jeudi 14 octobre 2021

Remise de la citoyenneté d'honneur de la ville de Paris au Dr Denis Mukwege prix Nobel de la Paix 2021 le 14 avril 2021 + sortie de son ouvrage La force des femmes + dîner de travail


Remise de la citoyenneté d'honneur de la ville de Paris à l'Hotel de ville au Dr Denis Mukwege prix Nobel de la Paix 2018 et prix Sakharov 2014 par Madame la maire de Paris Anne Hidalgo le 14 avril 2021 pour honorer ses actions et son combat au péril de sa vie pour la justice et la paix en RDC, contre l'impunité des massacres et viols systématiques perpétués depuis plus de 25 ans en RDC, ainsi que pour son engagement quotidien  pour que les femmes et les filles victimes de viols obtiennent justice, soins et réparations. 





vidéo du discours du Dr Denis Mukwege le 14 avril 2021 au Conseil de Paris à l'occasion de la remise de sa citoyenneté d'honneur de la ville de Paris par Madame la maire de Paris Anne Hidalgo








Alors que les massacres et les viols continuent à être perpétrés en RDC en toute impunité, plus que jamais nous devons nous mobiliser pour la vérité et la justice et pour être, comme nous le demande Denis  Mukwege, les porte voix des sans voix, de toutes ces victimes dont on a étouffé les voix, pour que leurs droits soient enfin respectés.Mais nous devons également rester très vigilant.e.s en ce qui concerne la sécurité du Dr Denis Mukwege pour qu’elle soit effective et efficace dans la durée.


Nous soutenons le courageux combat du Dr Denis Mukwege contre l’impunité, et demandons avec lui que les préconisations du rapport Mapping de l’ONU (2010) sur les centaines de massacres (plus de 600) commis en RDC de 1993 à 2003 soient enfin prises en compte et appliquées, avec notamment la création d’un Tribunal Pénal International pour la RDCongo et/ou la création de chambres mixtes composées de juges internationaux et congolais.


Pour soutenir le combat du Dr Denis Mukwege et assurer sa protection contre les menaces de mort 
Pétition à signer : 


Dîner de travail  avec le Dr Denis Mukwege



Dîner de travail le 13 octobre 2021 avec le Dr Denis Mukwege pour élaborer des préconisations au niveau international pour améliorer la prise en compte des troubles psychotraumatiques dans le cadre des prises en charge holistique (médicale, psychologique, sociale et juridique) des victimes de violences sexuelles et lutter pour le respect de leurs droits, pour une meilleure justice et contre l'impunité de ces graves violations des droits humains 
cf mon article de 2019 : 
L’analyse de la mémoire traumatique et desautres symptômes psychotraumatiquesune technique thérapeutique et médico-légale au secours des droits des victimes de viol pour obtenir soins, justice et réparations
https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Articles-Dr-MSalmona/2020_analyse_memoire_traumatique_au_secours_des_droits_viol_soins_justice_reparations.pdf







 



Parution le 14 avril du nouvel ouvrage du Dr Denis Mukwege aux éditions Gallimard 
La force des femmes 


jeudi 7 octobre 2021

Ma tribune Nausée et desespérance : #Pédocriminalité « A ceux qui n’ont pas besoin de sauver leur vie… épisode 2


Nausée et désespérance


#Pédocriminalité  «  A ceux qui n’ont pas besoin de sauver leur vie… épisode 2


Dre Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie

Le 7 octobre 2021



Entendre à nouveau à l’occasion de la remise du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (CIASE), sur toutes les ondes, comme dans tant d’autres occasions, tel un mantra, que les chiffres rapportés de victimes de violences sexuelles dans l’Eglise (330 000 depuis 1950) sont accablants, que c’est un choc, un séisme comme si une nouvelle fois tout un chacun découvrait l’ampleur de la pédocriminalité, de sa gravité, et celle du déni et de la loi du silence qui ont permis à tant de criminels d’agir en toute impunité.


S’entendre demander si cela nous surprend…, entendre jusqu’à la nausée des termes comme pédophilie, abus qui maquillent la réalité, subir à nouveau des débats sur la prescription et toujours les mêmes arguments d’une mauvaise foi confondante contre l’imprescriptibilité, alors que les témoignages recueillis par la commission Sauvé démontrent encore une fois à quel point tout s’oppose à ce que les victimes puissent porter plainte dans les délais imposés par la prescription ; à commencer par l’amnésie traumatique et par la faillite de toutes les institutions à les protéger, à leur offrir les soins nécessaires pour traiter leurs traumas. Subir les justifications et la propagande de ceux qui étaient acteurs et complices du système pédocriminel. Subir le silence abyssal du gouvernement qui n’a toujours pas fait de la lutte contre ces violences une priorité politique et n’a toujours pas considéré comme incontournable de reconnaître la faillite de ses institutions (protection de l’enfance, éducation, santé, solidarité, police, justice) et le manquement grave à ses obligations internationales (de prévention de ces violences, de protection et de prises en charge des victimes ainsi que de poursuite et de condamnations des auteurs) face à des violations aussi graves des droits humains, ni de mettre en place immédiatement toutes les mesures et les réformes ambitieuses indispensables que nous réclamons depuis si longtemps. Et non des énièmes mesures de papier qui ne seront pas appliquées faute de volonté et de moyens, des énièmes commissions qui étudieront ce qui est déjà connu depuis des décennies, qui demanderont à des victimes de témoigner, ce qu’elles ont déjà fait et refait avec un courage inépuisable, et de, finalement, laisser toujours sur le bord de la route les victimes surtout celles ne peuvent pas parler, qui sont les plus invisibilisées car les plus en situation de handicap, de précarité, de discrimination, celles qu’on ignore et discrédite le plus.


Tout cela nous est intolérable et nous écœure au plus haut point, nous victimes qui alertons et nous battons contre ces violences depuis si longtemps.


Nous avons été victimes de viols dans la petite enfance. Des hommes cruels, tout-puissants et inhumains, presque toujours des proches, ont pu nous réduire à néant. Ils étaient soutenus, contrairement à nous. Ils fascinaient alors que nous n’étions que des objets de mépris.


Nous avons été fracassé.e.s. Nous avons dû survivre dans une solitude glacée. Nous avons grandi dans la violence, la douleur, l’incompréhension, la culpabilité et la haine de nous-mêmes. Nos nuits étaient peuplées de pleurs et de cauchemars, et nos journées se résumaient à une marche forcée pour tenter d’être comme les autres.


Nous n’avions pas de droit, aucune légitimité, la justice n’était pas pour nous, l’idée même qu’on puisse nous rendre justice nous était inconcevable. Nous n’avions aucune grille de lecture disponible pour penser et identifier ce qui nous était arrivé ni pour interpréter tous nos symptômes. Rien dans tout ce qui nous entourait, dans tout ce qui nous était transmis et enseigné ne pouvait nous éclairer sur notre souffrance. 


Nous avons été abandonné.e.s, laissé.e.s pour compte, exposé.e.s à un tel danger et un tel stress que notre cerveau n’a pas eu d’autre solution pour nous protéger que de nous dissocier et de nous anesthésier émotionnellement pendant de très longues années. Et c’est ainsi que nous avons été privé.e.s de nous-même, de notre mémoire, des moyens de défendre nos droits, condamné.e.s au silence pendant que ceux qui nous avaient détruits pouvaient parader et s’imposer comme des personnes importantes, toute-puissantes ayant bien plus de valeur que nous.


Mais si, confronté.e.s à la mort intérieure d’une grande partie de nous-même et à l’impossibilité d’avoir accès à notre histoire nous ne pouvions nous donner aucune légitimité à revendiquer nos droits en tant que victimes de crimes, ni aucun aucun espoir que justice nous soit rendue, ce n’est pas pour autant que nous avons renoncé à défendre le droit des personnes opprimées et victimes des pires violences. 


Le scandale de la violence faite aux plus vulnérables, aux enfants, aux femmes, aux opprimés, nous en avons pris conscience très tôt, et pour cause. Nos yeux étaient à jamais grand ouverts sur les atrocités de ce monde et sur l’indifférence cruelle et les injustices en cascade que subissaient les victimes.


L’extrême violence que nous avons subie a étouffé nos voix pour nous défendre nous-même, mais pas nos voix pour défendre les autres victimes. Nous avons décidé d’être leur porte-voix, de nous battre pour un monde plus juste, un monde qui ne soit plus régi par la loi du plus fort. Nous avons décidé de tout faire pour rendre justice aux victimes, pour servir leur cause. Nous nous sommes battu.e.s, bien au-delà de nos forces, nous avons voulus nous croire d’une solidité à toute épreuve, nous avons voulu déplacer des montagnes. Nous y avons cru, nous l’avons fait, mais pour quel résultat ?


Nous nous sommes toutes et tous reconnus et unis par delà les époques et les espaces pour collecter, analyser, relier et synthétiser nos travaux, nos savoirs, nos expériences, nos luttes, pour les compléter, les porter et les diffuser afin d’informer et d’alerter. Et nous avons découvert effarés à quel point tout le travail que nous faisions avait déjà été fait, mais totalement nié et invisibilisé. À quel point les criminels et leurs complices ont développé une énergie incroyable pour décrédibiliser les travaux sérieux, statistiquement accablants et incontestables de grands scientifiques, pour nous ignorer et nous faire taire. À quel point toute une propagande dominante, anti-victimaire et mystificatrice, avait réussi à s’imposer pour rendre les victimes invisibles et pour maquiller ou effacer tous ces crimes malgré les preuves, les témoignages, et les connaissances scientifiques accumulées.


C’est un choc d’être confrontée à cette intentionnalité de nier la réalité des crimes commis et la gravité de leurs conséquences traumatiques au mépris des données scientifiques accumulées. Ce que j'écris en tant que psychiatre depuis des années, ce n'est pas un exposé de prétendues "théories" comme aiment à le répéter mes détracteurs aussi ignorants que malveillants, c'est une synthèse bien incomplète d'une quantité de travaux d’autres médecins et universitaires (parus dans des revues prestigieuses telles que le Lancet, le New England Journal of medecine, le Journal of consulting and clinical  psychology, l'American Journal of psychiatry…) qui prouvent depuis des décennies la gravité des conséquences des crimes commis (citons parmi beaucoup d'autres les travaux considérables et remarquables de Rebecca Campbell, Vincent Felitti, Robert Anda, Rachel Yehuda, James Douglas Bremner, Linda Meyer Williams, Susan Hillis, Bessel Van der Kolk, Denis Mukwege…). C’est traumatisant de voir qu’à chaque fois que nous apportons des connaissances essentielles supplémentaires, des enquêtes, des travaux, des analyses qui éclairent la réalité et rendent justice aux victimes en battant en brèche tous les stéréotypes, les fausses représentations et la culture du viol qui leur ont tant nui, rien ne change rien ou si peu. Les violences et leur impunité ne régressent pas, bien au contraire… Le déni sort gagnant encore et toujours. La seule et grande satisfaction qui nous reste est celle de rendre justice aux victimes qui se reconnaissent dans toutes les connaissances que nous leur transmettons, qui se sentent un peu moins seules, moins coupables et plus légitimes. Mais fondamentalement rien ne bouge ou si peu, les victimes continuent à subir des violences, à ne pas être protégées, à ne pas être secourues ni aidées, à ne pas être soignées ni réparées, à ne pas obtenir justice. Et les agresseurs continuent à bénéficier d’une complicité généralisée et d’une totale impunité.


C’est presque toujours aux victimes de témoigner, de forcer une société qui ne veut ni voir ni savoir à ouvrir les yeux sur les violences et à reconnaître leur gravité et leurs conséquences désastreuses sur les victimes, de lutter contre les violences et leur impunité, de faire avancer les lois et le respect des droits des victimes. Mis à part les quelques proches qui nous soutiennent avec abnégation, nous devons combattre dans la solitude en faisant face à l'hostilité constante et à une haine sidérante. Tout est fait pour nous décourager, nous discréditer et nous faire taire, mais nous ne nous tairons pas ! Nous ne sommes pas achetables, nous n’avons rien à perdre et nous continuerons à demander des comptes, la vérité triomphera.


Tous ces criminels et leurs si nombreux et zélés complices finiront par être démasqués les uns après les autres, par devoir payer, par tomber dans les poubelles de l'histoire.



