mercredi 1 janvier 2014

BILAN 2013 DE L’ASSOCIATION MÉMOIRE TRAUMATIQUE ET VICTIMOLOGIE







BILAN 2013 DE L’ASSOCIATION 
MÉMOIRE TRAUMATIQUE ET VICTIMOLOGIE

Pour le télécharger en PDF cliquez ICI


A toutes et à tous avec nos meilleurs vœux militants, solidaires et égalitaires pour cette nouvelle année, en espérant que 2014 sera riche en actions et nous permettra d'avancer dans nos luttes contre les violences et les discriminations et nos revendications. et en vous remerciant de votre collaboration, de votre soutien et de votre confiance, avec toutes nos amitiés.

Pour le bureau de l'association, Muriel Salmona, présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie.



L'année 2013 a été une année marquée par de nombreuses actions militantes et des avancées pour le droit des femmes et la lutte contre les violences faites aux femmes avec : la loi renforçant la lutte contre le système prostitueur adoptée par l’Assemblée Nationale, la meilleure prise en compte de l’importance du soin des victimes par le ministère des Droits des femmes (avec deux colloques sur le soin des victimes et un autre sur la formation des professionnels de santé), les nouvelles lois de renforcement de protection des femmes victimes de violences, et pour l’égalité entre les femmes et les hommes, et le 4ème plan triennal de lutte contre les violences faites aux femmes. Mais la route à faire - pour que la violence recule et pour que l’égalité et la justice progressent - reste longue et semée. d’embûches et de risques de régressions, soyons vigilant-e-s et restons engagé-e-s et uni-e-s ! Nous espérons que 2014 nous permette d’avancer en force pour que toutes les victimes soient mieux reconnues, mieux protégées, qu’elles aient accès à plus de justice et à «des soins de qualité, sans frais par des professionnels formés» dans des centres répartis sur tout le territoire. Nous espérons qu’en 2014 la lutte contre les maltraitances des enfants soit la grande cause nationale, que la France vote enfin une loi contre les violences éducatives dans la famille, et que de nouvelles lois prennent en compte les violences sexuelles incestueuses (la précédente ayant été abrogée par le conseil constitutionnel en septembre 2011 après une QPC) et rendent imprescriptible les violences sexuelles commises sur des mineur-e-s.

L’association a contribué à ces avancées par sa participation à de nombreuses campagnes dont la campagnes abolition 2012 avec 61 associations, aux commissions et aux auditions parlementaires, aux groupes de travail de la MIPROF et du ministère des droits des femmes, aux colloques sur le soin des victimes et la formation des professionnel-le-s de santé organisés par le ministère des droits des femmes et la MIPROF, par sa campagne et son colloque Violences et Soins à Bourg la Reine le 5 novembre (avec 400 participant-e-s), par la publication du Livre noir des violences sexuelles en avril chez Dunod, et par de très nombreuses journées de formation : 62 avec plus de 8000 personnes formées ou sensibilisées dont 1500 professionnel-le-s de la santé, une forte augmentation de la fréquentation du site (1500 visites par jour + 400 visites par jour sur les blogs) et de très nombreux contacts, de nombreuses publications (brochures, articles, dossiers) et la mise en ligne sur le site de nombreuses vidéos de formation et une forte présence médiatique : nombreuses interviews, documentaires et articles (dont 12 sélectionnés par le plus du Nouvel Obs), et lors d’actions militantes féministes et de lutte contre les disciminations et les violences. Et nous allons poursuivre nos combats en 2014.


