Nouvelles versions disponibles en espagnol et en roumain du livret de prévention et d'information sur les violences et leurs conséquences "Quand on te fait du mal"
dimanche 21 janvier 2024
Nouvelles versions disponibles en espagnol et en roumain du livret de prévention et d'information sur les violences et leurs conséquences "Quand on te fait du mal"
vendredi 12 janvier 2024
Préface de la Dre Muriel SALMONA du livre de Lundy BANCROFT "Pourquoi fait-il ça ? Dans l'esprit des conjoints violents et maltraitants" publié aux éditions Libre
Il dit qu’il vous aime. Alors, pourquoi fait-il ça ? Ce livre vous fera pénétrer dans l’esprit des conjoints colériques et contrôlants afin de découvrir les signes précurseurs de leur violence et les différents types de personnalité maltraitante. En outre, vous apprendrez à distinguer ce qu’il est possible de changer de ce qui ne l’est pas, et découvrirez la manière la plus sûre de quitter un maltraiteur.
« Ce livre est dédié aux milliers de femmes intrépides, dont plusieurs survivantes de violence intime, ayant créé et porté le mouvement de résistance aux agressions conjugales. Il est aussi dédié aux nombreux hommes ayant rejoint cette lutte en tant qu’alliés. »
Lundy Bancroft est un psychothérapeute états-unien spécialiste des violences conjugales et de la maltraitance parentale. Il est l’auteur de quatre autres ouvrages sur ces sujets. L’un de ses objectifs politiques et sociaux est que la maltraitance soit reconnue et traitée comme une atteinte aux droits humains fondamentaux des femmes et des enfants.
Préface de la traduction française par la Dre Muriel Salmona
psychiatre, fondatrice et présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie et autrice de plusieurs ouvrages sur le thème des violences conjugales et sexuelles
Paris, le 5 aout 2023,
Le livre Pourquoi fait-il ça ? de Lundy Bancroft est un livre précieux et salvateur pour les femmes victimes de violences conjugales. Il ne se contente pas de répondre aux questions qu’elles peuvent se poser sur leurs conjoints violents ni de les outiller pour mieux s’en protéger, il se met résolument de leur côté avec le souci de leur rendre justice et de remettre le monde à l’endroit en dévoilant l’intentionnalité de nuire et les mensonges des hommes violents. Et cet enjeu est de taille face au déni qui règne dans notre société sur ces violences, déni alimenté par de fausses représentations, des stéréotypes sexistes, et une véritable propagande anti-victimaire qui culpabilise les victimes et dédouane les agresseurs en leur assurant une impunité quasi complète. Les femmes victimes elles-mêmes sont les premières contaminées par ce déni et ont les plus grandes difficultés à se sentir légitimes pour se défendre et pour dénoncer les violences qu’elles subissent. Ce déni contamine également les personnes qui pourraient les secourir, les protéger et les accompagner, leurs proches, les professionnels des secteurs de la police, de la justice, du soin et du social. Tout au long de son livre, fort de sa longue expérience auprès d’hommes violents, Lundy Bancroft s’attaque à ce déni. Dès les premières pages il nous prévient qu’il ne faut pas prendre pour argent comptant le discours et les justifications des hommes violents, mais toujours les confronter aux témoignages de leurs conjointes, voire de leurs ex-conjointes.
Dans nos sociétés patriarcales, les projecteurs sont presque toujours dirigés sur les femmes victimes pour leur demander des comptes, les questionner sur leurs comportements et les culpabiliser : « Qu’ont-elles bien pu faire pour rendre leur conjoint aussi violent ? ». Lundy Bancroft braque au contraire les projecteurs sur les hommes violents, sur leurs manipulations et leurs mensonges. À l’aide de nombreux exemples étayant une analyse implacable il démontre que les violences conjugales reposent sur une imposture totale. Les hommes violents sont de bons acteurs, ils jouent des rôles tout à tour pour séduire, manipuler, intimider, terroriser, culpabiliser leurs victimes afin de les contrôler et de les exploiter, et de garantir leur impunité. Ils excellent pour mettre en scène l’amour, l’énervement, la contrariété, la colère, la frustration, la jalousie, la perte de contrôle, le désespoir, l’indignation, la vengeance, le déni, le repentir… Les violences psychologiques, physiques et sexuelles qu’ils exercent n’ont pour but que de blesser et traumatiser leur victime. Ils savent bien que les justifications qu’ils donnent sont fausses et injustes, les violences leur sont juste nécessaires pour dominer et mettre en place un contrôle coercitif afin de posséder, asservir et instrumentaliser leurs victimes. Les violences sont un outil terriblement efficace pour détruire la capacité de défense, la confiance en soi et l'estime de soi des victimes, et leur faire croire qu’elles n’ont aucune valeur, aucun droit ni aucune dignité.
Les violences sont toujours présentées par les hommes violents comme dues aux comportements de leur victime : « tu m'as énervé, tu es insupportable, dangereuse, tu fais tout pour me mettre hors de moi, pour me contrarier, me frustrer, etc. », alors qu’ils les fabriquent de toutes pièces pour leurs besoins. Ils peuvent en toute indécence s'autoriser ces mystifications, aidés par les stéréotypes et les fausses représentations que la société véhicule sur l’amour et la sexualité. Ils savent parfaitement qu’ils sont de mauvaise foi, qu’ils mentent de manière éhontée, que ces violences sont illégitimes, injustifiables, et portent atteinte aux droits et à la dignité de la victime, mais ils se permettent de les commettre, particulièrement dans le huis clos d'un couple.
Ce sont ces discours mystificateurs que Lundy Bancroft décrit et analyse sans concession en démontant les innombrables justifications des hommes violents et en démasquant leurs mensonges et mises en scène. Son but est d’aider les femmes à y voir clair, à identifier les stratégies de domination et à détecter les comportements annonciateurs d'une relation toxique afin de s’en libérer le plus tôt possible.
Le déni qui règne sur ces violences conjugales est tel qu’il est essentiel de donner des outils intellectuels pour les penser - comme le fait avec nous Lundy Bancroft - afin d’ouvrir les yeux de tout un chacun sur une réalité effrayante qui touche des femmes de tout âge, de toutes conditions et de toutes origines. Les violences conjugales sont d’une très grande ampleur et ont un caractère systémique. D’après l’Organisation mondiale de la santé, une femme sur trois dans le monde a subi dans sa vie des violences physiques ou sexuelles par son partenaire ou ex-partenaire. En France, une femme sur 4 a subi des violences par un partenaire depuis l’âge de 15 ans. Chaque année d’après l’enquête Cadre de Vie et Sécurité (INSEE - ONDRP - SSMSI, 2012-2019), 213 000 femmes déclarent être victimes de violences physiques et/ou sexuelles par leur conjoint ou ex-conjoint (30% ont subi des violences sexuelles) et plus de 40 000 enfants sont directement exposés aux violences conjugales, 120 à 150 femmes sont tuées chaque année par leur conjoint ou ex-conjoint, soit une tous les 2,5 à 3 jours. Or seules 20% des victimes arrivent à porter plainte, plaintes dont 60% aboutiront à une réponse pénale (infostat Justice, numéro 159, 2018). Pour l’ensemble des femmes victimes de violences conjugales, seules 12% verront leur conjoint ou ex-conjoint violent condamné.