à lire également l'épisode 1 posté le 11 avril 2011

#MeTooInceste : "A ceux qui n’ont pas besoin de sauver leur vie…" 


Et ma tribune parue le 12 janvier 2021 dans le Monde après la sortie du livre de Camille Kouchner  'La familia grande" 

https://stopauxviolences.blogspot.com/2021/01/tribunes-et-entretiens-de-kla-dre.html




lundi 4 octobre 2021

Deuxième édition actualisée et augmentée du livre de la Dre Muriel Salmona VIOLENCES SEXUELLES Les 40 questions Réponses à paraître le 6 octobre 2021 chez Dunod

 


VIOLENCES SEXUELLES 

Les 40 questions-réponses incontournables

Deuxième édition du livre de la Dre Muriel Salmona

actualisée et augmentée 

éditée chez Dunod  parution octobre 2021

https://www.dunod.com/sciences-humaines-et-sociales/violences-sexuelles-40-questions-reponses-incontournables-0

disponible en librairie et en version e-book ou broché sur les sites

DUNOD FNAC DECITRE AMAZON …



Qui sait que 81 % des victimes de violences sexuelles ont subi les pre­mières violences avant l’âge de 18 ans ? Qui sait qu’une femme sur 5 et un homme sur 14 ont subi des agressions sexuelles dans leur vie ? que plus de 250 000 viols sont commis chaque année en France essen­tiellement par des proches et dans tous les milieux sociaux ?
Qui sait que l’impact des violences sexuelles sur la santé des victimes est majeur à court, moyen et long termes ?
L’objectif de cette nouvelle édition entièrement actualisée est de dénoncer les idées fausses, la culture du viol, le déni, la loi du silence, l’impunité, de demander que les droits des personnes victimes soient respectés, pour qu’elles soient protégées, reconnues, soignées, et qu’elles obtiennent enfin justice et réparations.
Cet ouvrage donne des outils pour mieux comprendre les victimes de violences sexuelles et fournit des réponses claires et documentées :
- aux questions que personne ne devrait plus se poser ;
- mais aussi aux questions que tout le monde devrait se poser.

Ce livre éclaire d’un jour nouveau ce phénomène de masse qui sévit partout, et qui pourtant est encore trop souvent tabou.


pour feuilleter le début du livre cliquez ICI


Introduction à lire 


Pourquoi est-il si important d’être informé sur les violences sexuelles et leur impact traumatique sur les victimes ? 


Depuis la première parution de ce livre en 2015, une déflagration a eu lieu avec le mouvement #MeToo. Ce hashtag, né sur les réseaux sociaux en octobre 2017 lors du scandale de l’affaire Harvey Weinstein aux États-Unis, a eu un succès foudroyant et a permis une libération historique de la parole des femmes victimes de violences sexuelles, qui, par vagues successives, a déferlé dans le monde entier. Et cette déferlante ne s’est jamais arrêtée depuis, s’étendant à tous les pays, à tous les milieux, même les plus improbables. 

Tout est parti d’une enquête du New York Times publiant les témoignages de nombreuses actrices qui rapportaient les violences sexuelles qu’elles avaient subies de la part du producteur le plus puissant d’Hollywood. Alors que depuis des décennies tout le monde savait, que plusieurs victimes avaient déjà dénoncé les agissements d’Harvey Weinstein, il ne s’était jamais rien passé, le déni, la loi du silence avaient fonctionné à merveille et permis au producteur de continuer à agresser sexuellement des actrices en toute impunité. Ce scandale a révélé au grand jour l’ampleur des violences sexuelles que subissaient les femmes dans le milieu du cinéma, la gravité du phénomène, le déni et la tolérance complice qui avaient régné jusque là. Les témoignages relayés par les médias ont suscité tellement d’indignation et de solidarité avec les actrices que de plus en plus de femmes se sont senties en sécurité et légitimes pour témoigner à leur tour des violences qu’elles avaient subies. La parole s’est libérée comme une traînée de poudre, les témoignages se sont multipliés avec le hashtag #MeToo. Soudain la parole de ces femmes était entendue, elles étaient crues, reconnues et des agresseurs si longtemps protégés étaient mis en cause. Un vent d’espoir et de solidarité s’est levé pour les femmes du monde entier. 

Mais en France, alors que la lutte contre ces violences sexistes et sexuelles a été déclarée grande cause nationale en novembre 2017, le hashtag #MeToo et le hashtag français #Balancetonporc, lancé par Sandra Muller ont eu du mal à s’imposer. Les témoignages et les dénon- ciations ont été présentés comme des délations lorsque des agresseurs étaient nommés, et aucune des personnalités connues mises en cause n’a été inquiétée, elles ont pu continuer leur carrière, recevant des marques de considération et continuant à occuper des postes honorifiques. Sandra Muller sera même poursuivie en diffamation par celui qu’elle a nommé ; condamnée, elle sera relaxée en appel. 

Les voix des victimes les plus vulnérables et les plus discriminées ont été étouffées, bien qu’elles représentent la majorité des cas (enfants, personnes handicapées, placées en institutions, racisées, marginalisées...), et ce malgré de nombreuses enquêtes édifiantes qui montraient l’ampleur de cette pédocriminalité et de ces violences sexistes et discriminatoires, malgré de nombreux témoignages, ouvrages, articles, pièces de théâtre, films, documentaires, podcasts au retentissement important, alors que de plus en plus de milieux se sont révélés gangrenés par l’ampleur des violences sexuelles commises en leur sein (Église, milieux sportifs, artistiques, universitaires...). De façon implacable, les résultats des étudesstatistiques et des enquêtes donnaient des chiffres effarants et montraient combien l’impunité, le déni et la culture du viol continuaient de régner dans l’indifférence générale. Il a fallu que des scandales judiciaires éclatent en France pour que soit mise en évidence l’incroyable impunité dont bénéficiaient les pédocriminels et la maltraitance que subissaient les victimes. Ces scandales ont ému l’opinion publique, particulièrement les affaires de Sarah à Pontoise et de Justine à Meaux, petites filles de 11 ans, considérées par la justice comme consentantes à subir des pénétrations par des hommes de 27 et 22 ans, en raison de l’absence de seuil d’âge du non-consentement. Nous avons lancé fin 2017 un manifeste pour lutter contre l’impunité des crimes sexuels et pour mieux protéger et respecter les droits des victimes de violences sexuelles. Ce manifeste, réclamant un plan national et 8 mesures urgentes, cosigné par 29 associations et soutenu par près de 106 600 signataires, a été présenté à la secrétaire d’État à l’Égalité des droits entre les femmes et les hommes. Certaines de nos mesures ont été prises en compte, comme la création d’une plateforme performante de signalement en ligne des violences sexistes et sexuelles, et la création de 10 centres du psychotraumatisme (bien loin des 100 prévus dans le cahier des charges que nous avions élaboré avec la Délégation à l’offre de soin). Un projet de loi a été élaboré puis voté en 2018 (loi Schiappa), mais, faute de courage politique, les mesures phares attendues n’ont pas été prises : si le délai de prescription des crimes sexuels commis sur les mineurs a été prolongé à 30 ans après la majorité, nous n’avons pas obtenu d’imprescriptibilité ni de levée de prescription pour les crimes en série et en cas d’amnésie traumatique, et surtout, la loi a échoué à mettre en place les seuils d’âge du non-consentement promis par le gouvernement et le président lui-même pour les mineurs de moins de 15 ans et en cas d’inceste. La déception a donc été grande : sans seuil d’âge la justice pouvait continuer à rechercher le consentement des enfants de tout âge à des actes sexuels. 

L’année 2020 a marqué un tournant et une prise de conscience vis-à-vis de la pédocriminalité et de la propagande qui l’accompagnait pour la rendre tolérable, avec la sortie du livre de Vanessa Springora, Le consentement, qui dénonçait Gabriel Matzneff et tout un milieu intellectuel et littéraire qui avaient pu faire dans les années 70 et 80 l’apologie de la « pédophilie » sous couvert de liberté sexuelle et d’élitisme. 

Mais la partie la plus importante de la pédocriminalité continuait à rester dans l’ombre, celle exercée au sein même de la famille, jusqu’à ce début 2021 où la parution du livre de Camille Kouchner, La familia grande, dans lequel elle raconte les viols subis par son frère jumeau, a fait voler en éclat cet ultime tabou de l’inceste. 

Il était temps, les victimes d’inceste n’en pouvaient plus d’être bâillonnées ! En un week-end, plus de 80 000 tweets ont été postés sous le hashtag #MeTooInceste, avec un retentissement international. Les médias se sont mis résolument du côté des victimes et leur ont donné une large tribune, ainsi qu’à celles et ceux qui se battent quotidiennement pour elles. La couverture médiatique exemplaire du livre de Camille Kouchner a permis d’offrir aux victimes d’inceste une légitimité et une sécurité inédites pour témoigner. Elles se sont senties enfin entendues. L’idéalisation de la famille, le déni, la loi du silence et la propagande anti-victimaire des agresseurs et de leurs complices, si efficaces pour faire disparaître les crimes et réduire les victimes au silence, ont soudain été balayés par cette clameur puissante jamais égalée. La société a semblé se réveiller enfin et découvrir horrifiée la gravité de cette criminalité, cruelle, dégradante et inhumaine, comme la qualifie la Cour européenne. Le président de la République lui-même a réagi en postant une vidéo sur le réseau social Twitter, reconnaissant l’urgence d’agir et la nécessité d’un changement radical de société. Il s’est engagé à entendre et protéger les victimes de violences sexuelles dans l’enfance, et à ne laisser aucun répit aux agresseurs, donc à lutter contre leur impunité. Il a tenu des propos forts : « On est là. On vous écoute. On vous croit. Et vous ne serez plus jamais seuls ». « Ces témoignages, ces paroles, ces cris, plus personne ne peut les ignorer. Contre les violences sexuelles faites à nos enfants, c’est aujourd’hui à nous d’agir. » S’en est suivie une volonté de réforme de la part du gouvernement et des législateurs, qui a abouti à ce que nous réclamions depuis si longtemps : une protection spécifique et renforcée des enfants vis-à-vis des violences sexuelles, avec le vote d’un seuil d’âge du non-consentement à 15 ans, et à 18 ans en cas d’inceste. 

Ce vote, 3 mois à peine après #MeTooInceste, associé à la création d’une Commission indépendante inceste et violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), est une avancée historique, mais il nous laisse un goût amer. D’abord parce que cette nouvelle loi exclut de nombreux enfants d’une protection renforcée et les quelques mesures annoncées de dépistage à l’école et de remboursement de soins psychologiques ne peuvent pas masquer la faillite totale des institutions pour lutter contre ces violences sexuelles. Elles servent de cache-misère à une situation catastrophique. 

Car l’État a failli à toutes ses obligations internationales, à savoir celles de prévenir ces violences, protéger et prendre en charge les victimes, et punir les agresseurs. Un état des lieux accompagné d’une analyse précise serait indispensable afin de remédier à cette situation en mettant en œuvre les réformes nécessaires. L’État doit assumer la responsabilité d’avoir failli à ses obligations et doit en rendre compte, il doit réparer les victimes qui ont été abandonnées, mises en danger, laissées pour compte, sans protection, sans prise en charge ni soins, sans justice ni réparation : leurs droits ont été piétinés et elles ont subi une cascade d’injustices, de lourds préjudices et une scandaleuse perte de chance en termes de santé et d’intégration sociale. 

La route reste longue pour lutter contre le déni, la loi du silence, la culture du viol, les stéréotypes sexistes et les théories victimaires, sans oublier la méconnaissance des conséquences psychotraumatiques des violences, qui nuisent gravement aux victimes, les rendant coupables de leur propre malheur, les présentant comme indignes et illégitimes, ne méritant pas qu’on soit solidaire avec elles. Cette propagande charrie des stéréotypes, des idées fausses et des mensonges qui résistent à toutes les grandes avancées dans la connaissance de la réalité de ces violences, de la gravité de leurs conséquences depuis plus de 30 ans. Cette propagande omniprésente gangrène les institutions, empêche que les victimes soient entendues et prises en compte et verrouille la mise en place des réformes et des formations nécessaires dans le cadre de la protection des victimes, de la prise en compte des psychotraumatismes, et de la justice. Pour sortir de cette situation il faut informer et former sans relâche, lutter contre les inégalités et les discriminations, et surtout respecter les droits des victimes pour qu’elles soient enfin légitimées, protégées, soignées et réparées. 