  • INTERVENTIONS ET FORMATIONS : avec 62 interventions dans toute la France et en Europe dans le cadre de conférences, formations, colloques, GAPP, 3 cours de DU (Créteil, Paris 5 et Paris 7), formation médicale continue, séminaires, sensibilisations, débats ayant concernés plus de 8000 personnes (dont plus de 1500 professionnel-le-s du monde médical, et des professionnel-le-s du secteur social, associatif, judiciaire et policier) que vous pouvez voir sur le blog et sur le site, et 2 vidéos de formation Pratis TV de 20 mn sur les conséquences pychotraumatiques des violences sexuelles et des violences conjugales qui ont été diffusées et re-diffusées sur le site de Pratis TV (6 vidéos depuis 2011) Télé des médecins qui reçoit 150 000 et 180 000 visites par mois et accessibles sur le site memoiretraumatique.org (qui reçoit 40 000 visites par mois et qui est beaucoup utilisé comme outil de formation par des professionnel-le-s de la santé (très nombreux retours) + 1 vidéo de formation sur l’inceste diffusée avec le DVD longtemps après de Brigitte Lemaine (comprenant une série documentaire de 11 films).


  • COMMISSIONS et GROUPES DE TRAVAIL : avec la participation à de nombreuses commissions à l'Assemblée Nationale et au Sénat sur la prostitution, les violences envers les femmes, à la commission Enfance en France de l’UNICEF, au groupe de travail sur la formation des professionnels de santé à la MIPROF, et aux commissions départementales de Paris et des Hauts de Seine d’action contre les violences faites aux femmes.

  • INTERVIEWS ET VIDÉOS : avec de nombreuses interviews et participations à des débats à la radio que vous pouvez voir ou écouter sur le blog : RFI (4 émission), France-Inter, France-Culture, Radio-Libertaire (4 émissions Femmes libres et Pas de quartier), Le Mouv’ (2 émissions), RTL (On est fait pour s’entendre, 2 émissions), Radio bleue, lors d'émissions TV et de diffusion de documentaires sur France 2, France 5, chérie, les journaux télévisés de France 3, BFMTV, Pratis TV (2 émissions sur les violences sexuelles et traumas); dans la presse : Libération, Humanité et son article en double page , Le Parisien, 20 minutes, La croix, Elle, Le Nouvel Obs., Causette, Le quotidien du médecin, Axelle le magazine féministe belge et son article "Muriel Salmona : Les violences ne sont pas une fatalité", et l’article - interview de Muriel Salmona par Isabelle Bordenave : La conspiration des oreilles bouchées dans le journal basque Ekaitza du mois de mai n°1294 sur la parution du  livre noir des  violences sexuelles, et des articles dans la presse de province… avec de nombreuses vidéos visionnables sur le site


  • CAMPAGNES, MANIFESTES ET PÉTITIONS  : avec des campagnes et des manifestes soutenus par des pétitions que vous avez signé très nombreux ce dont nous vous remercions et que pouvez toujours signer : celles que nous avons initiées : Violences et soins (plus de 1400 signatures),  Abolition 2012 avec un collectif de  61 associations, et la participation à de nombreuses manifestations dont la journée des victimes, la journée internationale des victimes, les troisièmes rencontres d'été de féministes en mouvement, la manifestation nationale contre les violences faites aux femmes.



  • EXPERTISE : avec une activité importante d'expertise en psychotraumatologie par téléphone et par internet qui a bénéficié à de nombreux professionnels et associations en France et à l’étranger.

  • CONSULTATION GRATUITE ET ANONYME pour les victimes de violences clamartoises en partenariat avec la mairie de Clamart.