Ces violences sexistes s’exercent dans le cadre d’un rapport de domination masculine et dans des situations d’inégalités. Dans toutes les enquêtes, plus les femmes sont jeunes, vulnérables, discriminées plus elles risquent d’en subir, et les femmes en situation de handicap subissent deux fois plus de violences conjugales. Ces violences sont particulièrement traumatisantes pour les femmes et leurs enfants qui en sont victimes, ce qui entraîne de graves répercussions sur leur santé physique et mentale à long terme. Elles ont aussi de lourdes répercussions sociales, elles augmentent les inégalités, la vulnérabilité, les handicaps et sont source de précarité. Ces violences et leurs conséquences psychotraumatiques mettent les victimes en danger de subir de nouvelles violences, et entrainent de graves pertes de chance pour leur santé, si elles ne sont pas protégées et soignées. Or la grande majorité des femmes victimes sont abandonnées à devoir survivre seules avec leurs enfants aux violences et à leurs conséquences psychotraumatiques, sans secours, sans protection ni prises en charge adaptées.
Pour protéger et soigner les victimes de ces violences conjugales il ne peut être question d’attendre qu’elles signalent ce qu’elles subissent, tout s’y oppose : la peur d’être encore plus en danger (plus du tiers des féminicides ont lieu lors d’une tentative de séparation), la peur de ne pas être crues ni soutenues, les mensonges et les stratégies des hommes violents pour les manipuler, leur faire honte et les culpabiliser, et la gravité de leurs traumatismes. Il est nécessaire d’aller vers elles, c’est la responsabilité de tous de poser des questions, et encore bien plus des médecins qui sont considérés par les femmes victimes comme leur premier recours, suivi des policiers. Mais le déni, l’absence de formation spécifique des professionnels de la santé font que le dépistage est loin d’être systématique, de même que l’évaluation du danger couru par les victimes et leur protection, ainsi que l’évaluation de leur état traumatique et leur prise en charge adaptée. Or sans une réelle prise en compte du témoignage des victimes et sans une connaissance des symptômes psychotraumatiques, la réalité des violences est escamotée, la mise en scène des agresseurs et leurs justifications s’imposent alors comme la vérité.
Quand les violences sont reconnues par l’homme violent ou ne peuvent pas être niées (flagrance, témoins des scènes de violences, preuves médico-légales), c’est l’intention de les commettre qui est niée, la victime étant présentée comme à l’origine des violences. Dans ce scénario c’est la victime qui fabriquerait l’homme violent, alors que c'est l’homme violent qui fait la victime, et le plus souvent une série de victimes.
Lundy Bancroft fait bien apparaître que l’intentionnalité d’exercer des violences conjugales, de faire souffrir et de traumatiser les victimes est soigneusement cachée, maquillée sous couvert d'amour (jalousie, contrôle, chantages, violences sexuelles), de nécessité (éducation, responsabilité, impératifs économiques ou sécurité), ou de pertes de contrôle liées à des frustrations, des pulsions, des réactions émotionnelles trop intenses, des symptômes psychiatriques, ou bien à l’emprise de l’alcool ou de la drogue. Les hommes qui ont recours à la violence ne le font pas, comme ils essaient de le faire croire, pour le bien de la victime, pour se défendre, par détresse émotionnelle, sentiment d’abandon, de trahison ou par perte de contrôle, ils le font parce qu’ils se donnent le droit d’exercer une domination et un abus de pourvoir, selon une vision inégalitaire et discriminante du monde. Ils s’arrogent ce privilège afin d’exploiter leurs compagnes pour les mettre au service de leur confort physique, sexuel, psychique, financier, les transformant en esclaves domestiques et sexuelles, en thérapeutes, en « médicament-drogue » pour s’anesthésier, en « figurantes » pour jouer un rôle dans leurs mises en scène. Les violences conjugales sont toujours une affaire de recherche de pouvoir sur l’autre, de satisfaction de ses propres attentes au détriment de l’autre.
L’homme violent sait qu'il est de mauvaise foi, qu'il ment, qu'il manipule, que la victime ne peut pas être coupable. Au mieux il peut après coup prendre conscience de conséquences bien plus graves que ce qu’il avait prévu, en être effaré, s'excuser et surtout se faire aider pour renoncer à cette violence, mais Lundy Bancroft nous dit à quel point c’est rare. Et même dans ce cas, le risque est grand que des proches ou des professionnels minimisent la gravité des violences et arrivent à le dédouaner de toute responsabilité. Le plus souvent, il continue à rationaliser et à renvoyer toute la responsabilité de ses accès de violence à sa victime : « regarde dans quel état tu m'as mis ».
Peu importe que ces rationalisations soient totalement fausses, incohérentes, indécentes, il a le droit et le privilège d'être totalement injuste, de ne pas se remettre en question, de ne pas réfléchir aux conséquences, de ne pas se sentir responsable ni coupable des violences exercées en raison de la supériorité qu’il s’attribue. Cette supériorité lui permet de considérer ses contrariétés, ses angoisses ou ses frustrations comme bien plus importantes que les souffrances qu’il fait endurer à sa compagne. Dans le système patriarcal injuste et inégalitaire auquel il adhère, il s’arroge plus de valeur et de droits ainsi que le privilège de ne pas se poser de questions ni d’utiliser son intelligence pour analyser la situation avec impartialité. Il a le pouvoir de nier la réalité et de faire fi de toute logique et de toute cohérence. Il a le droit de faire mal, d'injurier, d'humilier et d'exiger malgré tout d'être aimé, désiré et apprécié. Il recrée et renomme le monde à sa convenance.
Sa femme doit accepter cet état de fait et considérer qu’elle est là pour servir et subir par décision unilatérale, parce que cela a toujours été comme cela de génération en génération. Ce discours est reproduit sans aucune remise en question. Dans ce système la victime se retrouve toujours fautive, en échec continuel, en situation de dette, toujours nulle, définitivement incapable, tenaillée par la sensation de décevoir en permanence, d'être toujours frustrante, désespérée d'encourir toujours des reproches quels que soient les efforts accomplis. Il est essentiel pour l’homme violent de continuellement faire peser un jugement et un contrôle coercitif sur sa victime, pour renforcer une emprise qui la transforme en « robot », et pour pouvoir exercer quand il en aura besoin des violences qui lui permettront de se dissocier.
Ce discours de la faute est indispensable pour justifier les violences. Avec une demande de perfection totalement irréaliste, impossible à atteindre, une exigence complètement décalée par rapport aux situations, exigence que l'agresseur n'aurait jamais pour lui-même, ou vis-à-vis d'autres personnes sur lesquels il n'a pas d'emprise. Jamais il n'irait frapper à son travail un adulte qui l'énerverait, mais sa femme ou son petit enfant sans défense, si ! Il s'agit bien de demander l'impossible pour pousser sa conjointe immanquablement à la faute, et pouvoir sous couvert de colère, quand on en aura besoin, « tomber » sur elle : « je fais semblant de te croire en faute, d'être en colère, afin de pouvoir t'agresser sans en porter la responsabilité, sans paraître coupable ». Les victimes le perçoivent bien quand elles ressentent que ça va bientôt « tomber ».
Face aux réactions de détresse de la victime et aux conséquences des violences sur sa santé physique et mentale, l’homme violent manie le déni, la dérision et le mépris. Il minimise la gravité de ses actes, accuse la victime d' exagérer, d’être injuste et de vouloir le culpabiliser. Il se moque des symptômes traumatiques que présente sa conjointe en les déconnectant des violences et en les retournant contre elle : « tu vois bien que tu es folle, nulle, méchante, incapable, trop fragile et douillette, toujours à jouer à la victime ». Dans ce système totalitaire, la victime n'a même plus la possibilité de réagir naturellement : pas le droit de répondre, pas le droit de pleurer, pas le droit de se plaindre, pas le droit de se mettre en colère. Elle doit subir, point.