Mais rien n’est simple. Nous allons voir que malgré l’impressionnant chemin parcouru en plusieurs décennies, déni, loi du silence, culture du viol et impunité, alimentés en permanence par des stéréotypes sexistes et des théories anti-victimaires haineuses, résistent à tout. Les violences sexuelles continuent à être vues au travers du prisme déformant imposé par les agresseurs et leurs complices, avec leur propagande ; rendre justice aux victimes en légitimant leur parole et en reconnaissant leurs souffrances est essentiel. 

Si en 2021, tout le monde s’accorde sur le fait que subir des violences sexuelles est grave et traumatisant, et représente une atteinte aux droits, à la dignité et à l’intégrité physique et psychique des victimes... 

Si en France un travail énorme d’information, de campagne et de lutte contre les violences sexuelles a été fait depuis plus de 30 ans par des associations féministes, si des numéros nationaux ont été mis en place comme « femmes-viols-information, » le 39-19 et le 119, si nous avons obtenu qu’une plateforme gouvernementale de signalement des violences sexistes et sexuelles par tchat 24 h/24 soit mise en place en 2018, si les plans gouvernementaux triennaux de lutte contre les violences faites aux femmes ont, depuis 2011, abordé la question du viol et des agressions sexuelles et en ont fait une des grandes causes nationales du quinquennat d’Emmanuel Macron, si les violences sexuelles envers les enfants ont été enfin prises en compte lors du premier plan triennal de lutte contre les violences envers les enfants en 2017 et de nouvelles lois pour renforcer la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants ont été votées en 2018 et 2021, si une Commission indépendante inceste et violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) a été créée en 2021... 

Si les agressions sexuelles sont considérées par la loi comme des délits jugés au tribunal correctionnel et les viols comme des crimes jugés en cour d’assises, et si la loi française, grâce aux nombreuses mobilisations, s’est améliorée ces dernières années, à partir des définitions de la loi de 1980 (qui qualifiait les agressions sexuelles et les viols datteintes ou de pénétrations sexuelles commises par violence, contrainte, menace, ou surprise) : 

  • en redéfinissant de façon plus complète et précise les notions de contrainte morale et surprise (avec les lois du 8 février 2010 et du 3 août 2018) et le crime de viol comme « Tout acte de pénétration de quelque nature qu’il soit, ou tout acte bucco-génital (depuis la loi du 21 avril 2021) commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur (depuis la loi du 3 août 2018) par violence, contrainte, menace ou surprise » ;
  • en créant enfin, avec la loi du 21 avril 2021, de nouveaux crimes de viols et délits d’agression sexuelle spécifiques pour les mineurs quand ils sont commis par des majeurs, en fonction d’un seuil d’âge du non-consentement à 15 ans, à condition que la différence d’âge entre le majeur et le mineur soit d’au moins 5 ans, et d’un seuil d’âge du non-consentement à 18 ans en cas d’inceste, à condition qu’il soit commis par un membre de la famille ascendant direct ou ayant une autorité de droit ou de fait sur les mineurs (ces nouveaux crimes et délits spécifiques commis sur un mineur par un majeur ne nécessitant pas d’établir la preuve d’une violence, d’une contrainte, d’une menace ou d’une surprise pour constater et punir le viol ou l’agression sexuelle) ;
  • en reconnaissant le viol conjugal en 2006, en réintroduisant la qua- lification d’agressions sexuelles et de viols incestueux depuis 2016 et en l’élargissant aux majeurs en 2018, en reconnaissant la prostitution comme une violence sexuelle avec la mise en place d’une pénalisation du client en 2016, et la qualification de viol ou d’agression sexuelle pour la prostitution des mineur · e · s de moins de 15 ans... 

en améliorant la définition du harcèlement sexuel et en créant un nouveau délit de « sextorsion » ; 

en élargissant les délais de prescriptions qui ont doublé pour les majeurs en 2017 passant de 3 à 6 ans pour les délits et de 10 à 20 ans pour les crimes, et qui, pour les mineurs sont passés en 2004 à 20 ans après la majorité pour les viols et les délits sexuels aggravés, et en 2018 à 30 ans pour les viols, avec la mise en place en 2021 d’une prescription glissante en cas de crimes et délits sexuels commis en série par un même agresseur sur plusieurs victimes mineures (les délais de prescription d’un viol et d’une agression sexuelle étant alors prolongés jusqu’à la date de prescription de la nouvelle infraction). 

Si les connaissances sur les violences sexuelles et sur leur impact très lourd sur la santé mentale et physique des victimes ont beaucoup progressé ces deux dernières décennies, si des recherches, des enquêtes et des études françaises et internationales ont permis de mieux évaluer la fréquence, la réalité et la gravité des violences sexuelles, de mieux répertorier les troubles psychotraumatiques que toute victime peut présenter, de mettre en évidence des atteintes neurologiques, de mieux en connaître les mécanismes neurobiologiques, et les symptômes, et de développer des traitements adaptés et efficaces, si depuis 2018 nous avons enfin obtenu l’ouverture de 15 centres du psychotraumatisme (alors que nous en réclamions 100)... 

Force est de reconnaître que sur le terrain tout se passe malheureu- sement très différemment. Loi du silence, déni, impunité quasi-totale, absence de formation des professionnels, absence de reconnaissance, de protection et abandon des victimes de violences sexuelles règnent encore en maîtres. 

La méconnaissance de la réalité des violences sexuelles, de leur fréquence, et de la gravité de leur impact traumatique, conduit à les reléguer encore dans la catégorie « faits divers » sans en reconnaître le caractère systémique et sexiste. Et la culture du viol et ses fausses représentations, ses stéréotypes, en désignant a priori la victime comme coupable d’avoir menti, d’avoir provoqué le viol, ou d’y avoir en fait consenti, continuent à assurer une impunité quasi totale aux agresseurs. 

Pourtant, les violences sexuelles sont considérées en droit européen comme des traitements cruels, inhumains et dégradants, et de plus en plus, en droit international, comme une forme de torture. Ce sont des crimes de premier ordre que les États ont la responsabilité et l’obligation de prévenir et de punir, quel qu’en soit l’auteur. 

Et quand bien même les violences sexuelles seraient reconnues, leurs conséquences psychotraumatiques ne le sont pas comme telles, ni traitées spécifiquement. Pourtant l’Organisation mondiale de la santé en fait depuis 2010 un problème majeur de société et de santé publique. 

Cette méconnaissance des symptômes psychotraumatiques explique que les victimes restent le plus souvent incomprises, et participe large- ment aux idées fausses les concernant. Pire, elles sont mises en cause pour des réactions et des comportements qui sont des conséquences psychotraumatiques normales des violences sexuelles (McFarlane, 2010). 

De plus, cette coupable ignorance est responsable d’une disqualifica- tion de la parole des victimes dans le cadre des procédures policières et judiciaires, puisque des réactions normales dues au traumatisme comme la sidération, la mémoire traumatique ou la dissociation mettront en cause leur crédibilité. 

Et comme les victimes les plus traumatisées et les plus en danger sont très dissociées et donc anesthésiées émotionnellement, rares sont les personnes qui se préoccupent de leur sort et ont peur pour elles. La dissociation traumatique étant perçue, par ignorance, comme une absence de souffrance et de sensibilité, ou une limitation intellectuelle chez la victime, elle suscite au mieux une indifférence de la part de tous ceux qui l’entourent ou l’accompagnent, et au pire une maltraitance et une revictimisation. 

Pourtant nous savons très bien décrire cliniquement ces troubles psychotraumatiques, les diagnostiquer, et nous savons les traiter effi- cacement avec des techniques psychothérapiques qui permettent une intégration de la mémoire traumatique en mémoire autobiographique et une récupération des atteintes neurologiques grâce à la neuroplasticité du cerveau (Elhing, 2003). 

Qui connait les faits suivants ? 

Les violences sexuelles sont présentes dans tous les milieux et sont avant tout commises par des hommes qui sont des proches, dans près de 90 % des cas pour les victimes majeures et dans 94 % des cas pour les victimes mineures (ONDRP 2018, enquête IVSEA (Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte), de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, 2015). 

Plus d’une femme sur 6 et un homme sur 20 ont subi des violences sexuelles dans leur vie (enquête CSF, 2008). 

Les victimes sont en majorité des enfants : 81 % des victimes de violences sexuelles avaient moins de 18 ans lors des premières violences sexuelles, 51 % moins de 11 ans et 21 % moins de 6 ans et près de 60 % des viols sont commis sur des mineur·e·s ; 18 % des femmes et 7,6 % des hommes ont subi des violences sexuelles dans leur enfance ? Chaque année 94 000 femmes majeures et 16 000 hommes majeurs subissent des viols et des tentatives de viol. En croisant les chiffres des études de victimation 130 000 filles en subiraient, et plus de 35 000 garçons. 10 % des Français · e · s ont subi un inceste, soit 6,7 millions de personnes (Face à l’inceste/IPSOS 2020) L’âge moyen des victimes mineures est de 10 ans... (OMS, 2014, IVSEA, 2015, CSF, 2008, VIRAGE 2017, MTV/IPSOS, 2019). 

La pédocriminalité sur le net explose ! On y recensait 1 million de photos et de vidéos en 2014, 45 millions en 2018 et plus de 70 millions en 2019, impliquant des enfants (des filles dans 90 % des cas) de plus en plus jeunes (3 à 13 ans dans 90 % des cas) exploités le plus souvent par des membres de leur famille (des hommes dans 99 % des cas) et subissant des actes de plus en plus barbares. La France est le troisième pays du monde (et le deuxième en Europe) en nombre de sites et d’utilisateurs... 

  • Les agresseurs sont des hommes dans 9 cas sur 10, mineurs dans 25 à 30 % des cas. Dans leur grande majorité, ils sont connus de la victime, et dans la moitié des cas ce sont des membres de la famille (IVSEA, 2015 ; VIRAGE, 2017 ; MTV/IPSOS, 2019).
  • Moins de 10 % des victimes de viol portent plainte et moins de 1 % des violeurs seront condamnés (ONDRP, 2018, Infostat justice, 2018). Les statistiques de la justice montrent que depuis 10 ans les condamnations pour viols ont diminué de 40 % (Infostat justice, 2018). Le viol est le crime qui bénéficie de la plus grande impunité.
  • 83 % des victimes de violences sexuelles disent ne pas avoir été proté- gées, les moins protégées sont aussi les plus vulnérables et discriminées, enfants, minorités, handicapé · e · s... (enquête IVSEA, 2015).
  • Avoir subi des violences sexuelles dans l’enfance est le déterminant principal de la santé 50 ans après, si aucune reconnaissance ni prise en charge spécifique n’a été proposée (Felitti et Anda, 2010).
  • Les violences sexuelles impactent le cerveau, provoquent des atteintes neurologiques, et déclenchent des mécanismes neurobiologiques de sauvegarde exceptionnels à l’origine d’une sidération qui empêche la victime de réagir, d’une dissociation qui l’anesthésie et d’une mémoire traumatique qui lui fera revivre les violences à l’identique durant des années voire des dizaines d’années si rien n’est fait pour la traiter (Rauch, 2006 ; Salmona, 2013).
  • Pour 95 % des victimes de violences sexuelles, les conséquences sur leur santé mentale sont plutôt importantes à très importantes (enquête IVSEA, 2015).

42 % des victimes de violences sexuelles font des tentatives de suicide, 50 % en cas d’inceste et de viol dans l’enfance (enquête IVSEA, 2015). 

Ces connaissances restent bien trop peu partagées. Les Français · e · s, comme le démontre notre enquête de 2019 en population générale, continuent à sous-estimer les chiffres des violences sexuelles et à être une majorité à adhérer au mythe des viols qui seraient avant tout le fait d’inconnus dans l’espace public sur des femmes adultes et sexuellement attractives. Leur perception des violences sexuelles reste celle d’une pulsion, et d’un désir sexuel incontrôlé suscités par la victime, son comportement, sa tenue, ou ses prises de risque. Ils sont très nombreux (plus de 75 %) à méconnaître que les viols touchent tous les milieux et sont avant tout commis par des proches dans le cadre de la famille et du couple, et que les mineurs en sont les principales victimes. De même ils méconnaissent les lois et les définitions des agressions sexuelles et des viols, et n’ont pas conscience de l’impunité des violences sexuelles ; ils surestiment le nombre de plaintes et de condamnations, et sont 90 % à penser que les condamnations pour viols ont augmenté depuis 10 ans alors que, comme nous venons de le voir, elles ont diminué de 40 % en 10 ans (MTV/IPSOS, 2019). 