  • PARTENARIAT : avec le partenariat et la collaboration pour de nombreux projets et actions avec de très nombreuses associations et structures en particulier : l'AVFT,  Famille et Thérapie, Sortir du Silence, l'Observatoire des violences envers les femmes du 93, la MIPROF, L’UNICEF, Le Monde à Travers un Regard , le CRIFIP, Femmes-Solidaires, l’AFAR, le barreau de Paris, Centre Monceau, l'Amicale du Nid, Le lobby européen des Femmes, le CNDF, Amnesty International, le mouvement du nid, le CFCV, Solidarité Femmes, les CIDFF, le MFPF, le GAMS, Oppélia, SOS inceste pour revivre, Ni Putes, Ni Soumises, Entraide, l'APACS, Femmes en résistance, les amiEs de Femmes en Résistance, Institut Montaigne de Bordeaux, Femmes pour le dire Femmes pour agir, Tremplin 94 SOS Femmes, Le relais de Sénart, Le cercle Condorcet, Le groupe Louise Michel, Osez le féminisme, Regards de Femmes, SOS-Femmes, l’ANPRV, l'OVEO, l'AVPE, Du Côté Des Femmes 31, association des gynécologues du 78, association Paris Montagne, Aux captifs la libération, Libres Terre des Femmes, la CUMP Inter-Régionale Est, le CHRS Voltaire de Charleville Mézière,  et avec les délégati,ons aux droits des femmes et à l'Egalité de nombreux départements, les mairies de Bourg la Reine, Clamart, Puteaux et de Saint-Ouen, les unversités de Créteil, Paris 5, Paris 7, Lyon, Nantes etc. Et un partenariat avec des associations en Europe, particulièrement en Belgique, en Amérique du Nord et en Afrique et au Moyen-Orient.

  • Nous remercions pour leur soutien, leurs subventions et leurs aides les délégations aux droits des femmes et à l'égalité d'Auvergne, les mairies de Bourg la Reine et Clamart, le conseil général du 91, du 93 et l'observatoire des violences envers les femmes du 93, le ministère des Droits des Femmes.

Pour 2014 une année qui va démarrer très fort

  • De nombreuses interventions, conférences, formations et commissions sont déjà prévues tout au long de l'année. Et nous continuons la campagne Violences et Soins pour améliorer le soin des victimes de violences, avec la mise en ligne d’un nouveau blog sur le colloque avec les actes du colloque, des vidéos, un reportage, des témoignages et des articles, ainsi qu’un questionnaire pour évaluer la prise en charge médicale des victimes de violences sexuelles et un sondage. Une formation de 2 ans sur les soins psychothérapiques pour les victimes de violences de l’association en partenariat avec le pôle formation du centre Monceau débutera mi-février. De nombreuses actions et manifestations militantes sont prévues tout au long de l’année et pour cette nouvelle année 2014 que nous vous souhaitons la plus riche en avancées possible dans les domaines de l'égalité de droits et de lutte contre les violences.

  • Dès janvier est prévue le 17 une émission sur le viol du Magazine de la santé de France 5 pour la séquence Allô docteur consacrée au viol avec Marina Carrère d’Encausse et Michel Cymes, une émission sur le harcèlement sexuel sur RTL avec Flavie Flament «On est fait pour s’entendre» le 4 février, et de nombreuses interventions d’ici fin mars : à Paris une formation à l’ENM, et un séminaire de réflexion sur les violences faites aux femmes et la santé à la Mutualité Française en partenariat avec Sciences Po et la MIPROF, Lyon à la fac de médecine et à l’ESPE, Bayonne pour un colloque transfrontalier avec l’Espagne, Besançon avec Amnesty International, Rouen au centre hospitalier, à Paris à l’AFAR sur les adolescents difficiles, à Villejuif, au centre psychiatrique de Ville Evrard, à Chartre, à Bordeaux à l’Institut Montaigne avec Boris Cyrulnick, à voir sur le blog.


  • DÉMARRAGE EN FÉVRIER D’UNE FORMATION MÉMOIRE TRAUMATIQUE ET VICTIMOLOGIE SUR DEUX ANS SUR LA PRISE EN CHARGE PSYCHOTHÉRAPIQUE DES VICTIMES DE VIOLENCES : début : février 2014 Mémoire Traumatique et Victimologie, en partenariat avec Familia, pôle formation du Centre Monceau, ouvre les inscriptions pour la formation « Conséquences des psychotraumatismes et soins psychothérapiques aux victimes ». Cette formation sera assurée par la Docteure Muriel Salmona, psychiatre, psychotraumatologue et Sokhna Fall, thérapeute familiale, victimologue et ethnologue.Cette formation se déroulera sur deux ans, à raison de 9 journées la première année, et de 6 journées la deuxième année.Les demandes de préinscription peuvent être adressées dès maintenant à memoiretraumatique@gmail.com ou à info@centre-familila.com.


