réalité et leur traitement judiciaire, 

Où Marcela Iacub, invitée à l'occasion de la sortie de son livre "Une société de violeurs" dénonce la judiciarisation et la pénalisation des viols qu'elle trouve excessives. Pour elle, avec un nombre de plaintes et de condamnations qui a explosé par rapport aux années 70, la France est un des pays les plus répressif en matière de viol, où la garantie des accusés est mal protégée! Elle affirme ensuite que les victimes n'ont jamais été aussi prises en compte et bien accueillies dans les commissariats, que tout est fait pour qu'elles puissent facilement porter plainte et elle ajoute qu'elles sont très bien prises en charge (de quoi se plaignent-elles ? c'est moi qui le rajoute !). Elle dénonce aussi avec virulence, en la caricaturant à outrance, la position des féministes qui selon elle haïssent tous les hommes, ne rêvent pour se venger que de mettre un maximum de personnes en prison sur la seule foi de la parole des victimes, elle dit même que les féministes sont paranoïaques et adeptes de la théorie d'un complot des hommes contre les femmes, et qu'elles prétendent que les victimes ne peuvent se reconstruire et guérir que si leur violeur est lourdement condamné et croupit de longues années en prison ! Et quand je dis que c'est totalement faux que les victimes portent très peu plainte, qu'elles souhaitent avant tout que le viol et leurs préjudices soient reconnus, et que si elles ont le courage (car il en faut beaucoup les procédures étant tellement maltraitantes !) de porter plainte c'est avant tout pour éviter de nouveaux viols et protéger d'éventuelles victimes, Marcela Iacub avec un rire méprisant, rétorque "ah oui les femmes qui portent plainte sont toutes généreuses !!"

 Marcela Iacub considère également que la notion de sidération psychique est abusive et sans légitimité (être amoureuse entraînant pour elle aussi une sidération psychique !), utilisée par les féministes pour caractériser à tort et à travers des viols qui n'en sont pas et que cela va être la porte ouverte à toutes les injustices, elle considère aussi que le viol conjugal n'a pas de sens puisqu'il concerne des personnes ayant par définition des rapports sexuels et qu'il ne s'agit donc pas de viol mais de violence !!! et que cette notion de viol conjugal offre aux femmes le pouvoir exorbitant de décider pour chaque relation sexuelle s'il s'agit après coup d'un viol ou non. Et quand elle s'indigne c'est pour hurler que c'est ignoble de dire que les femmes violés ont de graves conséquences psychotraumatiques qui vont miner leur vie, que c'est les condamner, leur faire violence et même les torturer !!! Elle n'a que faire de mes explications concernant les connaissances scientifiques prouvées, et visibles sur des IRM, de l'impact des viols sur le cerveau. En un mot elle minimise la réalité des viols, leur fréquence et leurs conséquences, défend les agresseurs et accuse les victimes, les méprise et ne veut rien savoir sur leur souffrance et les troubles psychotraumatiques qu'elles présentent (d'ailleurs elle connait une amie victime de viol qui va bien et rajoute qu'il y a des gens qui ont été à Auschwitz qui n'ont pas été traumatisé, alors pour un viol…) 

En résumé, pour elle nous sommes dans une société qui hait le sexe et c'est pour cela que l'on dénonce tant de viols, car être du "matériel", cela peut être excitant !! En fait il faudrait  accepter que la sexualité soit violente et prédatrice et s'en accommoder, voire aimer cela et tout irait bien mieux… Il faudrait arrêter d'être d'horribles conservatrices et être moderne, c'est à dire être pour une conception ultra-libérale et libertaire du sexe et du droit, voire même mercantile. Peu importe les inégalités, les discriminations, les oppressions, les atteintes aux droits des plus faibles, les abus de faiblesse, les contraintes morales… Non seulement elle défend systématiquement les mis en cause qui comme DSK sont maltraités par celles qui se prétendent victimes et les féministes qui les soutiennent (car m'a-t-elle dit elle serait la seule à le faire, et qu'il n'y a rien de plus grave que de mettre un innocent en prison et que de toute façon dans un viol ce n'est que parole contre parole, alors…  le doute doit profiter à l'accusé), mais aussi une société qui prône la liberté avant tout sans tenir compte de la  nécessaire protection des plus fragiles à partir du moment où ce sont des adultes : "un renard libre dans un poulailler libre". Tans pis pour celles qui seront incapables de se défendre alors qu'elles n'ont pas eu un couteau sous la gorge ou un pistolet sur la tempe, à elles de se responsabiliser, et qu'elles ne viennent pas se plaindre, cela fait partie des règles du jeu…