Ce déni persistant associé à la culture du viol explique que l’immense majorité des victimes doivent survivre seules, sans protection, ni justice, ni réparations, à des violences sexuelles subies le plus souvent de façon répétée dès le plus jeune âge, et aux conséquences psychotraumatiques catastrophiques de ces violences sur leur santé et leur vie, sans accompa- gnement ni soins spécifiques. Cet abandon de la très grande majorité des victimes de violences représente pour ces personnes une perte de chance et une grave atteinte à leurs droits. Mettre en place une offre de soin adaptée et accessible à toutes les victimes, par des professionnels formés, est une urgence. « Il s’agit d’un problème mondial de santé publique, d’ampleur épidémique, qui appelle une action urgente », déclarait en 2013 le Dr Margaret Chan, directrice générale de l’OMS. 

Si les victimes étaient au moins informées, ou au mieux bien orientées et prises en charge, elles pourraient échapper à cet enfer et se retrou- ver enfin soulagées. En témoigne cette internaute, victime d’inceste dans l’enfance : 

« D’avoir lu votre article sur la mémoire traumatique et les mécanismes de la dissociation m’a permis de comprendre ce que je n’avais jamais compris jusque-là : le pourquoi de mes comportements autodestructeurs. J’ai pu aussi en discuter avec mes proches. C’est un véritable soulagement. Je renoue tout simplement avec moi-même, j’ai éloigné de moi toute la culpabilité que j’accumulais en ce qui concerne mon rapport au danger (prise excessive d’alcool jusqu’à la perte de conscience, relations sexuelles à risque...). Je me sens plus douce avec moi-même et mes deux enfants. » 

Et il est essentiel que les proches des victimes et les professionnels qui les prennent en charge possèdent ces outils, pour mieux les comprendre, les protéger et les soutenir. Quant à ceux qui ont été ou sont auteurs de violences, ces outils pourraient leur permettre de réaliser plus clairement la gravité de leurs actes et des conséquences qu’ils entraînent. Finalement, c’est toute la société qui devrait posséder ces outils pour lutter contre toutes les formes de violences, pour ne plus les laisser impunies et les prévenir plus efficacement. 

Pour lutter contre les violences sexuelles, il faut donc lutter contre le déni, la loi du silence, et les idées fausses, l’impunité et les inégalités, qui d’un côté laissent la très grande majorité des victimes jamais reconnue, ni protégée, ni prise en charge, et de l’autre permettent que les agresseurs continuent de bénéficier d’une quasi totale impunité. Pour cela, il est impératif de diffuser sans relâche des informations sur la loi, les droits des personnes, la réalité des violences sexuelles et de leurs conséquences pour remettre le monde à l’endroit. 

Chacun devrait savoir que les violences n’ont rien à voir avec la sexualité, ce sont des armes massives de domination, de destruction, de soumission et de contrôle social. Elles sont avant tout des violences masculines, sexistes, haineuses et discriminatoires qui s’exercent dans un contexte patriarcal de rapport de force, d’inégalités, dont les enfants et les personnes les plus vulnérables et discriminées sont les premières victimes, et parmi elles, les filles sont les plus touchées (83 % de filles pour 17 % de garçons) ainsi que les enfants les plus vulnérables et plus discriminés : enfants handicapés (4 à 6 fois plus victimes de violences sexuelles), enfants en grande précarité, orphelins placés en institutions, enfants racisés (VIRAGE, 2017 ; ONDRP, 2017 ; MTV/IPSOS, 2019 ; Danmeyer, 2016). 

Chacun devrait savoir qu’elles sont très traumatisantes, et qu’elles ont de graves conséquences à long terme sur la vie et la santé des victimes, ce qui en fait un problème majeur de droits humains, de société et de santé publique qu’il est urgent de traiter. 

Chacun devrait savoir ce que sont une mémoire traumatique et une dissociation traumatique, faute de quoi les victimes ne seront jamais totalement comprises ni reconnues, ni la gravité de ces violences réellement prise en compte. 

L’objectif est de créer une prise de conscience suscitant enfin une indignation généralisée contre ces crimes et délits, afin qu’ils ne soient plus tolérés et qu’ils ne restent plus impunis, ainsi qu’une véritable solidarité avec les victimes pour qu’elles ne soient plus abandonnées et bénéficient de prise en charge, de justice et de réparations. Pour reprendre et développer le titre du rapport 2015 de l’UNICEF France, les principales victimes des violences sexuelles étant les enfants : « chaque enfant compte », chaque femme compte, chaque homme compte et doit être protégé de ces violences, il s’agit d’un impératif catégorique. 

J’espère que ce livre participera à cet objectif en donnant des éléments de réponses à 40 questions que beaucoup se posent, à tort ou à raison. 

mardi 3 août 2021

Article de la Dre Muriel Salmona FÉMINICIDES QUE VAUT LA VIE D’UNE FEMME ? nouvelle version actualisée le 3 aout 2021

 FÉMINICIDES 

QUE VAUT LA VIE D’UNE FEMME ? 



IL EST IMPÉRATIF QUE L’ETAT METTE TOUT EN ŒUVRE POUR PRÉVENIR LES FÉMINICIDES ET LUTTER CONTRE CE TERRORISME PATRIARCAL ET MISOGYNE



Le 3 juillet 2021, actualisée le 3 août 2021

Dre Muriel Salmona, psychiatre,

Présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie



Nous sommes le 3 aout 2021 et depuis le 1er janvier 2021, 70 femmes ont été tuées par leur conjoints ou ex-conjoints, 77 enfants sont orphelins dont 18 ont été témoins du meurtre de leur mère (source Féminicides par compagnons et ex). 

Nous rendons hommage à ces femmes victimes de féminicides qui ont été massacrées par leurs conjoints ou ex-conjoints et nous transmettons tout notre soutien et toutes nos pensées à leurs enfants et à leurs proches endeuillés et traumatisés par leur mort atroce. 


Il est temps que nous soyons résolument du côté des femmes et des enfants victimes de violences conjugales et sexuelles, et que nous dénoncions la faillite scandaleuse d’un Etat et de ses institutions qui ne remplit pas ses obligations pour prévenir ces crimes et ses délits en laissant régner une propagande anti-victimaire haineuse contre les femmes et en offrant une inconcevable impunité aux hommes qui commettent ces violences conjugales et sexuelles ! 


Rappelons-le les femmes subissent un continuum de violences masculines (sexistes et sexuelles) dès leur enfance et tout au long de leur vie. Leur principal risque de subir des violences sexuelles et/ou conjugales à l’âge adulte est d’avoir déjà subi enfant des violences physiques et sexuelles (19 fois plus de risques, tandis que les garçons ayant subi des violences physiques et sexuelles ont 14 fois plus de risque de commettre des violences conjugales et sexuelles à l’âge adulte) (Fulu, 2017). Une fille sur cinq subit des violences sexuelles dont la moitié sont incestueuses, dans plus de 90% des cas les agresseurs sont des hommes. 


L’enquête Virage publiée en 2020 montre que, quel que soit le type de violences (psychologiques, physiques ou sexuelles), les filles ont davantage été victimes de violence parentale ou intrafamiliale que les garçons, elles sont 4 à 8 fois plus concernées par les violences sexuelles que les garçons, elles sont 12,6 % à avoir déclaré un climat familial intimidant avec des cris, hurlements, bris d’objets, (versus 8,4 % des garçons), 7,1 % à avoir mentionné des insultes, humiliations et dénigrements récurrents, (versus 3,7 % des garçons), 7% des violences physiques (versus 6% des garçons), 2,3% à avoir subi des mises à la porte et des séquestrations (versus1,9%), et 1,5% à avoir rapporté des tentatives de meurtre (versus 1 %).


Nous ne voulons pas d’un monde où être née femme scelle votre destin et fait de vous une victime potentielle de violences sexistes et sexuelles. Un monde cruel et inhumain où le risque pour une fille et une femme d’en subir est bien plus important si elle est en situation de vulnérabilité (très jeune, enceinte, handicapée, malade, âgée), si elle est l’objet de discriminations (racistes, liées aux origines, à l’orientation sexuelle, à l’apparence physique, à l’appartenance religieuse,…) ou si elle a déjà subi des violences ou d’autres situations traumatisantes. Destin effarant d’être un jour ou l'autre dès son plus jeune âge victime d’hommes dans son entourage, le plus souvent au sein de sa famille et de son couple… d’être condamnée à vivre dans un monde de non-droits, un monde où le risque de viols et de féminicides est omniprésent.


Les féminicides ne sont pas une fatalité. Chaque féminicide démontre la faillite de l’État et son incapacité à prévenir et empêcher ces meurtres en interpelant, condamnant et en mettant hors d’état de nuire les conjoints ou ex-conjoints violents. Trop de femmes et d’enfants victimes de violences conjugales sont livrées à leurs bourreaux malgré leurs alertes et leurs demande de protection, et doivent organiser seules leur survie. Pourquoi les femmes séquestrées, traquées, violentées et menacées de mort par un conjoint ou un ex-conjoint violent, sont-elles si peu protégées quand bien même elles fuient, alertent, portent plainte à de multiples reprises ? N’ont-elles d’autres perspectives que d’être désenfantées, tuées comme l’a été julie Douib dont l’ex compagnon vient d’être condamné à perpétuité par la cour d’assises de Bastia, ou massacrées comme l’ont été ces dernières semaines Chahinez Daoud, Stéphanie Di Vincenzo, Sandra Pla et tant d’autres depuis tant d’années ?


Un féminicide récent, particulièrement atroce, illustre cette faillite de l’État : celui de Chahinez Daoud, jeune femme de 31 ans et mère de 3 enfants, morte en pleine rue après avoir été blessée par balles puis brûlée vive par son ex-conjoint violent et récidiviste le 4 mai 2021à Mérignac. Chahinez Daoud avait, comme 75% des femmes tuées par leur (ex) conjoint), porté plainte après avoir subi des menaces et une tentative d’étranglement avec fracture du larynx. Ce féminicide a d’autant plus choqué l’opinion publique et suscité une vague d’indignation qu’une longue succession de défaillances de tous les acteurs du dossier. et de dysfonctionnements graves dans le traitement de cette plainte et l’absence de mise en place de mesures de protection a été dénoncée par le rapport d'inspection accablant remis à Matignon, mercredi 10 juin. Le gouvernement a alors annoncé six nouvelles mesures pour renforcer la protection des victimes de violences conjugales (mesures insuffisantes et pour la plupart déjà existantes et peu appliquées). Mais comme le révèle le Canard Enchaîné, un élément clé n'a pas été publié dans ce rapport : Le policier qui avait recueilli le 15 mars la plainte de Chahinez Daoud et avait si mal traitée cette plainte, venait d'être condamné à 8 mois avec sursis pour violences conjugales sur son épouse ! Sa hiérarchie en attendant qu’il passe en commission disciplinaire l’avait maintenu au contact du public. Dans une pétition lancée par le collectif Abandon de Famille - Tolérance Zéro et plusieurs associations dont la nôtre qui a recueilli près de 25 000 signatures, nous demandons au ministère de l'intérieur une enquête exhaustive pour connaître le nombre de policiers et gendarmes mis en cause dans des affaires de violences (physiques, psychologiques, économiques, administratives et sexuelles) faites aux femmes et/ou enfants, et à quel poste ces auteurs sont actuellement affectés : « la protection des femmes victimes de violences conjugales passe aussi par la garantie qu'elles ne seront jamais en contact avec des policiers et gendarmes agresseurs. » 


Un procès récent en cour d’assise, celui de Valérie Bacot a également mis en lumière l’inconcevable continuum de défaillances de protection des femmes qui dès leur enfance subissent des viols incestueux par leur bourreaux dont elles se retrouvent enceintes, bourreaux qui vont jusqu’à reconnaître les enfants, se mettre en couple avec elles, les ayant ainsi à leur totale merci sans que la justice ne soit capable de les protéger ainsi que leurs enfants, alors bien même que les viols incesteux sont connus par les autorités, comme pour Virginie Manechez ou Valérie Bacot. Ces femmes n’auraient-elles d’autres perspectives que d’être tuée par leur bourreau ou de le tuer ? 