  • et de nombreuses autres actions et manifestations militantes pour cette nouvelle année 2014 que nous vous souhaitons la plus riche en avancées possible dans les domaines de l'égalité de droits et de lutte contre les violences. 


Dre Muriel Salmona, présidente 
de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie

Pour le bureau de l’association
janvier 2014







jeudi 19 décembre 2013

Dernier article de Muriel Salmona sélectionné et publié sur le plus du nouvel obs sur l'amnésie traumatique du 19 décembre 2013 : Violée à 5 ans, elle s'en souvient à 37 : avec la terreur, le cerveau peut disjoncter







LE PLUS. La Cour de cassation s'est prononcée mercredi sur le cas d'une femme qui, après une amnésie traumatique, a déposé plainte en 2011 pour des viols qu'elle dit avoir subis en 1977. L'allongement du délai de prescription lui a été refusé. Qu'est-ce qu'une amnésie traumatique ? Pourquoi peut-elle durer si longtemps ? Explications de Muriel Salmona, psychiatre spécialiste des violences sexuelles.


Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie ,

édité par   Hélène Decommer


 Auteur parrainé par Elsa Vigoureux le  19 décembre 2013

La cour de cassation vient de rejeter le pourvoi de Cécile B. pour repousser le délai de prescription des violences sexuelles qu’elle a subies dans l’enfance. 


Cécile B. avait déposé ce pourvoi pour contester la validité du délai de prescription en ce qui la concernait, puisqu’une amnésie traumatique de 32 ans l’avait empêchée d’avoir connaissance des faits de viols subis à l’âge de 5 ans et qui ont duré pendant 10 ans, et que par conséquent elle n’avait jamais été en mesure de les dénoncer avant leur remémoration.

Elle a vécu la prescription comme une "profonde injustice"

Quand en 2009, lors d’une première séance d’hypnothérapie, après avoir revécu très brutalement et de façon précise - comme un film - une scène de violences sexuelles commise par un proche de sa famille alors qu’elle avait 5 ans, Cécile B. a voulu porter plainte, elle a appris que les faits étaient prescrits. Elle avait alors 37 ans.

Si la loi Peben II du 9 mars 2004 avait repoussé de 10 à 20 ans après la majorité la prescription des crimes sexuels et des délits sexuels avec circonstances aggravantes commis sur des mineurs (jusqu’aux 38 ans de la victime), cette nouvelle loi ne pouvait pas s’appliquer à cette jeune femme en raison du principe de non-rétroactivité, puisqu’au moment où la loi est passée le 9 mars 2004 les faits étaient déjà prescrits pour elle [1].

Cette prescription de son agression, alors que son agresseur avait confirmé de nombreux détails qu’elle avait revécu lors de la remémoration, Cécile B. l’a vécu alors comme une "profonde injustice".

Malgré le rejet de son pourvoi Cécile B. ne veut pas arrêter son combat, elle voudrait avoir un procès pour que la justice fasse son travail, et elle souhaite porter son dossier auprès de la cour européenne.

Beaucoup de mes patientes sont dans le même cas 

En tant que spécialiste en psychotraumatologie prenant en charge des victimes de violences sexuelles, je ne peux que parfaitement la comprendre et la soutenir.

Beaucoup de mes patientes et patients sont dans le même cas qu’elle, ils ont eu de longues périodes d’amnésie traumatique et ont été dans l’impossibilité de dénoncer à temps les crimes sexuels subis dans leur enfance en raison de délais de prescription dépassés (parfois de seulement quelques jours), d’autres ont été empêchés pendant de longues années de les dénoncer du fait de conduites d’évitement, ou de l’emprise et des menaces de l’entourage, et lorsqu’ils sont enfin prêts, ils ne peuvent plus porter plainte.