La victime est prise au piège, bien qu’elle soit consciente de l'enfer qu'elle vit, car ses analyses et ses émotions sont continuellement disqualifiées et niées par son conjoint. Il entretient chez elle des sentiments de culpabilité, d'incompétence et de dette, ce qui l'empêche de penser qu’il n'a pas le droit de se conduire ainsi et que son intention est de lui faire mal. De plus, ces violences répétées traumatisent gravement la victime et la dissocient, ce qui l’anesthésie émotionnellement et lui donne une sensation d’irréalité. Elles sont à l’origine également d’une mémoire traumatique qui lui fait brutalement revivre les violences lors de flashbacks et de réminiscences comme si elles se reproduisaient à l’identique. Cette mémoire traumatique se déclenche dès qu’un lien rappelle les violences, elle envahit la victime qui revit à la fois les émotions et les ressentis qu’elle a eu lors des violences : la terreur, la mort imminente (elle peut suffoquer à nouveau si elle a subi une strangulation), la détresse et les douleurs, mais également les cris, les injures, les paroles blessantes et dégradantes, la haine et le mépris de son conjoint. Ces symptômes psychotraumatiques, qui ne sont habituellement pas connus de la victime, l’empêchent de comprendre ses propres réactions et émotions. Elle sait bien qu'il s'agit de violences graves et injustifiables, mais elle en doute car est coupée de ses émotions lors des violences, et a l'impression qu'elle les supporte. D'autre part elle est submergée par des émotions incohérentes et intolérables provenant de sa mémoire traumatique, qui explosent en dehors des violences dès qu’un lien les lui rappellent, et qui lui font craindre d'être folle. C’est un tel enfer qu'elle doit mettre en place de coûteuses stratégies de survie, pour éviter ces explosions ou pour les anesthésier par des conduites à risque (alcool, drogues, mises en danger). De plus, du fait de sa mémoire traumatique, elle est continuellement colonisée par les paroles et les mises en scène de son agresseur qui semblent provenir de sa propre pensée et de ce qu’elle est. Elle va se persuader peu à peu qu’elle est indigne, coupable, mauvaise et qu’elle ne vaut rien. Cet état de doute, d'incertitude, de confusion, ce sentiment de culpabilité et de honte permet à l’homme violent de mettre en place une emprise très efficace, de la manipuler et de lui imposer des pensées et un rôle dans sa mise en scène.
Lundy Bancroft démontre très bien avec de nombreux exemples que les mécanismes à l’origine de l’emprise ne viennent pas de la victime mais des violences et de la stratégie de l’homme violent. La victime souffre des conséquences normales et universelles de ces violences. Contrairement à ce qui lui est souvent renvoyé, elle n’aime pas rester avec le conjoint violent, elle n’est pas masochiste, ce n’est pas ce qu’elle veut, elle n’est pas à l’origine de son propre malheur, elle est juste gravement traumatisée et dissociée, et elle cherche à survivre aux violences en empêchant sa mémoire traumatique d’exploser.
Nos travaux et notre expérience clinique se rejoignent totalement : ce n’est jamais une femme qui fabrique un homme violent par ses comportements, ses réactions ou sa personnalité, c’est un homme violent qui fabrique de nombreuses femmes victimes. La violence conjugale a pour but de dominer et de soumettre.
D’où l’importance de toujours braquer les projecteurs sur l’homme violent et non sur sa victime pour lutter contre le déni. Et d’essayer de comprendre au-delà de ses motivations comment il lui est possible d’être aussi froid, cruel et injuste vis à vis de sa femme, aussi indifférent à sa détresse et aux efforts qu’elle déploie, et aussi peu empathique. L’homme violent est aidé en cela par l’intensité des traumas qu’il cherche à provoquer chez sa victime et aussi chez lui-même avec ses comportements terrorisants et incohérents, très efficaces pour entraîner une sidération et une dissociation traumatique. Du fait de l’état dissociatif de sa conjointe, il est assuré que les proches et les professionnels en contact avec elle, ne risqueront pas de repérer ce qu’elle subit, de prendre en compte le danger qu’elle court, ni de la croire si elle essaie de dénoncer les violences puisqu’elle paraît détachée, voire même indifférente. Lui aussi se retrouve dissocié, et c’est ce qu’il veut car cela lui permet de se débarrasser de tensions et d’émotions gênantes - les violences sont traumatisantes non seulement sur les victimes et les témoins mais également sur les agresseurs. Les mécanismes psychotraumatiques à l’origine de cet état de dissociation sont des mécanismes de sauvegarde mis en place par le cerveau pour échapper au risque vital cardiologique et neurologique que représente le stress extrême généré par des violences sidérantes. Ces mécanismes de sauvegarde s’apparentent à une disjonction qui coupe le circuit émotionnel et interrompt la production d’hormones de stress (adrénaline et cortisol). Cette disjonction s’accompagne d’une production par le cerveau d’un cocktail de drogues aux effets morphine-like et kétamine-like. L’homme violent utilise sa femme comme un fusible pour pouvoir se dissocier à ses dépens grâce aux explosions de violence qu'il lui fait subir, ce qui lui permet d'anesthésier sa propre mémoire traumatique des violences qu’il a subies ou dont il a été témoin le plus souvent dans son enfance, et de toutes les violences qu’il a commises ensuite, et en prime de se débarrasser de son empathie pour assurer sa toute puissance :et sa domination. Sa victime est pour lui une drogue avec les habituels phénomènes de dépendance, de tolérance et d'accoutumance qui entraînent une augmentation inexorable des violences.
De plus, le conjoint violent bénéficie presque toujours d'un formatage antérieur de sa victime à la soumission, à la tolérance et à l’hyper-adaptation à des situations extrêmes, formatage qui remonte à une enfance dans des milieux familiaux violents : antécédents de maltraitance, d’exposition à des violences conjugales, et de violences sexuelles dont on connaît malheureusement la fréquence (1 femme fille sur 5 a subi des violences sexuelles dans son enfance, OMS, 2016). Avoir subi des violences dans l’en- fance est un facteur de risque majeur d’en subir à nouveau tout au long de sa vie (OMS, 2010 et 2014, Felitti 2010). Le conjoint violent bénéficie également du fait que sa victime, quelles que soient les violences subies depuis son plus jeune âge, n’a jamais été ni protégée, ni reconnue comme victime, ni soignée, elle a dû grandir en survivant seule aux violences et à leurs conséquences psychotraumatiques. Elle a appris à considérer qu’elle n’avait pas de valeur, aucun droit et que personne ne viendrait à son secours. Il va donc tirer parti des traumas accumulés non traités de sa victime, et des conséquences souvent désastreuses des stratégies de survie qu’elle a dü développer, qui sont des facteurs de vulnérabilité et d’absence d’estime de soi. En plus de la complicité avec les systèmes agresseurs du passé de sa victime, l’homme violent bénéficie donc de la complicité ambiante d’une société inégalitaire encore dans le déni face aux violences faites aux femmes et aux filles et à, leur conséquences psychotraumatiques.