J'ai eu droit pendant l'émission à la quasi totalité des stéréotypes sur le viol et sur les victimes de viol :

Les victimes sont les coupables : ces femmes qui portent plainte ou qui témoignent mentent, elles ne pensent qu'à se venger des hommes, elles pensent que toute sexualité est abominable et violente, elles ne comprennent pas qu'il s'agit en fait de sexe, elles sont en tant que victimes l'objet de toutes les attentions et qui continuent malgré tout de se plaindre et de revendiquer encore plus de possibilités de commettre de terribles injustices en mettant des innocents en prison, elles devraient aller bien, tourner la page et ne pas avoir de troubles psychotraumatiques après un viol car après tout il y en a bien qui s'en sortent très bien … le viol c'est pas si grave … on peut sans problème le déqualifier en agression sexuelle, voire même (pour les viols conjugaux) en violences simples !!! pas question de faire de la conjugalité une circonstance aggravante, passez à autre chose mesdames !

La société et les féministes sont des coupables qui diabolisent la sexualité et qui sont donc responsables du mal-être des femmes violées, qui les condamnent à être éternellement victimes et traumatisées, qui veulent de façon hystérique condamner trop lourdement les violeurs… Beau retournement digne des slogans de 1984 d'Orwell.

Elle a d'ailleurs écrit dans l' "Anti-manuel de la sexualité" :

"On prétend fonder notre conviction que ce qui se passe dans les actes sexuels est très grave sur le fait que ceux qui en sont victimes sont traumatisés, mais on contribue à faire de la sexualité quelque chose de traumatisant en disant que c'est si grave (…) Ne devrait-on pas plutôt chercher à relativiser ce qui s'est passé, et surtout, séparer la souffrance de la victime du châtiment du coupable (…) C'est ici la justice elle-même qui produit le traumatisme dont elle prétend protéger ses humbles brebis."

Et Alain Finkielkraut de conclure l'émission  : "évitons de mettre des innocents en prison"…

J'ai réussi à garder mon calme tout au long de l'émission, et j'ai essayé de rappeler les réalités du viol : sa gravité, ses chiffres, ses conséquences psychotraumatiques sur les victimes et les mécanismes en cause, le déni et les stéréotypes dont il fait l'objet, les dysfonctionnement des procédures policières et judiciaires..

Ne l'oublions pas, le viol est un crime jugé aux Assises qui se définit par "tout acte de pénétration sexuelle de quelque nature que ce soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise",  il ne s'agit en aucun cas de désir sexuel chez l'agresseur mais d'une volonté de faire mal, de détruire, et de soumettre. Les viols sont fréquents près de 75 000 femmes sont violées chaque années et encore plus de mineures (les viols sur mineurs représentent plus de 60 % de la totalité des viols à savoir plus de 90 000), 80% des viols sont commis par des personnes connues de la victime (30% des viols chez les femmes majeures sont des viols conjugaux commis par un partenaire ou un ex-partenaire, ce sont des viols avec circonstance aggravante et depuis la loi du 9 juillet 2010 la mention dans le code pénal de présomption de consentement des époux à l'acte sexuel a été supprimée ), moins de 10% des viols font l'objet de plainte et moins de 2% de condamnations (beaucoup de viols sont déqualifiés en agressions sexuelles et sont de ce fait correctionnalisés, les allégations mensongères sont rares, moins de 3 %, alors que 22 % des victimes se rétractent par peur, ou sous la menace). La loi du silence règne sur ces violences. Le viol est avec les tortures le traumatisme qui entraîne les plus graves conséquences psychotraumatiques avec 80% de risque de développer un état de stress post-traumatique. Le viol est responsable d'atteintes neurologiques de certaines structures cérébrales et de dysfonctionnement du circuit émotionnel et de la mémoire (ces atteintes régressent avec la prise en charge ). Les mécanismes neuro-biologiques l'origine de ces atteintes et des troubles psychotraumatiques sont maintenant bien connus, ils expliquent l'état de sidération psychique de la victime lors du viol (la victime est comme paralysée), l'état de dissociation et les troubles de la mémoire (amnésies et mémoire traumatique). Les victimes de viols dans leur très grande majorité ne sont pas prises en charge, elles sont abandonnées sans soin et sont obligées de vivre avec une mémoire traumatique du viol qui leur fait revivre à l'identique les violences avec les mêmes émotions, les mêmes douleurs et sensations, le même stress dépassé lors de réminiscences, de flash-back ou de cauchemars, cette mémoire traumatique envahit totalement la conscience, sans contrôle possible et provoque une détresse et une souffrance extrême pendant des mois, des années voire toute leur vie, elles vont devoir mettre en place des stratégies de survie (conduites d'évitement, conduites dissociantes pour s'anesthésier) qui auront un impact très lourd sur leur vie et leur santé.