Nous savons qu’entre 16 et 21% de filles victimes de viols incestueux se retrouvent enceintes (MTV/Ipsos, 2019), sans que ces grossesses forcées ne soient considérées comme des circonstances aggravantes des viols ou comme des crimes en soi s’ajoutant aux crimes de viols, et sans que les enfants nés de viols soient considérés comme victimes de ces crimes, réparés et protégés d’une reconnaissance en paternité…


Le parcours de Valérie Bacot illustre cette incapacité à protéger les victimes de pédocriminalité puis de crimes conjugaux, livrée depuis son enfance à un beau-père tortionnaire qu’elle a fini par tuer après plus de 24 ans de sévices physiques et sexuels, parcours qui peut s’apparenter à une séquestration sans fin. Tout a commencé par des viols incestueux que son beau-père à commis sur elle partir de ses 12 ans (alors qu’elle était une enfant déjà traumatisées par des violences intra-familiales dont des violences sexuelles par un de ses frères), ces viols incestueux malgré le signalement de la sœur victime de cet homme ont été déqualifiés par la justice en agressions sexuelles, ce qui lui a permis de n’être condamné qu’à 4 ans de prison. Incarcéré, il a pu continuer à exercer son emprise sur elle lors de visites en parloir qui ont été de façon totalement incompréhensible accordées. Quant il est sorti de prison au bout d’un peu plus de  2 ans, il a pu revenir au domicile familial et recommencer à violer régulièrement sa belle-fille, rien n’ayant été mis en place pour la protéger, il a pu la mettre enceinte à 17 ans, reconnaître l’enfant, se marier avec elle et lui faire trois autres enfants, il a pu continuer à exercer les pires violences, la mettre sous terreur ainsi que ses enfants, la menacer de mort, la séquestrer, la réduire en esclavage domestique et sexuel, la prostituer, en faire sa chose sans jamais être inquiété…. Lors du procès tous les témoins, ses enfants, se sont accordés à dire qu’il allait la tuer. Ses fils ont dit avoir tenté d’alerter les gendarmes à deux reprises, sans succès. Elle l’a dit, elle se sentait déjà morte depuis longtemps, mais il lui était impensable de laisser ces enfants à ce bourreau, d’autant plus qu’elle le soupçonnait d’avoir l’intention de prostituer sa fille qui lui avait rapporté les propos inquiétants qu’il lui avait tenus en ce sens. La cour d’assise n'a pas retenu la légitime défense et a déclaré Valérie Bacot coupable d’assassinat, mais ne l’a condamnée qu’à 4 ans de réclusion criminelle dont 3 avec sursis en reconnaissant une altération du jugement lié aux multiples traumas qu’elle subis, ce qui lui a permis de sortir libre du tribunal puisqu’elle avait déjà fait un an de prison en préventive.


Pour de tels parcours, la somme de négligences, de dysfonctionnements institutionnels et de manquements graves de l’Etat à ses obligations est inouïe. La protection des filles, des femmes et de leurs enfants contre les violences masculines intra-familiales, conjugales et sexuelles n’est toujours pas la priorité nationale qu’elle devrait être, alors que leur ampleur, leur cruauté en font des crimes sexistes systémiques de masse extrêmement traumatisants aux conséquences désastreuses sur les victimes, leurs proches, et la société toute entière.


Les chiffres sont accablants 


En 14 ans, de 2006 à 2020 la délégation aux victimes (DAV) a répertorié 2116 femmes tuées par leurs conjoints ou ex-conjoints, et à ce jour depuis 2006 nous en comptabilisons 2186 (source DAV et Féminicides par compagnons et ex). Elles ont été massacrées par armes blanches, armes à feu ou armes par destination, par des coups, par strangulation, étouffement, projection dans le vide, par écrasement, ou en les brulant vives…


D’année en année les chiffres sont toujours aussi effrayants. Chaque année, plus de 210 000 femmes sont victimes de violences conjugales dont 42 300 ont subi des viols conjugaux, près de 400 000 enfants sont victimes de ces violences conjugales, et la délégation aux victimes et féminicides par (ex) compagnons répertorient en moyenne entre 120 et 140 féminicides, et 20 à 25 enfants tués dans un contexte de violences conjugales, la période de séparation étant le moment le plus dangereux pour les femmes et leurs enfants. Et depuis 2014 les tentatives de meurtres conjugaux ne font qu’augmenter, passant (pour les seules tentatives qui ont été répertoriées, ce qui ne représentent qu’une faible partie d’entre elles) de 146 en 2014, à 268 en 2019… (CVS Insee-ONDRP, 2012-2019)


Ils s’agit de crimes sexistes et systémiques, les femmes sont tuées par des hommes parce qu’elles sont des femmes dans un contexte de domination masculine. Les femmes représentent plus de 80% des homicides conjugaux, et plus de la moitié des hommes tués par leurs conjointes (20% de l’ensemble des homicides conjugaux) le sont dans un contexte de violences conjugales qu’ils exerçaient sur leurs conjointes (cf Jacqueline Sauvage, Valérie Bacot…)


La criminalité que les hommes violents font subir chaque année à leurs conjointes ou ex-conjointes représente plus de 50% de l’ensemble des homicides commis sur les femmes (30% des 860 homicides commis chaque année sont des femmes) et 45% des viols et des tentatives de viols commis sur les femmes adultes (plus de 42000 viols conjugaux par an) (DAV, 2019 ; CVS Insee-ONDRP, 2012-2019)

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Le couple s’avère être l’espace où les femmes sont le plus en danger d’être violées ou d’être tuées.


Nous l’avons vu, ces violences sexistes s’exercent dans un cadre de domination masculine et de rapport de force quel que soit le milieu socio-culturel. Les hommes violents profitent d’une société patriarcale qui leur octroie des privilèges iniques dans le cadre de leur couple : ceux de dominer, de soumettre et d’esclavagiser les femmes (esclavage domestique et sexuel). 


Les femmes subissent une société inégalitaire et discriminante qui rationalise, tolère et minimise la haine des femmes, les violences sexistes et organise leur impunité. Plus les femmes sont vulnérables ou discriminées, plus elles subissent de violences, les femmes en situation de handicap subissent 2 fois plus de violences conjugales que les femmes valides (elles sont 35% à subir des violences conjugales).


L’ampleur de ces crimes sexistes odieux et inhumains aurait dû susciter de telles réactions d’horreur et d’indignation que tout, absolument tout depuis longtemps aurait dû être mis en place pour les empêcher, pour en protéger les femmes et les enfants, et pour poursuivre et punir les auteurs de ces violences dès les premières alertes, c’est très loin d’être le cas et ces crimes restent scandaleusement toujours aussi fréquents.


En mémoire de toutes ces femmes victimes de ce terrorisme patriarcal et pour leur rendre justice ainsi qu’à leurs enfants et à leurs proches, l’État, qui a gravement failli dans ses obligations, doit rendre des comptes, reconnaître ses manquements, et agir en urgence pour prévenir efficacement ces crimes et pour réparer les conséquences de ses fautes. 


Dans l’immédiat cela passe avant tout :


  • par une lutte contre l’impunité des violences conjugales, la loi doit être appliquée, les auteurs de violences conjugales doivent être poursuivis et condamnés à des peines dissuasives dès les premiers passages à l’acte qui doivent être systématiquement dépistés, il est essentiel qu’ils soient mis hors d’état de pouvoir continuer à nuire, menacer, terroriser et tenter de tuer leur conjointe ou ex-conjointe ;


  • et par une protection sans faille des femmes et des enfants qui en sont victimes avec une évaluation et une prise en compte du danger que leur font courir le conjoint ou l’ex-conjoint violent. 


Cela signifie qu’il faut entendre les alertes des femmes et des enfants, prendre en compte leurs témoignages, faire des dépistages systématiques, et qu’aucune forme de violence conjugale ne soit plus ignorée, minimisée ou tolérée, qu’elle soit verbale, psychologique, physique ou sexuelle, ou qu’elle soit économique, administrative ou qu’elle s’exerce dans un cadre de privation et de contrôle coercitif (concernant les soins, la nourriture, l’habillement, les sorties, les achats, l’éducation des enfants, les choix et engagements professionnels, amicaux, associatifs, religieux, politiques, les contacts et les communications, etc.). 


Et cela signifie qu’il est primordial que soient recherchées systématiquement et traitées comme des urgences toutes les situations qui sont reconnues au niveau international comme de très importants facteurs de risque de féminicides tels que :


  • des violences de plus en plus fréquentes et de plus en plus graves ; 
  • la peur de mourir que rapportent les femmes et les enfants et leur mise en situation de danger pour les terroriser ;
  • les menaces de mort (2,5 fois plus et jusqu’à 4 fois plus avec arme) ; 
  • les tentatives de meurtre (7 fois plus de risque quand il y a eu un étranglement) ;
  • la présence d’armes à feu (5,5 fois plus, et même 40 fois plus s‘il y a eu des menaces de mort avec arme à feu) ;
  • la présence d’un contrôle coercitif (2,9 fois plus) d’autant plus s’il est associé à des épisodes de séquestrations (9 fois plus) ;
  • la présence de viols ou d’agressions sexuelles (2 fois plus) ; 
  • une situation de séparation (3,64 fois plus, 5 fois plus si la victime a un nouveau partenaire et 9 fois plus en cas de contrôle coercitif, de harcèlement et de traques) ; 
  • la présence de violences pendant la grossesse et/ou de maltraitance sur les enfants ; 
  • et sont également considérés comme des facteurs de risque le chômage ou l’inactivité du conjoint violent, sa consommation de drogues, s’il a déjà menacé ou tenter de se suicider, s’il a déjà été condamné pour violences.


Mais nous en sommes très loin, dans la réalité les alertes des femmes sont méprisées, leurs témoignages et ceux de leurs enfants sont mis en cause et discrédités, les dangers qu’elles et leurs enfants courent sont sous-estimés, la loi n’est souvent pas appliquée et les protections prévues ne sont que trop rarement mises en place. 


Leurs traumas sont ignorés et retournés contre elles, leurs plaintes ne sont pas traitées et quand elles le sont, les menaces de mort, les tentatives de meurtre et les violences sexuelles ne sont que trop rarement qualifiées comme telles, les peines prononcées sont minimes souvent réduites à du sursis. Elles subissent des mises en danger et des injustices en cascade. Elles sont sommées de faire des efforts, obligées après avoir fui de respecter des droits de visite octroyés à leur ex-conjoint violent quand bien même il continue à exercer des violences sur elles et les enfants, considérées comme aliénantes et condamnées si elles protègent leurs enfant en refusant de les remettre à leur père violent.


Des rapports récents en attestent.


Le 10 juin 2021 a été rendu public un rapport d’inspection accablant sur l’accumulation des défaillances institutionnelles ayant précédé le féminicide à Mérignac le 4 mai 2021 de Chahinez Daoud, 31 ans mère de 3 enfants qui a été abattue par balles puis brûlée vive dans la rue par son ex-conjoint, alors que de nombreux facteurs de risque très importants étaient réunis et qu’elle avait à plusieurs reprises alerté les forces de l’ordre et porté plainte. 


Ces dysfonctionnements et ces défaillances, nous les connaissons malheureusement que trop bien, et elles ont déjà été pointées en novembre 2019 lors du rapport de l’Institut de la Justice de la mission sur les homicides conjugaux de 2015 et 2016 à partir de 88 homicides conjugaux jugés, et viennent de l’être à nouveau par le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. 