Une enquête de l’Association Internationale de victimes d’Inceste (AIVI) faite par l’IPSOS en 2010 a montré qu’en moyenne les victimes attendent 16 ans avant de pouvoir révéler pour la première fois les violences sexuelles et que 22% d’entre elles le font plus de 25 ans après les faits. C’est pour cela que nous sommes de nombreuses associations à militer pour une imprescriptibilité des crimes sexuels commis sur des mineurs, comme elle existe déjà dans de nombreux pays. 

Les violences sexuelles, sources majeures d'amnésies traumatiques

L’amnésie traumatique complète ou parcellaire est un phénomène fréquent chez les victimes de violences sexuelles dans l’enfance, elle fait partie des conséquences psychotraumatiques de ces violences dont le législateur devrait mieux tenir compte. De très nombreuses études cliniques ont décrit ce phénomène qui est connu depuis le début du XXe siècle et qui avait été décrit chez des soldats traumatisés qui étaient amnésiques des combats.

Mais c’est chez les victimes de violences sexuelles dans l’enfance que l’on retrouve le plus d’amnésies traumatiques. Ce phénomène peut perdurer de nombreuses années, voire des décennies. 59,3% des victimes de violences sexuelles dans l’enfance ont des périodes d’amnésie totale ou parcellaire (Brière, 1993).

Des études prospectives aux États-Unis (Williams, 1995, Widom, 1996) ont montré que 17 ans et 20 ans après avoir été reçues en consultation dans un service d’urgence pédiatrique, pour des violences sexuelles qui avaient été répertoriés dans un dossier, 38% des jeunes femmes interrogées pour la première étude et 40% pour l’autre ne se rappelaient plus du tout les agressions sexuelles qu’elles avaient subies enfant [2]. Ces amnésies étaient fortement corrélées au fait que l’agresseur était un proche parent que la victime côtoyait au jour le jour, et que les violences avaient été particulièrement brutales.

Toutes ces études montraient également que les souvenirs retrouvés étaient fiables et en tout point comparables avec des souvenirs traumatiques qui avaient été toujours présents chez d’autres victimes, et qu’ils réapparaissaient le plus souvent brutalement et de façon non contrôlée "comme une bombe atomique", avec de multiples détails très précis et accompagné "d’une détresse, d’un sentiment d’effroi de sidération et de sensations strictement abominables", comme nous le décrit Cécile B.

Une disjonction des circuits émotionnels et de la mémoire 

Le mécanisme en cause de ces amnésies traumatiques est avant tout un mécanisme dissociatif de sauvegarde que le cerveau déclenche pour se protéger de la terreur et du stress extrême générés par les violences, ce mécanisme qui fait disjoncter les circuits émotionnels et de la mémoire, et entraîne des troubles de la mémoire va faire co-exister chez la victime des phases d’amnésie dissociative et des phases d’hypermnésie traumatique.


Pour lire la suite cliquez ICI




mercredi 18 décembre 2013

Colloque à Charleroi le 20 décembre 2013 : Les femmes face aux violences sexuelles, des réalités pluri'elles avec l'intervention de la Dre Muriel Salmona




Rue des Français, 147, 6020 Dampremy





Chaque jour, près de 100 femmes sont victimes de viols en Belgique
Toutes les femmes sont ainsi exposées, toutes.
Au travers de cette journée, la coordination Provinciale invite les intervenant-e-s à poser leur regard sur une problématique qui constitue une des violences subies par les femmes de la part des hommes.
Une journée pour mieux comprendre l’impact traumatique des violences sexuelles et pour donner la parole à des groupes de femmes de tout horizon.


