dimanche 17 mai 2015

Nouvel article dans Le Plus de l'Obs de Muriel Salmona: L'inceste dans le code pénal : une avancée, mais le parcours reste long pour les victimes







Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie ,

Édité par   Rozenn Le Carboulec   Auteur parrainé par Elsa Vigoureux

le 17 mai 2015





LE PLUS. L'inceste est de retour dans le code pénal. Le 12 mai, l'Assemblée nationale a adopté un amendement à la proposition de loi sur la protection de l'enfance pour réintroduire ce crime dans la loi. Que cela va-t-il changer ? Pas énormément de choses, mais c'est tout de même une avancée, explique la psychiatre Muriel Salmona. 

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Le 12 mai 2015, l’inscription de l’inceste commis sur les mineurs dans le code pénal a été adoptée par l’Assemblée nationale. L’article 22 de la proposition de loi sur la protection de l’enfance crée une sur-qualification d’inceste qui ne modifie pas les peines en se superposant aux incriminations pénales déjà existantes d’agression sexuelle, de viol et d’atteinte sexuelle, ainsi qu’à la circonstance aggravante déjà prévue "par ascendants ou toute autre personne ayant autorité de droit ou de fait".

L'inceste, un phénomène massif aux conséquences graves

L’inceste, que l’on peut définir communément comme des violences sexuelles commises sur un mineur par des membres de sa famille, est une violence particulière qui attaque l’identité de l’enfant et sa place au sein de sa famille, et brouille tous ses repères. L’inceste détruit la confiance de l’enfant envers ses figures d’attachement fondamentales, et le réduit à un objet sexuel au mépris de ses besoins fondamentaux et dans le déni de sa souffrance.

La force et l’autorité du lien qui unit et assujettit l’enfant à sa famille censée être le garant de sa sécurité, jointe à la dépendance de l’enfant, le rendent "prisonnier", il ne peut ni s’opposer, ni fuir, juste subir et survivre comme un automate. [1]

De plus, l’inceste envers les mineurs est un phénomène massif aux conséquences très graves sur la santé physique et mentale des enfants à court, moyen et long termes si une protection et des soins adaptés ne sont pas mis en place. [2] En France au moins deux millions de personnes (sondage Ipsos 2009 pour AIVI), auraient été ou seraient victimes d’inceste, plus de la moitié des violences sexuelles subies dans l’enfance l’ont été dans l’univers familial. [3]

Si on reprend les chiffres de l’OMS 2014, une femme sur cinq et un garçon sur 13 ont subi des violences sexuelles dans l’enfance ; ce serait donc une femme sur 10 et un homme sur 26 sur qui auraient subi un inceste en tant que mineur…

Or, comme le montre l’enquête "Impact des violences de l’enfance à l’âge adulte" (2015) de l’Association mémoire traumatique et victimologie soutenue par l’Unicef, l’inceste fait l’objet d’une loi du silence, d’une impunité et d’un déni tout aussi massifs : 88% des enfants qui en sont victimes n’ont jamais été ni protégés, ni reconnus.

Des moyens urgents étaient donc nécessaire pour lutter contre ces violences sexuelles intra-familiales qui sont un grave problème humain, de société et de de santé publique reconnu par l’OMS.

Des incestes réprimés qu'en tant qu'atteintes sexuelles

Pour tout cela, nous demandions en tant qu’associations, une loi spécifique pour que l’inceste sur les mineurs soit reconnu comme une infraction autonome, ne nécessitant pas de passer par la caractérisation du non-consentement de la victime [4], et que cette loi soit assortie d’un plan de lutte ambitieux contre ces violences et de mesures pour améliorer le dépistage, la protection et la prise en charge des victimes (cf notre pétition). [5]

Jusque-là notre code pénal ne nommait pas l’inceste, et ne le réprimait pas en tant qu’infraction spécifique (l’inceste avait été introduit brièvement dans le code pénal par la loi du 8 février 2010 en tant que sur-qualification des viols et des agressions sexuelles, mais la loi avait été abrogée par le Conseil constitutionnel le 16 septembre 2011, les liens familiaux qualifiés d’incestueux n’étant pas suffisamment précisés), seul le code civil en faisait état dans le cadre de la prohibition du mariage et du pacte civil de solidarité incestueux.

Ainsi, les violences sexuelles envers les mineurs commises par des membres de la famille, n’étaient réprimés qu’en tant que viols, agressions sexuelles ou atteintes sexuelles. Le contexte intra-familial de ces infractions ne pouvait être pris en compte que pour en aggraver les peines quand elles étaient commises par des ascendants ou des personnes ayant autorité de droit ou de fait, ce qui en faisait alors une circonstance aggravante. Mais pour de nombreuses violences intra-familiales cette circonstance aggravante n’était pas applicable (pour tous les membres de la famille n’ayant pas une autorité de droit ou de fait comme les frères et sœurs, oncles et tantes, neveux et nièces, cousins et cousines…).

Considérer l'enfant comme consentant : pour le moins choquant

Et surtout, pour caractériser les viols et les agressions sexuelles il fallait faire la preuve qu’elles avaient été commises avec "violence, menace, contrainte ou surprise" [6], et prouver le non-consentement de l’enfant sans que son âge, ni son lien familial avec l’agresseur ne soient pris en compte… Sans cette preuve, les actes sexuels entre un enfant de moins de 15 ans et un adulte, et un mineur de 15 à 18 ans avec un adulte ayant autorité de droit ou de fait, étaient certes répréhensibles, mais seulement en tant qu’atteintes sexuelles [7], on considérait alors l’enfant comme consentant, ce qui, dans le cadre de l’inceste et pour de jeunes enfants était pour le moins choquant et inadapté.