Ces rapports accablants illustrent une grave faillite de l’État et de ses institutions. Les réponses face aux violences conjugales sont notoirement insuffisantes, trop tardives, souvent inefficaces, et pas assez concertées par les institutions qui communiquent très peu entre elles. On y voit l’absence de prise en compte de la dangerosité des hommes violents et de l’urgence d’agir pour protéger les femmes et leurs enfants, ainsi que l’ampleur de impunité dont ces hommes violents bénéficient (80% de classements sans suite lors de plaintes qui ont précédées des féminicides). Et quand bien même certaines de leurs violences finissent par être poursuivies et condamnées, les peines sont le plus souvent très légères et assorties de sursis, la plupart des violences subies ne sont pas qualifiées ni poursuivies (particulièrement les violences sexuelles qui sont un indice de dangerosité, et encore moins les violences psychologiques, les menaces verbales et les violences économiques), les permissions et sorties de prison ne sont pas suffisamment sécurisées (les femmes ne sont souvent pas prévenues et ne bénéficient pas de mesures spécifiques de protection), les récidives ne sont pas traitées comme il faudrait et les alertes des femmes terrorisées par des menaces de mort et par de nombreux passages à l’acte où elles ont eu peur de mourir ou que leurs enfants soient tués ne sont pas entendues. Enfin, les enfants exposés à ces violences qui en sont gravement traumatisés ne sont toujours pas considérés comme en étant victimes, et peuvent être confiés à leur père violents dans le cadre de droits de visite et de garde qui les mettent ainsi que leurs mères en danger.


Il faut une grave faillite de l’État de de ses institutions, un mépris pour les victimes et une impunité et une tolérance générale pour que chaque année toujours autant d’hommes violents s’autorisent à terroriser leurs femmes et leurs enfants, arrivent à torturer, violer, menacer de mort leur compagne ou leur ex-compagne, s’arrogent un droit de vie ou de mort sur elles en tentant de les tuer et en les massacrer dans un déchainement inouï de violences, de haine et de cruauté, parfois sous les yeux même de leurs enfants ? 


La préservation des droits, l’intégrité physique et mentale et la vie de ces femmes et de leurs enfants, auraient-elles si peu de valeur ? 


Pourquoi il y a t-il si peu de personnes qui ont peur pour ces femmes et ces enfants et qui se révoltent contre l’horreur de ce qui leur est infligé ?


Ces violences sexistes ne sont pas une fatalité et les pouvoirs publics doivent prendre la mesure de la gravité des atteintes aux droits, à la vie, à la santé, à la sécurité et à la dignité des femmes et des enfants que représentent ces violences masculines qui les terrorisent, les détruisent  jusqu’à les tuer ou les pousser au suicide, et mettre en place des mesures urgentes et ambitieuses que nous réclamons depuis tant d’années.


Les violences conjugales dont sont victimes les femmes et les enfants sont sont de graves atteintes à leurs droits et à leur intégrité physique et mentale, et sont inhumaines. Elles transforment un univers censé être protecteur en zone de non-droit, de privation de liberté, de terreur et de danger de mort pour les femmes et les enfants qui en sont victimes. Les femmes qui croyaient en une relation d’amour de confiance et d’assistance réciproques, sont profondément trahies et d’autant plus piégées que fréquemment les violences surgissent au moment où elles sont les plus vulnérables et dépendantes de leur conjoint, pendant leur grossesse (dans 40% des cas) et après l’accouchement alors qu’elles doivent s’occuper d’un nouveau-né.


Elles sont particulièrement traumatisantes pour les femmes et les enfants qui les subissent, et si les victimes traumatisées ne sont pas protégées et soignées elles entraînent de lourdes conséquences sur leur santé à long terme, et de lourdes répercussions sociales : elles augmentent les inégalités, la vulnérabilité, la précarité et les situations de handicap. Elles sont un facteur de risque important de dépressions, de suicides, de troubles alimentaires, de conduites addictives, de troubles cardio-vasculaires,  immunitaires, neurologiques, endocriniens, gynéco-obstétricaux et de subir de nouvelles violences ou d’en commettre. Souvent exercée sous les faux-prétextes de l'amour, de la jalousie, de la frustration, d’un besoin sexuel, d’une nécessaire éducation, de la contrariété, de la fatigue et de l’énervement, de l’alcool, etc., elles sont une véritable entreprise de démolition identitaire utilisée pour conditionner les victimes à se soumettre, à se ressentir comme n’ayant aucune valeur, comme étant incapable, coupable, honteuse, inintelligente, sans aucun droit, réduite à une chose.


Dans ce monde patriarcal, les hommes ont plus de valeur, leur parole a plus de poids, leurs droits et leur liberté sont prioritaires et passent avant le respect des droits fondamentaux des femmes et des enfants à vivre en sécurité.


Ce contexte de domination masculine produit une propagande faite de stéréotypes sexistes et de théories anti-victimaires (fausses allégations prétendument fréquentes, syndromes d’aliénation parentale, culture du viol) qui infiltre toute la société et les institutions et qui nuit gravement aux femmes victimes. Elles sont rendues responsables des violences qu’elles subissent, soupçonnées a priori d’exagérer, de mentir, de manipuler les enfants pour se venger ou obtenir des avantages. Cette propagande, associée à la méconnaissance ou au déni de la réalité des psychotraumatismes que présentent les femmes victimes permet avec une grande cruauté d’inverser la culpabilité et la honte, et de reprocher aux femmes victimes les conséquences psychotraumatiques universelles des violences qu’elles subissent en les instrumentalisant pour démontrer leur responsabilité ou leur absence de crédibilité : puisqu’elles ne se sont pas défendues en raison de la sidération traumatique qui les paralyse, puisqu’elles sont restées avec le conjoint violent en raison la dissociation traumatique de survie qui les anesthésie, les prive de défenses et les met sous emprise, ou puisqu'elles sont revenues vivre avec lui en raison de la mémoire traumatique qui les envahit et les plonge dans une grande détresse aussitôt qu’elles s’éloignent du conjoint violent ce qui leur fait croire qu’elle ne peuvent pas vivre sans lui alors qu’il a juste le pouvoir de les anesthésier en les traumatisant à nouveau, puisqu’elles sont dépressives et présentent de nombreux symptômes psychiatriques dont l’appartenance à des troubles psychotraumatiques directement liés aux violences n’est pas reconnue par les médecins.


Les victimes et leurs enfants sont ainsi délégitimées et privées dans leur grande majorité de secours, de protection, de soins et de justice. Elles subissent des mises en danger, des maltraitances et des injustices en cascade. Les institutions, dans leur ensemble les ignorent, les professionnels ne les croient pas ou sous estiment gravement le danger qu’elles et leurs enfants courent, quand elles arrivent au prix d’énormes effort à les alerter et à demander du secours. Dans l'ensemble les professionnels n’ont pas assez peur pour elles et ne leur proposent pas de protections et d’aides adaptées. Les témoignages des femmes victimes sont mis en cause et discrédités, leurs plaintes sont classées sans suite, elles sont sommées de faire des efforts, obligées après avoir fui de respecter des droits de visite octroyés à leur ex-conjoint violent quand bien même il continue à exercer des violences sur elles et les enfants, considérées comme aliénantes et condamnées si elles protègent leurs enfant en refusant de les remettre à leur père violent.


Les femmes victimes de violences conjugales doivent survivre le plus souvent seules aux violences et à leurs conséquences, c’est à elle qu’incombe la responsabilité d’organiser leur protection et celles de leurs enfants comme elles peuvent, quitte à s’exposer et à être hors la loi au risque d’en perdre la garde, le père gardant malgré les violences ses droits de garde et son autorité parentale, et les utilisant fréquemment pour continuer à exercer des violences après la séparation. C’est à elles de prendre tous les risques et de tout perdre (logement, travail, affaires, perte importante de revenus), de fuir, de se cacher, de vivre traquées, dans la peur permanente d’être tuées. 


Alors que les hommes violents sont très peu inquiétés, les violences conjugales qu’ils commettent ne font l’objet que de 18% de plaintes dont 80% sont classées sans suite et ils peuvent le plus souvent exercer des violences, violer, menacer de mort, commettre des tentatives de meurtres sans se retrouver en garde à vue, ni être condamnés à de la prison ferme. 


Les pères violents avec leurs femmes sont encore trop souvent considérés comme pouvant être des bons pères qui conservent leur autorité parentale et obtiennent des droits de visite et de garde, alors que ces droits sont fréquemment l’occasion, après la séparation, de poursuivre les violences sur la mère et de continuer à la contrôler en instrumentalisant les enfants, pourtant nous savons que :


  • la présence d’enfants lors des violences est maintenant reconnue par la loi comme une circonstance aggravante lors de violences conjugales ; 
  • les enfants sont gravement traumatisés et terrorisés par ces violences avec de lourdes conséquences sur leur santé mentale et physique à long terme ; 
  • la Convention d’Istanbul demande expressément que les enfants soient reconnus comme victimes de ces violences conjugales ;
  • toutes les études montrent que ces violences conjugales sont fréquemment associées à des violences exercées directement sur les enfants dont des violences sexuelles.  


Cette impunité et cette propagande sexiste alimentent la toute puissance des hommes violents et les rend de plus en plus dangereux. Elles nuisent gravement aux victimes.


Qu’elles restent ou qu’elles fuient et se séparent, qu’elles portent plainte ou non, qu’elle se défendent ou qu’elles subissent par terreur les pires sévices, qu’elles obéissent ou qu’elles se révoltent, qu’elles soient dissociées et anesthésiées ou en état de d’angoisse massive et de peur panique, ce sera toujours leur faute si elles sont frappées, blessées, violées ou tuées. Leur détresse, leur terreur et leurs traumas n’intéressent pas grand monde et suscite peu de compassion, de solidarité, de protection, d’aides et de soins. En revanche beaucoup de personnes sont promptes à comprendre ou à excuser la colère, la frustration, la jalousie, le « désespoir » d’hommes qui clament ne pas supporter d’être privés des prestation domestiques ou sexuelles auxquelles ils considèrent avoir droit, ne pas supporter d’être quittés, et selon eux d'être trompés ou humiliés par des femmes qui échappent à leur contrôle coercitif, qui ne sont plus assez soumises, ni à leur service exclusif …


Quand les victimes révèlent ou dénoncent des violences, si elles ne peuvent pas parler de leur peur de mourir, des menaces de mort et des tentatives de meurtres qu’elles subissent (et c’est fréquent que ce soit impossible pour elle en raison de leur trauma et de leur terreur), très rares sont les professionnels qui leur posent les questions indispensables pour évaluer le danger qu’elles courent, évaluer la gravité des traumas qu’elles présentent, ainsi que les risques suicidaires, les risques sur leur santé mentale et physique et sur leur possibilité d’exercer leur activité professionnelle .


Et même si les victimes demandent du secours, parlent de leur peur de mourir des menaces de mort et des tentatives de meurtre qu’elles ont subies, c’est rarement pris en compte, elles ne sont pas prises au sérieux par les proches et les professionnels (leur état traumatique fait qu’elles sont souvent dissociées et qu’elles ne suscitent pas d’alerte chez leurs interlocuteurs) et il n’y a pas de mesures de protection efficaces mises en place. Ce manque de protection est manifeste dans la plupart des cas de féminicides (cf mon article de 2019 sur l’évaluation du danger de féminicide).


De ce fait les victimes ne sont pas identifiées, leur trauma n’est pas repéré et face aux nombreuses plaintes psychologiques et somatiques de ces femmes et enfants victimes, aucun lien n’est fait avec les violences et des diagnostics sont portés à tort avec des traitements essentiellement symptomatiques et anesthésiants, quand ils ne sont pas maltraitants.


Les femmes victimes s’épuisent à survivre aux violences et aux traumas qui en sont la conséquences, elles voient leur santé mentale et physique se dégrader, et c’est pour cela qu’elles désignent comme premier recours le médecin ou le psychiatre. 


D’elles-mêmes les femmes seront 24% à aller voir un médecin, 20% un médecin, 20% un psychiatre ou un psychologue, 8%  a appeler un numéro vert d’aide aux victimes, 10% a rencontrer des membres d’une association d’aide aux victimes et 17% a parler de leur  situation aux services sociaux.


Encore faut-il que ces professionnels les entendent, les croient, et sachent les accueillir, évaluer leurs besoins de protection et de soins, les accompagner, les aider, les informer et les orienter. Ces bonnes pratiques ne sont pas toujours au rendez-vous avec des professionnels encore rarement formés et souvent parasités par des fausses représentations, des stéréotypes sexistes, voire des théories anti-victimaires.