La femme victime et l’homme violent ont donc fréquemment subi des violences dans leur enfance ou en ont été témoin. Dans la grande étude pour l’ONU de Fulu en 2017, si une femme a subi des violences physique et sexuelles dans l’enfance, cela multiplie par 19 son risque de subir des violences conjugales et sexuelles à l’âge adulte, et pour un homme cela multiplie par 14 le risque d’en commettre. Cela s’explique principalement par les conséquences psychotraumatiques des violences, pour éviter les conséquences à long terme et le cycle de reproduction des violences de proche en proche et de génération en génération, la mesure la plus efficace est de protéger les enfants victimes et de prendre en charge leurs traumatismes le plus tôt possible.
Le passé traumatique de l’homme violent lui permet d’obtenir de la compassion et de l’aide, sa conjointe se retrouve alors piégée dans le rôle de celle qui l’aide, le comprend, le soigne, l’excuse pour les violences qu’il commet, et lui pardonne le mal qu’il lui fait. Lundy Bancroft nous en montre de nombreux exemples. Si on n’est pas responsable des violences qu’on a subi, ni de leurs conséquences traumatiques, en revanche on a le choix de ses stratégies de survie et on est responsable de celles qui portent atteinte à l’intégrité physique et mentale d’autrui. Or c’est ce que font les hommes violents, ils instrumentalisent leur conjointe afin qu’elle gère à leur place leurs conduites d'évitement et de contrôle, ils les utilisent comme un fusible pour pouvoir se dissocier, ce qui leur permet de s'anesthésier à leurs dépens.
Une société inégalitaire où les hommes peuvent facilement mettre en scène une prétendue supériorité au dépens des femmes, facilite le choix de s’autoriser à être violent, en s’identifiant à l’agresseur de son enfance, pour « traiter » une mémoire traumatique qui se réactive souvent dans le cadre de la vie conjugale et familiale, et de la grossesse de sa conjointe.
La violence est un choix et un privilège, elle est l’apanage d’une société inégalitaire et sexiste qui distribue des rôles de dominants aux hommes et de dominés aux femmes, et qui attribue ensuite à chacun une valeur en fonction de la place qu’il occupe dans le système hiérarchique imposé. La violence est totalement inhérente à tout système de domination et nécessaire à sa pérennité. Les hommes violents s’autorisent à transgresser une loi universelle pour imposer une loi traditionnelle qui les arrange ou une loi créée de toutes pièces dans leur propre intérêt, à laquelle les victimes qu'ils se sont choisies doivent se soumettre de force. Ils se revendiquent comme supérieurs, d’une autre essence, ils adhèrent à une idéologie prônant un monde patriarcal profondément inégalitaire où la loi du plus fort pourrait, en toute injustice, régner à leur avantage. Ils font souvent appel à leur liberté pour revendiquer leurs droits à commettre des violences. Cette liberté serait une valeur supérieure, liberté de faire ce que bon leur semble dans leur couple et leur famille, liberté sexuelle. Et limiter cette liberté serait une oppression (discours des masculinistes). Or notre monde, celui de la Déclaration internationale des droits humains et de l’égalité entre les femmes et les hommes s’oppose théoriquement à cette idéologie. De ce fait il est nécessaire de tordre la réalité pour bénéficier du privilège exorbitant d’exercer des violences pour dominer et soumettre, et de créer une véritable propagande sexiste et anti-victimaire pour imposer une culture de la violence qui nie, minimise ou justifie les violences envers les femmes et les enfants, dédouane les hommes violents et responsabilise les victimes. Une telle propagande sexiste charrie des stéréotypes, des idées fausses et des mensonges qui résistent à toutes les grandes avancées dans la connaissance de la réalité de ces violences, et de la gravité de leurs conséquences depuis plus de 20 ans. Cette propagande omniprésente gangrène toutes les institutions, empêche que les victimes soient entendues et prises en compte, et verrouille la mise en place des réformes er des formations nécessaires pour organiser la protection des victimes, prendre en compte leurs psychotraumatismes, et pour leur rendre justice. Pour sortir de cette situation il faut faire respecter et légitimer les droits des femmes, des enfants et ceux spécifiques des victimes.
Cette propagande est continuellement alimentée, elle sert de prêt à penser aux hommes violents pour justifier leurs comportements et accuser leurs conjointes. Cette propagande mensongère et discriminante est d’une grande violence et elle est traumatisante en soi, elle crée un état de sidération et de dissociation qui paralyse et anesthésie ceux qui la subissent. Ces effets impactent également le reste de la société, la rendant tolérante ou indifférente face à ces mensonges, contaminée par les représentations haineuses sexistes qui ont un pouvoir de colonisation de la pensée et peuvent surgir de façon automatique face aux femmes victimes.
De plus cette propagande bénéficie de l’incroyable méconnaissance ou de la négation des conséquences psychotraumatiques des violences. Les mythes et les stéréotypes sexistes sont justement construits sur des symptômes psychotraumatiques détournés de leur cause - les violences - et utilisés pour culpabiliser les victimes et décrédibiliser leur parole, leurs témoignages et leurs souffrances. En effet, dans nos sociétés patriarcales et inégalitaires, les rares femmes et filles qui dénoncent les violences masculines conjugales ou sexuelles qu’elles ont subies, en sont le plus souvent tenues pour responsables ou même coupables. Leurs traumas leurs sont reprochés au lieu d’être reconnus comme des conséquences normales et universelles des violences et comme des preuves de ce qu’elles ont vécu. Dans un retournement injuste et cruel leurs symptômes psychotraumatiques et leurs conduites de survie (conduites de contrôle ou d’évitement et conduites dissociantes à risque) sont utilisés pour les discréditer, disqualifier leur témoignage, les psychiatriser, et pour les accuser d’être à l’origine des violences et de leur propre malheur. En fait les stéréotypes sexistes les plus répandus intègrent ces mêmes symptômes psychotraumatiques et leurs conséquences sur la santé et la vie des femmes pour essentialiser ce qu’est une femme, sa personnalité, ses capacités et sa sexualité. Un tel processus mystificateur haineux alimente en cercle fermé les stéréotypes sexistes, les fausses représentations qui rendent les victimes coupables des violences qu’elles subissent, ou même les considèrent comme sans dignité, aimant être violentées et dégradées. À l’inverse, les hommes qui les ont agressées sont habituellement protégés, disculpés, innocentés, leur sexualité violente est normalisée et tolérée comme un besoin, ils peuvent même être considérés comme les « vraies victimes » de ces filles et de ces femmes qui les auraient provoqués, manipulés ou accusés à tort. Le fait qu'ils soient le plus souvent des prédateurs qui ont déjà fait de nombreuses victimes et en feront d’autres est presque toujours invisibilisé.
La méconnaissance des troubles psychotraumatiques et de leurs mécanismes porte donc préjudice aux victimes et représente une grave perte de chance pour elles, d’autant plus, qu’une prise en charge médico-psychologique de qualité est efficace et permet d’éviter la majeure partie des conséquences des violences sur la santé des victimes, sur leur vie affective, sociale, scolaire ou professionnelle, et de minimiser le risque qu’elles subissent à nouveau des violences. Alors que nous disposons depuis plus de 15 ans de très larges connaissances nationales et internationales sur l’ampleur des violences conjugales, et sur la gravité de leur impact sur la santé des victimes, ces violences conjugales et leurs conséquences restent largement sous-estimées. De même, les troubles psychotraumatiques et leur traitement sont actuellement très bien décrits, mais ces connaissances restent peu diffusées auprès des professionnels et du grand public, ce qui bénéficie aux agresseurs. De ce fait, les victimes ne sont pas identifiées, leur trauma n’est pas repéré. Et face aux nombreuses plaintes psychologiques et somatiques de ces femmes et enfants victimes, aucun lien n’est fait avec les violences et des diagnostics sont portés à tort, impliquant des traitements essentiellement symptomatiques et anesthésiants, quand ils ne sont pas maltraitants.