 Programme :

matinée

9h10 à 9h20 Violences sexuelles en Belgique Présentation de la campagne du CFFB «Paroles contre viols» par Viviane Teitelbaum présidente du CFFB national

9h35 à 12h Les femmes face aux violences sexuelles par Muriel Salmona

après-midi

12h35 Table ronde : nous sommes TOUTES des héroïnes 

Les adolescentes face à l’hypersexualisation et aux violences sexuelles : Bernard Devos délégué général aux droits de l’enfant

Les violences sexuelles dans le couple : Josiane Cerruzzi directrice  du refuge  solidarité femmes 

Les femmes handicapées citoyennes face aux violences sexuelles : Maudy Piot, FDFA

Les violences sexuelles à l’égard des femmes âgées : Irène Zeiliger sociologue





14h Les violences sexuelles à l’égard des femmes itinérantes : Séverine Mayal Docteure en sociologie, université Paris-Descartes

Les violences sexuelles à l’égard des femmes migrantes : Annalisa D’Aguanno, psychologue GAMS Belgique

Les violences sexuelles à l’égard des femmes lesbiennes

Les violences sexuelles à l’égard des femmes prostituées : Muriel Salmona




Nouvel article de Muriel Salmona sélectionné par Le Plu du Nouvl Obs du 17 décembre 2013 : Prostitution : pénaliser les clients, c'est bien. Lutter contre la précarité, c'est mieux







LE PLUS. La pénalisation des client-es de prostitué-es vient d'être votée à l'Assemblée nationale. Après de vives polémiques et des débats qui ont opposé les abolitionnistes et les défenseur des prostituées, Muriel Salmona, psychiatre estime que le texte définitif omet la prévention et la prise en charge des personnes vulnérables, avant leur prostitution. 


Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie ,

édité par   Henri Rouillier


 Auteur parrainé par Elsa Vigoureux le  17 décembre 2013



Le texte de loi pour renforcer la lutte contre le système prostitutionnel, adopté mercredi 6 décembre 2013 par un vote solennel à l’Assemblée nationale, représente une avancée majeure.

Ce texte, en plus de ré-affirmer la position abolitionniste de la France qui reconnait la prostitution comme une violence faite aux femmes (1) et une violation de la dignité humaine et de l'égalité entre les sexes.

La prostitution, un risque pour la santé mentale

Il renverse la charge pénale de la personne prostituée sur ceux qui exploitent sa situation de vulnérabilité en abrogeant le délit de racolage et en sanctionnant le recours à la prostitution.

Il vise aussi une amélioration de l’accompagnement, de la protection et de l’accès aux soins des personnes prostituées – la prostitution étant envisagée comme une activité à haut risque pour la santé physique et mentale pour de nombreux rapports (2) – et leur réinsertion avec la mise en place d’un "parcours de sortie de la prostitution", la création d’un fond pour la prévention et l’accompagnement social et professionnel, et de nombreuses dispositions en matière de logement, de revenu de substitution, d’obtention de titres de séjour renouvelables, et de mesures destinées à assurer leur protection.

En tant que professionnelle de santé prenant en charge des personnes prostituées, je ne peux que saluer ce texte, mais il reste un grand chantier à peine abordé par ce texte : la prévention en amont afin d’éviter l’entrée en prostitution.

Déceler les traumas, et lutter contre la précarité

Prévenir c’est non seulement lutter sans relâche contre les réseaux de traite et les proxénètes, lutter contre les inégalités hommes femmes, le sexisme et la marchandisation des corps en éduquant les jeunes pendant leur scolarité, mais également – et c’est trop souvent oublié – lutter contre tout ce qui précarise les jeunes, avec en première ligne les violences qu’ils subissent.

Le système prostitutionnel exploite avant tout la grande vulnérabilité de jeunes isolés, sans ressource et gravement traumatisés qui sont repérés par des réseaux et des proxénètes, ou qui font le choix désespéré d’entrer en situation prostitutionnelle comme solution de secours et stratégie de survie pour se procurer de l’argent, et pour se déconnecter de leur souffrance.