Et toutes les autres femmes qui n’ont pas la possibilité, la force, ou la capacité de parler à des professionnels ou de les alerter, il est hors de question de les abandonner à leur sort, il faut les secourir et les protéger. Tout s’oppose à ce qu’elles puissent parler et alerter : la peur pour elle et les enfants en raison des menaces, de l’emprise et des manipulations des hommes violents, la culpabilité et la honte qu’ils ont créées chez elles, les traumas qui les dissocient et les privent de leurs capacités, et qui les font douter d’elles-même, leur isolement et leur précarité. c’est cruel d’attendre qu’elles fassent tout le chemin semé d’embûches et d’obstacles pour essayer de s‘en sortir seules.


Il est essentiel d’aller vers elles, de se donner les moyens de les identifier par un dépistage systématique en leur posant systématiquement des questions sur les violences et les situations de danger qu’elles pourraient subir ou avoir déjà subies, de chercher derrière leurs plaintes somatiques et leurs souffrances mentales, ce qui a bien pu leur arriver pour aller aussi mal, et quand les violences sont connues de systématiquement évaluer les dangers qu’elles courent ainsi que leurs enfants et le retentissement des violences sur leur santé et elle de leurs enfants (évaluation du trauma, du risque suicidaire, des conséquences sur leur santé mentale et physique). Elles ont besoin de soutien, de solidarité, d’être rassurées, reconnues, aidées, informées sur leurs droits, d’avoir des outils pour comprendre leurs traumas, de soins, de garanties de protection. 


Pour cela tous les professionnels doivent être formés à l’accueil et à l’accompagnement des femmes et des enfants victimes, à l’évaluation du danger et aux conséquences psychotraumatiques des violences. Il est particulièrement scandaleux qu’en 2021 les professionnels du soin ne soient toujours pas systématiquement formés à la prise en charge des victimes de violences et de leurs conséquences psychotraumatiques. Cette absence de formation et la méconnaissance des psychotraumatismes représentent une perte de chance intolérable pour les victimes.

 

Les violences conjugales et sexuelles sont des problèmes majeurs de droits humains, de société, de sécurité et de santé publique qui concernent les pouvoirs publics, les professionnels concernés mais également tous les citoyens. Dans un société digne de ce nom, cela ne devrait pas être aux victimes de violences dont les droits sont bafoués et dont la vie est menacée par leurs agresseurs d’organiser et d’assurer leur survie, leur protection et leur défense, c’est à l’Etat et aux pouvoirs publics de garantir le respect de leurs droits fondamentaux à la vie, à la sécurité, à ne pas être soumis à de la torture ni à des peines ou des traitements cruels, inhumains ou dégradants, à une égale protection de la loi, à ne pas subir de discrimination, à l’égalité à la dignité, à la santé et au meilleur état de santé mentale et physique possible sans perte de chance , à la justice, aux soins et à la réparation de leurs préjudices.



Les mesures de protection et les décisions de justice (traitements des plaintes, ordonnance de protection, hébergement d’urgence, téléphone grand danger, mesures d’éloignement, décisions concernant la garde des enfants…) ne doivent pas précariser encore plus les femmes et leurs enfants ni les exposer à d’autres violences, ces mesures doivent prendre en compte leurs témoignages, ceux de leurs enfants et respecter leurs souhaits et leurs expertises, elles doivent tenir compte de la présence d’enfants de leur situation économique et de leurs vulnérabilités spécifiques (situation de grossesse, handicap, maladie, grand âge, grande pauvreté, migrantes sans-papiers, demandeuses d’asile), elles ne doivent pas être proposées à la place de mesures contraignantes et punitives sur les (ex)conjoints pour les empêcher d’exercer de nouvelles violences.


Ce n’est pas aux victimes de tout perdre, de fuir, d’être hébergées, de se cacher, d’organiser leur sécurité et de vivre dans la terreur, de prendre le risque d’être condamnées et de se voire retirer la garde de leurs enfants en ne les remettant pas à leurs agresseurs pour les protéger, ou en étant accusées des théories anti-victimaires misogynes que sont le syndrome d'aliénation parentale ou les fausses allégations de violences sexuelles post-séparation.


C’est avant tout à ceux qui sont violents et qui menacent l’intégrité et la vie des victimes de répondre de leurs actes, d’en être punis et d’être neutralisés et mis hors d’état de nuire en fonction des délits et des crimes commis et du danger qu’ils représentent : c’est à eux d’être interpelés par les forces de l’ordre, d’être incarcérés, poursuivis et condamnés par la justice, c’est à eux d’être expulsés du domicile conjugal et d’être hébergés dans des structures d’accueil avec surveillance, d’être éloignés des victimes avec des mesures d’interdiction de s’en approcher assorties du port obligatoire d’un bracelet électronique de surveillance, d’être hébergés dans des structures où ils seront surveillés, de perdre leur autorité parentale et de n’avoir pas de droits de visite vis-à-s de leurs enfants.


C’est à l’État que revient la responsabilité d’assurer l’ordre public et la sécurité de toutes les personnes, d'appliquer les lois et d’empêcher les délits et les crimes de se produire en protégeant efficacement les victimes et en empêchant les agresseurs de passer à l’acte. La protection des victimes ne doit pas se réduire à de bonnes paroles ou à des conseils comme celui de partir, elle ne doit pas être soumise à des conditions comme celle de porter plainte qui peuvent mettre encore plus en danger les victimes et leurs enfants si l’agresseur continue à bénéficier d’une impunité par rapport à ses actes violents et s’il conserve ses droits sur les enfants.


Ces violences devraient faire l’objet d’une vraie priorité nationale avec la mise en place d’une loi cadre ambitieuse accompagnée de moyens humains et financiers à la hauteur de l’enjeu, avec de nombreuses réformes. Il est urgent :

  • de mettre en place de juridictions spécialisées regroupant la justice pénale et civile, et des magistrats spécifiquement formés,
  • d’informer par tous les moyens disponibles le grand public et plus particulièrement les femmes et les enfants sur ces violences sexistes et sexuelles que sont les violences conjugales, sur leurs conséquences en terme de santé, sur leurs droits, sur la loi, et toutes les ressources et les aides à leur disposition, et de promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes, la lutte contre les discriminations et la culture de la non-violence,
  • de lutter contre l’impunité, faciliter les plaintes et améliorer leur traitement en ne tolérant plus autant de classement sans suite (80%) : les auteurs doivent être poursuivis et condamnés à des peines dissuasives dès les toutes premières violences, les violences psychologiques, les violences sexuelles, les menaces de mort et les tentatives de meurtre doivent impérativement être recherchées et prises en compte, de même il est nécessaire de rechercher, d’identifier et de qualifier les violences commises sur les enfants (80% des enfants victimes de mauvais traitements ont été exposés à des violences conjugales),
  • d’améliorer et de renforcer les mesures de protection des victimes : hébergement d’urgence dans les meilleures conditions de sécurité et de respect de la dignité, ordonnance de protection, mesures d ‘éloignement et d’interdiction d’entrer en contact avec la victime, téléphone grand danger, bracelet anti-rapprochement, retrait systématique des armes, retrait de l’autorité parentale, information systématique des victimes lors des permissions, des mesures de libération conditionnelle et de sortie de prison du conjoint violent, faciliter pour la victime et ses enfants la résiliation ou le changement de bail, le changement de logement, de département, de lieux de travail et d’établissements scolaires (en les rendant les adresses inaccessibles au conjoint violent), ainsi que le changement de nom et de numéro de sécurité sociale pour que l’auteur des violences ne puissent pas les traquer ni  les retrouver,
  • de protéger spécifiquement les femmes et les enfants les plus vulnérables : les femmes enceintes (40% des violences conjugales démarrent pendant la grossesse) et les mères de nourrissons, les femmes et les enfants en situations de handicap ou gravement malades, les femmes très âgées, en grande pauvreté, migrantes sans-papiers, demandeuses d’asile…
  • de former tous les professionnels et leur assurer un socle commun de connaissances, d’outils et de protocoles à respecter pour qu’ils soient en capacité de repérer, d’entendre, d’informer, d’accompagner et d’orienter les victimes dans le respect de leurs droits : il est en effet essentiel qu’ils soient formés à faire un dépistage systématique et une évaluation du danger et des traumas, à connaître la loi, les mécanismes psychotraumatiques, les ressources et les droits des victimes et à pouvoir les en informer précisément, 
  • de déconstruire tous les stéréotypes sexistes, toutes les discriminations, les fausses représentations et les théories anti-victimaires auxquels les professionnels sont susceptibles d’adhérer,
  • de considérer qu’un père violent ne peut pas être un bon père et d’instaurer un principe de précaution par rapport à l’exercice des droits parentaux (suspension des droits de visite, retrait de l’autorité parentale) et de protéger les mères et les professionnels protecteurs qui signalent les violences subies par les enfants (arrêt des citations directes pour non représentation d’enfant quand il y a des allégations de violences sur les enfants).
  • de mettre en place des commissions pluridisciplinaires indépendantes pour reprendre les plaintes non traitées, les dossiers classés, déqualifiés, ayant faits l'objet d'un non-lieu, et pour évaluer les dysfonctionnements.
  • de créer une offre de soins spécialisés gratuits et accessibles pour les victimes traumatisées avec des professionnels de la santé et des psychologues formés, 
  • de conférer un statut de victime ouvrant droit à des aides et à réparations aux enfants qui subissent ces violences conjugales et un statut spécifique pour les enfants nés de viols conjugaux et pour les enfants dont la mère a été tuée (avec un protocole féminicide, un retrait de l’autorité parentale des soins gratuits, des aides (de même pour les parents, les frères et sœurs de la victime de féminicides),



La protection des victimes et le principe de précaution doivent primer sur certains droits des (ex)conjoints violents comme les droits parentaux. Et la présomption d’innocence ne doit pas justifier une absence de présomption de crédibilité des plaintes et des signalements, ni une absence de prise en compte et d’évaluation précise du danger que courent les femmes victimes et leurs enfants.



En aucun cas les droits des hommes violents ne devraient passer avant la protection des femmes et de leurs enfants et leurs droits fondamentaux à la vie, à leur sécurité et à leur intégrité physique et mentale. Or c’est très loin d’être le cas dans notre monde patriarcal où les inégalités, les discriminations et stéréotypes sexistes ainsi que les théories anti-victimaires les plus cruelles abondent. Les alertes et les appels au secours des femmes et de leurs enfants sont ignorés ou minimisés, leurs témoignages sont mis en cause et discrédités, leurs plaintes sont classées sans suite, elles sont rendues coupables des violences qu’elles subissent, sommées de faire des efforts, obligées après avoir fui de respecter des droits de visite octroyés à leur ex-conjoint violent quand bien même il continue à exercer des violences sur elles et les enfants, considérées comme aliénantes et condamnées si elles protègent leurs enfant en refusant de les remettre à leur père violent, jugées et décridibilisées en raison de symptômes psychotraumatiques tels que la sidération qui paralyse, la dissociation de survie qui anesthésie et met sous emprise, la mémoire traumatique qui fait revivre sans cesse les pires moments de terreur comme une machine à remonter le temps, qui sont pourtant des réactions traumatiques normales et universelles lors de violences, et des preuves médico-légales, psychiatrisées discriminées en raison des symptômes phobo-anxieux, dépressifs et des conduites dissociantes de survie associés au stress post traumatique.


Il est impératif d’interdire cette propagande sexiste et anti-victimaire et de poursuivre et condamner tous ceux qui la diffusent et l’utilisent au détriment des victimes.


L’Etat doit d’engager en se dotant de tous les moyens humains et financier nécessaire dans une lutte sans merci contre les violences sexistes et sexuelles et contre leur impunité. Il doit respecter ses obligations européennes et internationales de prévenir ces violences, et de poursuivre et punir leurs auteurs.


La solidarité vis à vis des victimes doit être totale et s’accompagner des meilleurs secours, d’une évaluation du danger performante, de la mise en place de tous les moyens de protection les plus efficaces, de toutes les mesures d’accompagnement, d’aides sociales, administratives, éducatives, professionnelles nécessaires, de soins spécifiques et spécialisés gratuits, et d’accès à la justice et à des réparations. 