Il est donc évident que laisser des victimes sans soin aux prises avec leur mémoire traumatique est irresponsable et alimente sans fin la production de futures violences. Il suffit qu’une minorité de victimes deviennent des agresseurs, ils feront alors à leur tour d'autres victimes, dont quelques-unes deviendront à leur tour des agresseurs. Les agresseurs choisiront en priorité des proies qui ont déjà été victimes, car plus isolées et moins protégées, plus faciles à terroriser et à soumettre, et alimentant plus efficacement leurs scénarios violents par les violences qu'elles ont déjà subies. Exercer des violences sur une personne déjà blessée et traumatisée permet aussi aux agresseurs de mettre en scène une cruauté et une injustice encore plus grandes, plus impensables et transgressives, ce qui alimente leur toute-puissance. Les anciennes victimes sont donc activement recherchées par les agresseurs et enrôlées de force dans des scénarios qui n'ont de sens que pour eux.
La violence n'est pas une fatalité, l'être humain n'est pas violent par essence. Il le devient d'une part parce qu'il a subi lui-même des violences ou qu'il en a été témoin, le plus souvent très tôt dans son enfance. Il le devient aussi parce qu'il peut s'autoriser à reproduire les violences sur des victimes plus faibles, plus vulnérables ou désignées comme telles, pour soulager sa mémoire traumatique et les tensions qu‘elle provoque.
Ce livre de Lundy Bancroft est donc essentiel pour que les femmes victimes de violences conjugales soient informées des manipulations des hommes violents, et pour qu’elles puissent se désolidariser d'une histoire qui n'est pas la leur, refuser d'y jouer le rôle d’esclave et échapper à ce piège. Dans cette optique, la reconnaissance de la réalité des violences subies et de leur impact psychotraumatique, la compréhension des mécanismes neuro-biologiques en jeu et des stratégies des agresseurs sont primordiales pour tous les proches et tous les professionnels en charge de secourir, protéger, accompagner et soigner les victimes : la lecture de ce livre sur sera extrêmement utile.
lundi 8 janvier 2024
TRIBUNE parue dans Libé le 4 janvier 2024 "La Ciivise change et nous sommes très inquiets".
TRIBUNE parue dans Libé le 4 janvier 2024
Alors que la nouvelle Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) vient d’être nommée, douze anciens membres démissionnaires dénoncent des propos inexacts qui mettent en cause le travail.
Dans le sillage du mouvement #MeToo et de son corollaire #MeTooInceste, mouvements historiques de libération de la parole des survivant·e·s de violences sexuelles, nous avons reçu, avec gravité, la mission qui nous a été confiée par le président de la République en janvier 2021.
La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a inscrit son action dans un mouvement sociétal historique où plus de 80 000 personnes avaient déjà témoigné sur le réseau social Twitter (renommé X). Nous rappelons ici avec circonspection la conclusion puissante du discours du Président le 24 janvier 2021 «On est là. On vous écoute. On vous croit. Et vous ne serez plus jamais seuls.» Sur ces mots, nous avons bâti le socle doctrinal nécessaire pour combattre l’impunité des crimes sexuels sur les enfants.
Aux côtés de Nathalie Mathieu, coprésidente de la Ciivise, et du magistrat Edouard Durand, nous avons structuré collectivement les principes qui nous paraissent essentiels à la définition d’une politique publique d’envergure, adaptée et efficace face à l’ampleur des crimes et de la souffrance perpétuelle. Les 82 préconisations que nous avons présentées pour cela forment un tout, un corpus cohérent qu’il est dangereux d’utiliser à la carte.
La Ciivise fut indépendante. C’était la condition première de l’entreprise de vérité souhaitée par le Président. Nous avons assumé cette indépendance au risque de déplaire, au risque de bousculer ce qui empêche durablement la libération de la parole : le doute des adultes, les pressions sociétales, l’omerta. Ce fut l’opportunité inespérée de créer l’espace d’une justice transitionnelle adaptée (1), où la reconnaissance de la gravité des actes et la réconciliation peuvent coexister si les victimes le souhaitent.
La cohérence entre le discours présidentiel et le dispositif proposé par la Ciivise nous a permis de recueillir près de 30 000 témoignages en deux ans. Par la confiance en cette simple promesse d’écouter et d’entendre ce qu’elles avaient à dire, ces personnes nous ont confiés - pour beaucoup - qu’ils et elles avaient attendu ce moment toute leur vie.
Fidèles à la mission confiée par Emmanuel Macron.
C’est d’abord pour être capable de soutenir encore le regard de ces personnes que nous avons choisi collectivement de démissionner de nos fonctions au sein de la Ciivise le 14 décembre dernier. Nous avons fait cela par fidélité à toutes les personnes rencontrées et par fidélité à la mission que nous avait confiée le président Emmanuel Macron.
Par cette démission nous dénonçons aussi la gestion pour le moins chaotique de l’après Ciivise. La majorité de ses membres a écrit à la secrétaire d’Etat à l’Enfance, Charlotte Caubel, pour lui demander le maintien de la Ciivise et de confirmer Edouard Durand à sa présidence, nous n’avons reçu aucune réponse.
La Ciivise a restitué le 20 novembre dernier trois années de travail, trois années d’engagement, d’expertises et de fidélité à la parole des victimes. 1 000 personnes étaient présentes. Mais aucune représentation gouvernementale n’a daigné venir.
Aujourd’hui, nous sommes contraints de dénoncer des propos inexacts qui mettent en cause notre travail et le fonctionnement de la Ciivise.
Nous tenons à l’affirmer clairement, il n’y a pas eu de dysfonctionnements au sein de la Ciivise, comme l’a laissée entendre la secrétaire d’Etat chargée de l’enfance. Au contraire les 30 000 témoignages, les avis, les rapports démontrent que la Ciivise sous la conduite des coprésidents a rempli sa mission.
La secrétaire d’Etat affirme que neuf membres auraient claqué la porte au cours du mandat, nous sommes témoins du contraire. Seuls deux membres ont démissionné, dont Caroline Rey-Salmon, la nouvelle vice-présidente de la Ciivise, et cela en raison de désaccords de fond sur la protection des enfants, notamment sur l’obligation de signalement des violences par les médecins que, nous, nous réclamons.
On a aussi reproché à la Ciivise son approche féministe, ce qui est scandaleux. Cette approche adapte pourtant nos préconisations à la réalité. 80 % des victimes sont des filles et 97 % des agresseurs sont des hommes, dont 3 % seulement sont condamnés. La France entière reste incrédule devant cette attitude.
Naturellement, nous avons eu des débats, nous avons pu exprimer des désaccords. Plutôt que de rechercher des dysfonctionnements inexistants, il conviendrait de saluer que notre collectif de bénévoles sous l’impulsion de nos coprésidents soit resté opérationnel. Cette situation, résolument hostile et opposée aux propres paroles du président de la République, conduit aujourd’hui de nombreuses personnes à demander à la Ciivise de retirer leurs témoignages. Ultime scandale.