En ce qui concerne l'enquête judiciaire il faut rappeler que le viol s'il est le plus souvent commis sans témoin, n'en est pas pour autant réduit à une situation de paroles contre paroles, de nombreuses preuves existent ainsi que des faisceaux d'indices graves et concordants qui permettent d'inculper la personne mise en cause : des preuves médico-légales (traces de violences, preuves biologiques : sperme, ADN, psychotraumatismes), la cohérence du discours de la victime et des faits rapportés, les personnes à qui elle en a parlé, le mode opératoire et la stratégie de l'agresseur, des écrits, des messages ou des enregistrements, ses incohérences, ses antécédents, l'existence d'autres victimes de l'agresseur, etc.

Et toujours notre campagne Pas de Justice pas de Paix, qui à démarré début mars avec son manifeste et sa pétition à signer pour soutenir le manifeste et la campagne (plus de 1500 signatures), sa plainte à envoyer aux élus, et son hashstag #jenaipasportéplainte (avec plus de 500 témoignages de victimes expliquant pourquoi elles n'avaient pas porté plainte) sur twitter, à suivre sur le blog pasdejusticepasdepaix et sur la page facebook Manifeste Pas de Justice pas de Paix

Muriel Salmona, psychiatre, psychotraumatologue
présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie
http://www.memoiretraumatique.org/


Pour en savoir plus sur les viols et leurs conséquences psychotraumatiques  :

Les articles  ”Dissociation, mémoire traumatique et violences sexuelles : des conséquences graves sur la santé à soigner : , et ”  Conséquences des troubles psychotraumatiques et de leurs mécanismes neurobiologiques sur la prise en charge médicale et judiciaire des victimes de viols


La page Viols et Traumas du blog Pas de Justice pas de Paix : http://pasdejusticepasdepaix.wordpress.com/viols-traumas/




Deux de mes articles sur l'affaire DSK : “La victime c’est la coupable !… complicités institutionnelles dans les crimes de viols.” http://stopauxviolences.blogspot.com/2011/09/la-victime-cest-la-coupable-article-de.html , ”La nausée…” http://stopauxviolences.blogspot.com/2011/07/la-nausee-article-de-la-dre-muriel.html,


L'article Mémoire traumatique et conduites dissociantes avec les références scientifiques les plus récentes : “Mémoire traumatique et conduites dissociantes” : http://stopauxviolences.blogspot.com/2012/03/dernier-article-de-muriel-salmona-avec.html


et la page du site memoiretraumatique.org sur les mécanismes neuro-biologiques psychotraumatiques : http://memoiretraumatique.org/psychotraumatismes/origine-et-mecanismes.html
et  la page du site mémoiretraumatique.org sur les violences sexuelles : http://memoiretraumatique.org/memoire-traumatique-et-violences/violences-sexuelles.html
Numéros nationaux d’aide aux victimes :



1 commentaire:

Unknown a dit…

Je suis abasourdie par la teneur des propos de cette femme qui vient cautionner par ses prises de position la violence! De l'exception : rapports sadomasochistes consentis elle veut en faire une généralité! Il se rait utile de la faire participer a un groupe de parole de victimes !
Bon google ne me reconnaît pas! Je signe là Nicole Henry