Dre Muriel SALMONA,

Présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie

https://www.memoiretraumatique.org

drmsalmona@gmail.com

Juillet 2021





À lire le dossier débat de L'Humanité du 18 juin 2021 : Féminicides : pourquoi ça n'arrête pas ? Muriel Salmona, Ernestine Ronai, Céline Marcovici répondent à 3 questions d'Anna Musso : https://stopauxviolences.blogspot.com/2021/06/dossier-debat-de-lhumanite-du-18-juin.html


Féminicides Par Compagnons ou Ex À suivre et consulter les comptes Twitter et FaceBook du collectif féministe qui recense dans la presse les féminicides conjugaux au jour le jour @feminicidesfr https://www.facebook.com/feminicide/


Pour en savoir plus mes articles :


Salmona Muriel : Les enfants victimes de violences conjugales, dossier pour le Grenelle avec vignettes cliniques et t témoignages 2020 : https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Articles-Dr-MSalmona/2020-les-enfants-victimes-violences-conjugales.pdf


Salmona Muriel : Féminicides par (ex) conjoint ou (ex) partenaire des questions indispensables à poser pour évaluer le danger 2019 : https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Documents-pdf/2019-Fiche_evaluation_danger_feminicide.pdf


Salmona Muriel : Comprendre et prendre en charge l’impact psychotraumatique des violences conjugales pour mieux protéger les femmes et les enfants qui en sont victimes 2017 in Violences conjugales : le droit d’être protégée E. Ronai et E. Durand, Paris, Dunod 2017


Salmona Muriel : La grossesse à l'épreuve des violences conjugales paru dans Violences conjugales et famille, ouvrage supervisé par Coutanceau R et Salmona M.,Paris, Dunod, 2016.


Salmona Muriel : Comprendre l'emprise pour mieux protéger les victimes de violences conjugales paru dans Violences conjugales et famille, ouvrage supervisé par Coutanceau R et Salmona M.,Paris, Dunod, 2016.


Pour en savoir plus les enquêtes et les sites d’information :


Étude nationale sur les morts violentes au sein du couple 2019 par la DAV : https://www.interieur.gouv.fr/Archives/Archives-des-communiques-de-presse/2020-communiques/Etude-nationale-relative-aux-morts-violentes-au-sein-du-couple-en-2019


Mission sur les homicides conjugaux de l’Inspection Générale de la Justice, octobre 2019 rendu publique le 17 novembre 2019 : http://www.justice.gouv.fr/publication/Rapport%20HC%20Publication%2017%20novembre%202019.pdf 


Lettre de l’observatoire des violences faites aux femmes n°16 : Les violences au sein du couple et les violences sexuelles en France en 2019 Indicateurs nationaux annuels : https://arretonslesviolences.gouv.fr/sites/default/files/2020-11/Lettre%20n°16%20-%20Les%20violences%20au%20sein%20du%20couple%20et%20les%20violences%20sexuelles%20en%202019.pdf


Le site stop-violences-femmes.gouv.fr Arrêtons-les avec des ressources, des outils et des kits pour les victimes, leurs proches et les professionnels ainsi que des clips pédagogiques d’expertes ICI : https://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/clips- pedagogiques-paroles-d.html


Enquêtes « Cadre de vie et sécurité » CVS Insee-ONDRP, de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales ONDRP– Rapport annuel sur la criminalité en France – 2012-2019.


Enquêtes Virage - défenseur des droits 2020 : https://virage.site.ined.fr/fichier/s_rubrique/20838/etude.resultats_violencesintrafam.fr.pdf


Enquête AMTV/Ipsos : « Violences sexuelles dans l’enfance » Association Mémoire Traumatique et Victimologie/Ipsos, 2019, Rapports téléchargeables sur les sites http:// www.memoiretraumatique.org.


Pour en savoir plus une bibliographie :


Campbell JC et al. Risk factors for femicide in abusive relationships: results from a multisite case control study. American Journal of Public Health, 2003, 93(7):1089– 97. https://ajph.aphapublications.org/doi/full/10.2105/AJPH.93.7.1089


Campbell JC, Abrahams N, Martin L. Perpetration of violence against intimate partners: health care implications from global data. Canadian Medical Association Journal, 2008, 179(6):511–12.


Campbell, Daniel W. Webster and Nancy Glass, The Danger Assessment : Validation of a Lethality Risk Assessment Instrument for Intimate Partner Femicide, J Interpers Violence 2009, Volume: 24 issue: 4, page(s): 653-674  


Fulu E., et al., « Patways between trauma, intimate partner violence, and harsh parenting ; findings from UN multi-country study on men and violence in Asiaand the Pacific » in Lancet Global Health, n°5, 2017, p. 512-522. 


Ronai E. et Durand E. Violences conjugales : le droit d'être protégée, Dunod, 2017.


Salmona Muriel : Les enfants victimes de violences conjugales, dossier pour le Grenelle avec vignettes cliniques et t témoignages : https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Articles-Dr-MSalmona/2020-les-enfants-victimes-violences-conjugales.pdf


Salmona Muriel : Le changement dans la psychothérapie des femmes victimes de violences conjugales paru dans Psychothérapie et éducation : la question du changement, ouvrage collectif sous la direction de R. Coutanceau et J.Smith, Paris, Dunod, 2015.


SUEUR Gwénola Violences intrafamiliales et post-séparation, in Le continuum des violences patriarcales. Protéger la mère, c'est protéger les enfants? chroniques féministes, 2015


VIOLENCES FAITES AUX FEMMES« UN PROBLÈME MONDIAL DE SANTÉ PUBLIQUE D’AMPLEUR ÉPIDÉMIQUE »

https://www.memoiretraumatique.org/violences/violences-faites-aux-femmes.html


 VIOLENCES FAITES AUX FEMMES ET PSYCHOTRAUMATISMES Séminaire à Sciences Po sur les violences, publié janvier 2014


Les violences conjugales faites aux femmes : quand la violence s'exerce au sein du couple  chronique de la Dre Muriel Salmona du 27/02/2018 au Magazine de la santé de France 5 vidéo complète à voir ICI





Conduites à tenir et ressources en cas de violences : 


À voir article : comment venir en aide, secourir, protéger une victime de violences intra-familiales, conjugales, institutionnelles et/ou sexuelles avril 2020 : https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Articles-Dr-MSalmona/2020-comment-secourir-victime-de-violences.pdf



  • En situation d’urgence et de danger immédiat d’appeler ou faire appeler en priorité les secours (POLICE ou GENDARMERIE 17, 112 pour les mobiles, 114 pour les personnes sourdes, malentendantes, muettes ou pour celles qui ont des difficultés pour s’exprimer ou qui ne peuvent pas parler sans se mettre en danger) et si la victime (ou les) victimes sont blessées, en état de choc, appeler les urgences médicales (SAMU 15 ; POMPIERS 18 ; 112 par mobile ou 114 pour les personnes sourdes, malentendantes si vous ne pouvez pas parler sans se mettre en danger (avec un smartphone après avoir télécharger l’application 114 ou par internet ou sur ordinateur www.urgence114.fr ) ; 


  • Pour rappel le code pénal impose de porter secours et d'intervenir pour prévenir des crimes et il sanctionne : La non assistance à personne en péril (péril physique immédiat avec obligation d'action par vos propres moyens et sans danger pour vous ou de provoquer un secours), 223-6 du code pénal, et la non dénonciation de crimes, Article 434-1 du code pénal, la non-dénonciation de crime est le fait, pour quiconque ayant connaissance d’un crime dont il est encore possible de prévenir ou de limiter les effets, ou dont les auteurs sont susceptibles de commettre de nouveaux crimes qui pourraient être empêchés, de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives. il faut donc intervenir pour secourir et protéger la victime en remettant pas sa vie en danger : vous pouvez crier, faire diversion, aider la victime à fuir ou se cacher, et surtout appeler des secours et signaler à la police ou à la gendarmerie les crimes qui pourraient être commis ;


  • Attention, les violences sexuelles et particulièrement le viol, sont toujours des urgences médicales, psychologiques et médico-légales qui ne peuvent pas être reportées (+++ d’être prise en charge dans les 72h), il faut conseiller à la victime de ne pas se laver (et si possible de ne pas uriner ou de garder le papier toilette utilisé, de ne pas se laver les dents), ni de laver ou jeter les vêtements qu'elle portait, ainsi que tout tissu ou tout objet ayant été en contact lors des violences sexuelles (draps, coussins, serviettes, préservatif) et de les conserver dans un sac pour les remettre à la police, il est essentiel que la victime, qu’elle souhaite ou non porter plainte soit vue en consultation d’urgence à l’hopital, par un médecin, et si possible dans une Unité Médico-Judiciaire ou aux urgences d’un centre hospitalier (soins médicaux et psychotraumatologiques indispensables, contraception d’urgence, prévention de maladie sexuellement transmissibles, examen médico-légal pour collecter des preuves et établir un certificat )


  • Le signalement est obligatoire si vous pensez qu’un mineur ou une personne vulnérable (femme enceinte, personne handicapée, âgée, dépendante, malade) est en danger et subit des violences ou des maltraitances : 


    • à la police ou la gendarmerie (17, 112, 114 par SMS) et directement au procureur de la République du Tribunal de Grande Instance
    • au 119 pour les enfants 24h/24 et 7j/7, il est possible de signaler en ligne sur le site ICI https://www.allo119.gouv.fr/recueil-de-situation), 
    • au 39-77 pour les personnes âgées ou handicapées), auprès des cellules de recueil des informations préoccupantes des départements CRIP pour les mineurs), 
    • au 39-19 violences-femmes-info pour les femmes victimes de violences 24h/24 et 7j/7 : conjugales et intra-familiales  (physique, sexuelles, psychologiques, économiques, administratives), violences sexuelles, mariages forcés, mutilations sexuelles, .... Ce numéro propose une écoute, il informe et il oriente vers des dispositifs d'accompagnement et de prise en charge, et si il est nécessaire d’organiser un hébergement d’urgence (39-19 ; 115) ;

      • Proposer à la victime de signaler les violences sexistes et sexuelles et être conseillé par tchat par des policiers et des gendarmes formés à ces violences qui vous répondront 24h/24 et 7j/7 sur la plateforme de signalement en ligne des violences sexuelles et sexistes : https://www.service-public.fr/cm (suivant ce que la victime souhaite, elle peut le faire seule, avec vous ou accompagnée d’une autre personne de son choix, ou bien vous pouvez avec son accord le faire pour elle si elle ne se sent pas en capacité de le faire elle-même) ;


      • Il est essentiel de rappeler à la victime que les violences qu’elle a subies sont graves et interdites, que rien ne peut les justifier, que la loi les réprime et en punit les auteurs, qu’elle doit être protégée, qu’elle peut porter plainte dans n’importe quel commissariat de police ou gendarmerie, directement auprès du procureur de la République, et signaler les violences sur la plateforme de signalement en ligne des violences sexuelles et sexistes : https://www.service-public.fr/cm, qu’elle a des droits et que des mesures de protection peuvent être  mises en place même si elle ne souhaite pas porter plainte (ordonnance de protection, éviction du domicile du conjoint violent, mesures d’éloignement, suspension des droits de visite, téléphone grave danger ) qu’elle peut en être informée précisément et avoir des conseils juridiques ;




      • Au moindre doute, face à une situation préoccupante, pour avoir des renseignements et des conseils pour aider et accompagner une victime de violence n'hésitez pas à appeler les permanences téléphoniques et les plateformes : 



      • 39-19 (violences femmes info), ouvert 24h/24 et 7j/7 Ce numéro anonyme et gratuit n’est pas repérable sur les factures de téléphone
      • 119 (enfance maltraitée), 24h/24 et 7j/7 Ce numéro gratuit n’est également pas repérable sur les factures de téléphone contact possible par formulaire écrit sur le site : https://www.allo119.gouv.fr
      • 116 006 numéro d’aide aux victimes, et son site https://parcours-victimes.fr pour toutes les démarches à suivre
      • 39-77 (maltraitance envers les personnes âgées et les personnes handicapées),
      • 0 800 05 95 95 (viols femmes information du collectif féministe contre le viol), 
      • 116 006 numéro d’aide aux victimes, et son site https://parcours-victimes.fr pour toutes les démarches à suivre
      • L’application numérique gratuite à télécharger et le bracelet connecté app-elles.fr créée par l'association.resonantes.fr qui permet d'alerter des proches discrètement et de s’informer. 
      • l'AVFT (association contre les violences faites aux femmes au travail) 01 45 84 24 24. 
      • Vous pouvez aussi appeler les cellules de recueil des informations préoccupantes CRIP qui ont été mises en place dans chaque département