Il était pourtant temps de passer de «je te crois» à «je te protège», et non de fracturer la confiance et de détruire cet investissement collectif. Fidèles à nos engagements, nous ferons vivre ce rapport pour le rendre accessible au plus grand nombre et lutter contre les violences sexuelles faites aux enfants.
Signature : les douze anciens membres de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise).
Eva Thomas Fondatrice de SOS Inceste - Laurent Boyet Président de l’Association les papillons - Arnaud Gallais Cofondateur de prévenir et protéger et de Mouv’enfants - Angélique Mouly Présidente du CVS de la Maison d’accueil Jean-Bru - Ernestine Ronai Responsable du premier Observatoire départemental des violences envers les femmes en Seine-Saint-Denis - Jean-Paul Mugnier Thérapeute familial et de couples, institut d’études systémiques de Paris - Fabienne Quiriau Experte en protection de l’enfance - Karen Sadlier Docteure en psychologie clinique - Muriel Salmona Psychiatre, présidente de l’association Mémoire traumatique - Linda Tromeleue Psychologue clinicienne, thérapeute familiale spécialisée dans la prise en charge des victimes de violences intra et extra-familiales - Nathalie Moreau Présidente de l’Association d’action recherche et échange entre les victimes d’inceste (Arevi) - Marie-Françoise Bellée Van Thong Ancienne membre du Conseil national de la protection de l’enfance".
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(1) L’ONU définit la justice transitionnelle comme «l’éventail complet des divers processus et mécanismes mis en œuvre par une société pour tenter de faire face à des exactions massives commises dans le passé, en vue d’établir les responsabilités, de rendre la justice et de permettre la réconciliation», ONU-Haut Commissariat aux droits de l’homme.
Rappel de la pétition à signer pour le maintien du la CIIVISE avec Edouard Durand et son équipe qui a reçu plus de 16500 signatures
Belle et heureuse Année 2024 à toutes et tous !
À vous toutes et tous belle et heureuse année avec les vœux de notre Association Mémoire Traumatique et Victimologie
jeudi 21 décembre 2023
LA CIIVISE DOIT RESTER LA CIIVISE Avec la même indépendance, la même doctrine, le même président pour continuer son travail au service des victimes de violences sexuelles dans l'enfance
Avec la même indépendance, la même doctrine "Je te crois, je te protège" et avec le juge Edouard Durand pour continuer son travail au service des victimes et de leurs droits à la vérité, à la protection, aux soins, à la justice, à la réparation et à la garantie de non réitération.
SAUVONS LA CIIVISE ET SA DOCTRINE
« JE TE CROIS, JE TE PROTÈGE »
Exigeons que le juge Edouard Durand soit maintenu à sa tête et que ses 82 préconisations soient appliquée
#SoutienCiivise #StopImpunité #Imprescriptibilité #MetooInceste
Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, le 21 décembre 2023
Comment est-il possible que le gouvernement décide d’enterrer la CIIVISE (Commission indépendante inceste et violences sexuelles faites aux enfants) à la veille de l’anniversaire du mouvement historique #Metooinceste de janvier 2021 ! Alors que les trois années de travaux de la CIIVISE et ses 82 préconisations ont été unanimement salués et qu’elle a su créer un mouvement de confiance et d’espoir inédit pour des dizaines de milliers de victimes de violences sexuelles dans l’enfance, une nouvelle comission va lui être substituée, une commission qui n’aura plus de CIIVISE que le nom, sans le juge Edouard Durand qui en était le représentant et le garant, et avec une feuille de route rétrécie sans aucune garantie sur la continuité de sa doctrine et de son indépendance ? Nous avons vécu cette décision comme une trahison et nous sommes particulièrement inquiets et en colère.
La CIIVISE a été mise en place en mars 2021 par Adrien Taquet, secrétaire d’Etat à l’Enfance et à la Famille, dans la foulée du mouvement #Metooinceste, à la suite de la sortie du livre de Camille Kouchner La familia grande et en remplacement d’une première commission sur les violences sexuelles faites aux enfants présidée par Elisabeth Guigou qui en avait démissionné après l’affaire Duhamel.
Cette commission co-présidée par le juge Edouard Durand et Nathalie Matthieu directrice générale de l’association Docteurs Bru et dont j’ai été l’une des 23 membres permanentes, est devenue tout au long de ses trois années de fonctionnement, l’essence même du mouvement de libération de la parole des victimes d’inceste et d’autres violences pédocriminelles et a suscité auprès des victimes un formidable espoir. Elle a fait l’unanimité avec son travail colossal, ses 30 000 témoignages, ses innombrables auditions publiques de victimes, d’expert.e.s, ses enquêtes (dont le coût du déni), son kit de formation des professionnels « Melissa et les autres », son rapport de 700 pages et ses 82 préconisations remis au gouvernement le 17 novembre et publiquement le 20 novembre à la Maison de la radio sans qu’aucun membre du gouvernement n’y assiste (cf le rapport complet et sa synthèse téléchargeable en fin d’article et le lien vers la vidéo de la présentation publique).
La feuille de route de cette commission décrivait lors de la mise en place de la CIIVISE, en mars 2021, deux objectifs principaux :
- recueillir des témoignages de victimes pour connaître et faire connaître l’ampleur des violences sexuelles faites aux enfants, leurs mécanismes et leurs conséquences notamment traumatiques sur la santé des victimes, et pour sensibiliser la société ainsi que les professionnels au contact des enfants ;
- Formuler des recommandations pour renforcer la culture de la prévention et de la protection dans les politiques publiques pour renforcer la prévention des violences sexuelles faites aux enfants, mieux protéger et accompagner les victimes, mieux sanctionner les agresseurs et améliorer leur prise en charge.Une attention particulière sera apportée de manière transversale à la protection des enfants en situation de handicap.
Toute notre activité, notre rapport et nos préconisations démontrent à quel point nous avons respecté totalement ces objectifs pendant ces trois années, mais le chantier est si énorme que ce travail est très loin d’être terminé. Face à la gravité et l’ampleur de ces violences sexuelles et de leurs conséquences psychotraumatiques, la lutte contre des siècles de déni, de loi du silence, de mépris et de culpabilisation des victimes, de théories anti-victimaires, d’impunité ne peut se concevoir que dans le long terme et dans le cadre d’une pérennisation de nos travaux. Il est évident, alors que nous sommes nombreux.ses à nous battre depuis des décennies contre ces violences, que ce n’est que dans une continuité, une détermination et une culture commune de la protection et du soin, du respect de l’égalité et des droits et de la dignité des personnes, de la lutte contre les discriminations et des abus de vulnérabilité et une formation de longue haleine de tous les professionnels, qu’il sera possible d’améliorer la prévention de ces violences, la protection et la prise en charge des victimes et de lutter efficacement contre ces violences sexuelles et leur impunité.
La non-reconduction par le gouvernement du juge Edouard Durand à la présidence de la CIIVISE, son remplacement et le changement de feuille de route a été incompréhensible. Edouard Durand qui a travaillé et dirigé à plein temps cette commission avec Nathalie Matthieu pendant ces trois années, a été le porte parole des victimes qui ont témoigné à la CIIVISE et le garant de la doctrine de cette commission « je te crois, je te protège ». Il souhaitait continuer cette mission (Nathalie Matthieu ayant prévenu depuis plusieurs mois qu’elle voulait pour sa part reprendre ses activités professionnelles à plein temps) et qu’une grande majorité des membres avait demandé qu’il soit reconduit dans son mandat (cf notre lettre du 12 novembre 2023 envoyée à Charlotte Caubel qui ne nous a jamais répondu).