Dans l’enfance des personnes prostituées on retrouve jusqu’à 59% de maltraitances physiques, et de 55% à 90% d’agressions sexuelles. Et quand des jeunes ont subi des violences dans l’enfance et plus particulièrement des violences sexuelles incestueuses (3) trois grands facteurs de risque peuvent précipiter leur entrée en situation prostitutionnelle :

1. Le départ précoce du foyer familial : nombreux sont les adolescents ou très jeunes adultes qui vont fuir le milieu familial maltraitant, avec des fugues à répétition, des départs précoces, des expatriations, qui se retrouveront mis à la porte du domicile familial, placés de foyers en foyers, avec le risque de se retrouver à la rue, sans revenu.

2. L’arrêt de la scolarité : les violences ont souvent un impact négatif sur leurs études (absentéisme, décrochages et échecs scolaires) et beaucoup de ces jeunes se retrouvent sans qualification ou formation professionnelle.

3. Les conséquences psychotraumatiques des violences avec l’installation d’une dissociation et d’une mémoire traumatique source de grandes souffrances et de conduites addictives et à risque.

Ces jeunes maltraités le plus souvent par leurs parents, condamnés à la loi du silence et au déni, rejetés par leur famille et les institutions qui ne veulent rien savoir des violences qu’ils ont subies, ni des souffrances qu’ils endurent, abandonnés par tous, survivent comme ils peuvent souvent dans les pires conditions en supportant les violences et en "auto-traitant" leur troubles psychotraumatiques. Pour cela ils ont recours à des stratégies pour se dissocier (se déconnecter de ses émotions) et s’anesthésier.

L'enjeu de la mémoire traumatique

Les violences ont un pouvoir dissociant direct par leur impact traumatique qui déclenche dans le cerveau un mécanisme de sauvegarde pour échapper à un stress extrême : une disjonction du circuit émotionnel qui produit une dissociation et une anesthésie émotionnelle à l’aide d’un cocktail de drogues endogènes semblables à de la morphine et de la kétamine secrétées par le cerveau.

Mais cette disjonction crée une mémoire traumatique, mémoire non traitée et piégée des violences qui, telle une machine à remonter le temps, leur fait revivre sans fin les violences à l’identique avec les mêmes sentiments de détresse et de désespoir, et les mêmes sensations intolérables à chaque fois qu’un lien les rappelle.

Et pour y échapper les victimes essaient de reproduire le mécanisme de disjonction, soit en recréant son effet avec de l’alcool et de la drogue, soit en le re-déclenchant avec des conduites à risque et des mises en danger génératrices de stress extrême. Les conduites dissociantes à risque sont d’autant plus efficaces pour s’anesthésier qu’elles reproduisent au plus près les violences subies. Pour les violences sexuelles, ce sera le cas avec des conduites à risque dont fait partie la prostitution.

Les jeunes qui ont été victimes de violences sexuelles sont colonisés également par la mémoire traumatique des mises en scène des agresseurs et de leurs phrases assassines, qui leur renvoie en permanence que l’on peut utiliser sexuellement leur corps, que c’est normal, qu’ils n’ont aucune valeur,  qu’ils n’ont aucun droit et surtout pas le droit de dire non, qu’ils sont méprisables et qu’ils ne sont bons qu’à ça, ce qui aboutit à un véritable formatage et une emprise qui les piège encore plus.

Pour lire la suite cliquez ICI



jeudi 5 décembre 2013

Nouvel article de Muriel Salmona sélectionné dans le Plus du Nouvel Obs ;Petite fille noyée à Berck : la maltraitance des enfants reste trop sovent sous-estimée, 5 décembre 2013









LE PLUS. Infanticide à Berk-sur-Mer, meurtre de Fiona... Les violences sur enfants font ces temps-ci tristement l'actualité. Faits-divers exceptionnels ou représentatifs d'un vrai problème de société ? La lutte contre la maltraitance des enfants doit-elle être déclarée grande cause nationale 2014, comme le défend le sénateur PS André Vallini ? Pour la psychiatre Muriel Salmona, c'est indéniablement une priorité.


Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie ,

édité par   Mélissa Bounoua

 Auteur parrainé par Elsa Vigoureux le 5 décembre 2013


Alors que le sénateur PS André Vallini a rendu public les premiers signataires d’un appel qu'il a lancé au Premier ministre pour que la lutte contre la maltraitance des enfants (c’est-à-dire les violences que subissent les enfants pendant qu'ils sont sous la garde de leurs parents ou de leurs représentants légaux ou de toute personne à qui ils sont confié) soit déclarée Grande cause nationale en 2014, une actualité récente nous confronte avec des maltraitances et des meurtres d’enfants commis par leur parent particulièrement impensables : la petite Fiona, le bébé trouvé dans un coffre de voiture, le petit garçon de 4 ans tué par son père à Toulouse, et ces derniers jours Adélaïde la petite fille de 15 mois noyée par sa mère à Berck.

S’agit-il de faits exceptionnels ou bien de l’infime partie visible d’un problème majeur de notre société ?

De toutes les violences, les violences faites aux enfants qui ont majoritairement lieu dans la famille restent encore les plus cachées, les plus sous-estimées et les moins dénoncées.

Des enfants seuls face aux violences

Chaque année, souvent dès leurs premiers jours, des centaines de milliers d’enfants subissent dans un silence assourdissant les pires violences psychologiques, physiques et sexuelles, ainsi que de graves négligences au sein même des lieux où ils devraient être les plus protégés : jusqu’à 16% des enfants subissent des violences physiques et 10% des négligences graves, de 15 à 20% des enfants ont subi des violences sexuelles, et près de 60% des viols sont commis sur des mineurs (avec pour les violences sexuelles 3 fois plus de filles que de garçons).

Chaque année, des enfants meurent des suites de ces violences (au moins 80 homicides répertoriés par le ministère de l’Intérieur). Bien plus certainement, nous dit la chercheuse Anne Tursz [1], qui constate que la mortalité en France avant l’âge de un an diminue régulièrement, mais reste toutefois importante (3393 cas en 2000) et plus élevée qu’à tous les autres âges de l’enfance. Et qui considère, après enquête, qu’environ 1/4 des morts de "causes inconnues ou non précisées" et 1/3 des morts "accidentelles" répertoriées par le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès de l’Inserm, sont des morts suspectes ou violentes. Les trois quarts de ces décès suspects ou violents relèvent de deux causes : le "syndrome du bébé secoué" et la mort à la naissance par asphyxie, noyade ou abandon sans soins.

Chaque année des enfants vont devoir survivre seuls face aux violences au jour le jour, sans protection, et avec des traumatismes psychiques graves qui vont générer une très grand souffrance et impacter lourdement leur santé, leur scolarité et leur vie sociale, sans soin.

Pourtant, la Convention internationale des droits de l'enfant, dont nous avons fêté le 20 novembre 2013 le 24e anniversaire, a été ratifiée par la France en 2001, et son article 19 oblige les États à prendre toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l'enfant contre toute forme de maltraitance.

Mais le système de protection de l’enfance en France peine à remplir sa mission.

La France n’a toujours pas légiféré pour prohiber totalement les châtiments corporels et la violence psychologique sur les enfants par la famille, alors que 33 pays dont 22 européens l’ont fait, à la suite de la Suède depuis 1979.

Les protéger doit être une priorité

Briser cette loi du silence, ce déni et cette tolérance qui pèsent sur ces violences et informer sans relâche sur leur réalité pour mieux repérer et protéger ces enfants en danger est une première raison majeure pour que la lutte contre la maltraitance des enfants soit déclarée grande cause nationale 2014.

En voilà quatre autres  : … LIRE LA SUITE ICI