L’absence d’information et de concertation dans lesquelles les co-présidents et nous-mêmes, les membres de la CIIVISE, avons été maintenus depuis la remise du rapport et la façon dont nous avons été prévenus de la nomination d’un de nos membres en tant que nouveau président Sébastien Boueilh et d’une ex-membre démissionnaire la Dre Caroline Rey Salmon en tant que vice-présidente et de la mise en place d’une nouvelle commission nous a beaucoup choqué. Nous l’avons appris Lundi 11 décembre après-midi par la presse puis par un mail de Sébastien Boueilh.
Et c’est ensuite, sans un mot pour les 30 000 victimes qui ont témoigné mais en saluant la qualité des travaux de la CIIVISE, que Charlotte Caubel a présenté le jour suivant dans la presse cette nouvelle CIIVISE comme une instance de suivi pour appliquer les préconisations de notre rapport sans budget pré-déterminé (elle avait refusé que les parlementaires votent le budget dédié qu’ils avaient prévu) avec une nouvelle feuille de route pour laquelle l’inceste, le recueil et l’étude des témoignages des adultes ayant été victimes de violences sexuelles dans l’enfance ne seront plus le sujet, mais qui se concentrera sur d’autres sujets que nous n’aurions pas abordé selon elle - ce qui est faux - à savoir les enfants victimes d’aujourd’hui, les enfants en situations de handicap, les enfants en situation prostitutionnelle, la pédocriminalité en ligne, les mineurs agresseurs. Il est à remarquer que pour tous ces « nouveaux » sujets l’inceste est central et majoritaire et est le « fournisseur » principal de la prostitution infantile et de la pédocriminalité en ligne, et il est important de rappeler que non, son gouvernement n’est pas le premier à avoir parlé d’inceste, que des lois ont été votées depuis 2010 nommant l’inceste et qu’en mars 2017 la ministre des Droits des femmes, des Enfants et de la Famille, Laurence Rossignol, avait fait du renforcement des connaissances sur l’inceste une priorité, lors du premier plan interministériel triennal de lutte contre les violences faites aux enfants.
Mais ce sont les mensonges de Charlotte Caubel lors d’une interview avec Sébastien Boueilh sur RTL le 13 décembre, puis les propos du futur président et de la vice-présidente de la nouvelle commission dans Médiapart qui ont fait déborder la coupe et mis en colère la majorité des membres permanents de la CIIVISE. Charlotte Caubel a prétendu avoir entendu TOUS les membres de la commission - ce qui est totalement faux - et a tenté de nous instrumentaliser en prétendant que des membres ne voulaient pas continuer avec la CIIVISE telle qu’elle était. Les futurs président et vice-présidente dans Médiapart ont remis en question le caractère trop féministe de la commission (alors que 87% des victimes sont des filles et 96% des agresseurs des hommes et des garçons, en 2021 j’avais écrit une lettre ouverte au Garde des Sceaux et au secrétaire d’Etat à l’Enfance pour leur rappeler l’importance de la prise en compte de la dimension sexiste de ces violence et le risque si ce n’était pas le cas de discrimination) et la doctrine de la CIIVISE sur « je te crois », se référant de façon stupéfiante à Outreau et aux mensonges des enfants (qui pour les enfants d’Outreau faut-il encore le rappeler ont été bel et bien reconnus comme victimes viols et de mise en situation prostitutionnelles), sans compter leurs positions connues sur le maintien de la prescription pénale pour Sébastien Boueilh, et, la non obligation de signalement des professionnels de la santé pour la Dr Caroline Rey Salmon (ce qui a été l’objet de sa démission de la CIIVISE en mars 2023). De plus, aucune garantie d’indépendance et de continuité du travail de notre commission et encore moins de notre doctrine ne nous a semblé réunies. Cela a suscité chez nous un tel choc et une telle colère que douze d’entre nous, ont décidé de démissionner : je fais partie de ces douze démissionnaires (cf lettre et communiqué du 14 décembre 2023 à lire en annexe). Et nous continuons à ce jour de subir une désinformation de la part de Charlotte Caubel qui a prétendu que 9 membres de la CIIVISE avaient durant ces trois années claqué la porte en raison de différents sur son fonctionnement, ce qui est faux, seuls deux membres ont démissionné, deux médecins, le Dr Guillaume Brossard fin 2021 et la Dre Caroline Rey Salmon en 2022 en raison de différents et de leur opposition au signalement obligatoire par les médecins. D'autres membres pour des raisons de charges professionnelles ou de situations personnelles n'ont pas pu continuer à participer aux réunions et sous-commissions de travail (qui nécessitait sur 3 ans un gros engagement).
Un rappel du contexte de la création de la CIIVISE me paraît utile. Après le raz de marée de #MetooInceste et ses 80 000 témoignages postés sur twitter tweets le week-end du 16 et 17 janvier 2021, il a fallu 7 jours pour que le président Emmanuel Macron réagisse dans une vidéo postée sur twitter le 23 janvier en prenant la mesure de l’ampleur historique de ce mouvement et en reconnaissant l’urgence d’agir et la nécessité d’un changement radical de société. Il s’est engagé auprès des victimes de violences sexuelles dans l’enfance à les entendre, à les protéger et à ne laisser aucun répit aux agresseurs, et donc à lutter contre l’impunité qui prévalait jusqu’à aujourd’hui. Il a tenu des paroles fortes : « On est là. On vous écoute. On vous croit. Et vous ne serez plus jamais seuls ». « Ces témoignages, ces paroles, ces cris, plus personne ne peut les ignorer. Contre les violences sexuelles faites à nos enfants, c’est aujourd’hui à nous d’agir. Il s’est engagé auprès des victimes de violences sexuelles dans l’enfance à les entendre, à les protéger et à ne laisser aucun répit aux agresseurs, et donc à lutter contre l’impunité qui prévalait jusqu’à aujourd’hui. Et Monsieur Adrien Taquet le Secrétaire d’État à l’Enfance et aux familles a renchéri en déclarant « Il est temps de répondre à l’urgence du changement mais également de rompre avec le déni et le silence sur lesquels notre société s’est en partie construite ».
Nous nous sommes dit qu’il en avait fallu du temps, et une détermination sans faille des victimes et de toutes celles et ceux qui les défendent, pour que l’ampleur et la gravité de cette pédocriminalité soit enfin reconnue, et qu’en protéger tous les enfants, se porter au secours de ses victimes, les prendre en charge, leur rendre justice et lutter contre son impunité soit considéré comme une urgence et une priorité politique.
Et nous avions prévenu : il n’est pas question de nous décevoir, nous avons tant attendu. Les droits des victimes de ces crimes qui ont été tant piétinés, doivent enfin être intégralement respectés. Il s’agit d’une urgence, des milliers d’enfants sont à l’heure actuelle en train de subir ces crimes. Tout doit être fait pour protéger les enfants de ces actes cruels dégradants et inhumains comme les qualifie la Cour européenne. Secourir les enfants qui en sont victimes, les prendre en charge, leur offrir les soins nécessaires, leur rendre justice est un impératif humain absolu. Lutter contre l’impunité de ces crimes, poursuivre et punir les pédocriminels et de les empêcher de réitérer ces crimes est une obligation.
Et bien c’est fait nous sommes déçu.e.s ! Nous avons le sentiment d’avoir été trahi.e.s, et que les victimes de violences sexuelles sont à nouveau relégué.e.s au silence !
Mais nous n’allons pas baisser les bras, la lutte continue. Les témoignages toutes les victimes de violences sexuelles dans l’enfance, les enfants qui subissent des violences sexuelles jour après jour nous obligent. Chaque enfant doit être protégé de ces violences. La doctrine de la CIIVISE « Je te crois, je te protège » doit être appliquée, tout enfant qui révèle des violences sexuelles doit être secouru et bénéficier d’une protection, il doit être protégé de toute réitération, mis en sécurité, accompagné, soigné, et avoir accès à la justice et à des réparations. Tous les agresseurs doivent être poursuivis et jugés.
Nos 82 préconisations doivent être mises en œuvre dont beaucoup de toute urgence comme le dépistage systématique, l’obligation de signalement pour tous les professionnels et leur protection, l’ordonnance de sécurité pour les enfants, le retrait de l’autorité parental du parent mise cause par l’enfant, la protection du parent protecteur et des professionnels qui signalent, des l’accès à des soins spécialisés accessibles et gratuits par des professionnels formés en urgence, et tout au long du parcours des victimes (l’absence de protection et de soins spécialisés du psychotrauma représentent une énorme perte de chance pour la santé et la vie des victimes), etc., etc.
La lutte contre l’impunité impose une formation spécifique de tous les professionnel.les en contact avec les enfants, une information des victimes sur leurs droits, sur la loi, sur les conséquences psychotraumatiques des violences, une réforme des enquêtes policières et des procédures judiciaires ainsi que des tribunaux spécialisés et une imprescriptibilité .
Comme je l’écrivais en 2021 au Président dans une lettre ouverte après sa vidéo sur twitter en février 2021 : « Il s’agit d’ouvrir enfin les yeux et de ne plus jamais les refermer sur ces crimes et de les reconnaître à hauteur de ce qu’ils sont : des actes inhumains d’une grande barbarie. Il s’agit de reconnaître l’intentionnalité destructrice des pédocriminels qui jouissent de terroriser des enfants, de les réduire à néant, de les déporter de leur enfance et d’en faire des objets à exploiter sexuellement, de les dégrader et de les salir, de les terroriser, de les faire basculer dans un univers où tout leurs repères disparaissent où leurs besoins les plus fondamentaux sont piétinés.
Il s’agit d’entendre les victimes et non plus seulement leurs agresseurs tout- puissants qui ont imposé un discours mystificateur et une propagande anti-
victimaire très efficace pour effacer ou maquiller leurs crimes et pour bâillonner les victimes, et faire de celles qui essayaient malgré tout de dénoncer ce qu’elles avaient subi, des coupables ou des personnes n’ayant aucune valeur ni aucune légitimité. Ces discours se sont imposés grâce à l’impunité quasi-totale dont les pédocriminels ont bénéficié et ont gangréné notre société qui a développé une inconcevable tolérance vis à vis de ces crimes avec une culture du déni et du silence, et des stéréotypes sexistes et des représentations mystificatrices des victimes qui leur ont vision très négative.
La tolérance vis à vis de la pédocriminalité, son impunité, la propagande anti- victimaire dominante et sa culture du viol qui ont fait des victimes des coupables et des êtres humains ayant moins de valeur que leurs agresseurs, ont rendu notre société irrespirable, il est plus que temps de les dénoncer et
de leur mener une guerre sans merci.
Ces violences sexuelles commises sur les enfants sont de très graves violations des droits humains, de plus en plus assimilés à de la torture en droit international. Extrêmement destructrices et traumatisantes, elles sont à l’origine de graves atteintes à la dignité et à l'intégrité physiques et mentales des victimes qui vont avoir, si les victimes ne sont pas protégées et soignées de très lourdes conséquences à long terme sur la santé mentale et physique des victimes et sur toute leur vie. Ce sont également des violences sexistes et discriminatoires qui aggravent les inégalités et entraînent un risque important de précarité. Le fait que l'Etat ne remplisse pas ses obligations entraîne une perte de chance énorme pour les victimes et une mise en danger de tous les enfants.
Le chantier est énorme et nécessite une réponse politique forte à la hauteur de l’enjeu de société et de santé publique que représentent les violences sexuelles faite aux enfants avec de très importantes réformes et tous les moyens humains et financiers nécessaires
Mais pour opérer un changement radical, l’État ne peut pas faire l’économie de se remettre en question et de reconnaître la faillite totale de toutes ses institutions et les fautes graves dont il est responsable.
L’État a failli à toutes ses obligations internationales, à savoir celles de prévenir ces violences, protéger et prendre en charge les victimes et punir les agresseurs. Un état des lieux de cette faillite de toutes nos institutions accompagné d’une analyse précise de ses causes est indispensable afin d’y remédier et d’en assumer la responsabilité.
Et il va falloir rendre des comptes et réparer toutes les victimes qui ont été abandonnées, mises en danger, laissées pour compte, sans protection, sans prise en charge ni soins, sans justice ni réparation : leurs droits ont été piétinés et elles ont subi une cascades d’injustices, de lourds préjudices et une scandaleuse perte de chance en terme de santé et d’intégration sociale. Et il faudra rendre hommage à toutes ces victimes survivantes.
Dre Muriel Salmona
Pétition pour le maintien pour le maintien de la CIIVISE avec Nathalie Mathieu et Edouard Durand qui a recueilli plus de 14 000 signatures
https://www.mesopinions.com/petition/enfants/maintien-ciivise-nathalie-mathieu-edouard-durand/221512
Pour lire le rapport complet de la CIIVISE « Violences sexuelles faites aux enfants « On vous croit » à télécharger : https://www.ciivise.fr/wp-content/uploads/2023/11/VERSION-DEF-SUR-LE-SITE-1611.pdf
La synthèse du rapport « Violences sexuelles faites aux enfants « On vous croit » à télécharger : https://www.ciivise.fr/wp-content/uploads/2023/11/Synthese-VF.pdf
Prise en charge des conséquences des violences sexuelles subies dans l’enfance sur la santé des victimes : un impératif humain et une urgence de santé publique (dossier CIIVISE) http://stopauxviolences.blogspot.com/2022/04/prise-en-charge-des-consequences-des.html
La lettre ouverte au président du 6 février 2021 : https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Articles-Dr-MSalmona/20210206-a_Mr_le_President_de_la_Republique_MeTooInceste.pdf
La lettre ouverte à messieurs les ministres, M. Eric Dupond-Moretti et M. Adrien Taquet du 21 février 2021 : https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Articles-Dr-MSalmona/20210224_lettre_a_Dupond-Moretti_et_A-Taquet.pdf
Manifeste contre l’impunité des violences sexuelles avec 9 mesures demandées et une pétition co-signée par 29 associations et qui a reçu plus de 116 100 signatures : https://manifestecontrelimpunite.blogspot.com
Manifeste pour l’imprescriptibilité des crimes sexuels (près de 75 800 signataires et 27 assos co-signataires) à signer ICI https://manifesteimprescriptibilite.blogspot.com
Campagne Stop au Déni 2023 Stop à la mise en danger des victimes de violences intra-familiales et sexuelles : Pour une culture de la protection et du soin Et ses 15 mesures urgentes à mettre en place 20 160 signataires https://www.mesopinions.com/petition/politique/stop-mise-danger-victimes-violences-intra/208995