Une jurisprudence de la Cour de cassation du 7 décembre 2005 indiquant que "l'état de contrainte ou de surprise résulte du très jeune âge des enfants qui les rendait incapables de réaliser la nature et la gravité des actes qui leur étaient imposés" résolvait le problème pour les plus petits, en l’occurrence jusqu’à 5 ans, mais en revanche, un enfant au-dessus de cet âge pouvait être encore considéré comme consentant à des actes sexuels avec un parent !

Et ce n’est que depuis 2010, avec l’article 222-22-1 du code pénal précisant que la contrainte morale "pouvant résulter de la différence d'âge existant entre une victime mineure et l'auteur des faits et de l'autorité de droit ou de fait que celui-ci exerce sur cette victime", que la qualification de viol ou d’agression sexuelle a été facilitée en l’absence de violence, menace ou surprise.

Peu de changements grâce à ce texte de loi 

Le nouveau texte est une avancée timide, il apporte peu de changement, mis à part symbolique en ce qu’il introduit la notion d’inceste dans le code pénal en nommant comme "incestueuses" des incriminations déjà existantes : il ne crée même pas de circonstance aggravante spécifique, il ne s’agit que d’une sur-qualification.

C’est beaucoup et peu à la fois !

Certes l’inceste est nommé dans le code pénal, mais ce texte de loi est loin de répondre à toutes les attentes légitimes des personnes victimes d’inceste et des associations :

1. Il ne fait toujours pas de l’inceste envers les mineurs une infraction spécifique ;

2. Le non-consentement de l’enfant reste toujours à prouver quelque soit son âge ou le lien familial en cause ;

3. La liste des membres de la famille dont les viols, les agressions sexuelles et les atteintes sexuelles commis envers les enfants seront qualifiés d’incestueux est restrictive, et elle laisse pour compte de nombreuses situations de violences intra-familiales ;

4. Enfin, ce texte n’est pas assorti de mesures de prévention et de dépistage, de protection et de soins, alors qu’elles sont absolument nécessaires pour lutter contre ces atteintes extrêmement graves aux droits et à l’intégrité physique et mentale des enfants.

Une limitation à une reconnaissance symbolique

Avec cette loi, les législateurs ont voulu se limiter à une reconnaissance symbolique qui nomme des infractions déjà établies, permet une inscription de la qualification d’inceste dans le casier judiciaire, et l’obtention de chiffres plus fiables sur les poursuites et les condamnations en matière d'inceste.

Pourquoi ?

1. Ils ont à nouveau considéré que l’infraction spécifique d’inceste n’était pas nécessaire, l’arsenal juridique de notre code pénal étant jugé suffisant en l’état pour qualifier et réprimer la plupart des actes incestueux ;

2. Ils ont également jugé qu’adapter les incriminations pénales existantes en ne créant pas d’infraction spécifique d’inceste (ce qui n’a pas de conséquences sur les peines encourues), avait l’avantage d’éviter la non-rétroactivité, et de rendre cette loi immédiatement applicable ; 

3. Enfin, ils n’ont pas voulu prêter le flan à des questions prioritaires de constitutionnalité et au risque d’une nouvelle abrogation. Le souci des législateurs a donc été de sécuriser au maximum ce texte de loi, avec comme conséquence de réduire le champ des membres de la famille pouvant être concernés par la loi, comme nous allons le voir.

La précédente loi du 8 février 2010 inscrivant l’inceste commis sur les mineurs dans le code pénal ayant été déclaré anticonstitutionnelle en raison de la violation du principe de légalité des délits et des peines, les liens familiaux concernés n’étant pas suffisamment précisés. Il a donc fallu désigner les personnes susceptibles de commettre des infractions incestueuses, tout en ne remettant pas en cause les éléments constitutifs des infractions et les circonstances aggravantes déjà prévues.

Et il a été choisi de se coordonner avec la notion d’inceste inscrite dans le code civil, c’est-à-dire de désigner les personnes dont les liens avec leur victime sont visés par les empêchement au mariage et au pacte civil de solidarité, à savoir les liens entre tous les ascendants et descendants et alliés dans la même ligne, et en ligne collatérale entre le frère et la sœur et, enfin, entre l'oncle et la nièce ou la tante et le neveu.

De ce fait sont concernés par l’article 222-31-1. adopté le 12 mai 2015 pour qualifier d’incestueux les agressions sexuelles et les viols d’incestueux qu’ils ont commis sur un mineur :

1. Un ascendant ;
2. Un frère, une sœur, un oncle, une tante, un neveu ou une nièce, si cette personne a sur le mineur une autorité de droit ou de fait ;
3. Son tuteur ou la personne disposant à son égard d’une délégation totale ou partielle d’autorité parentale ;
4. Le conjoint ou l’ancien conjoint, le concubin ou l’ancien concubin d’une des personnes mentionnées aux 1° à 3° ou le partenaire ou l’ancien partenaire lié par un pacte civil de solidarité avec l’une des personnes mentionnées aux 1° à 3°, s’il a sur le mineur "une autorité de droit ou de fait". 

Les cousins sont donc exclus de cette loi, et il faut, en dehors des ascendants, une autorité de droit ou de fait pour les autres : les frères et sœurs devront être suffisamment âgés pour pouvoir assumer une responsabilité dans la prise en charge de l’enfant.

Cette loi est certes une avancée mais le parcours reste long pour que les violences sexuelles intra-familiales soient vraiment prises en compte à la hauteur de leur spécificité et de leur impact.



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[1] L’exposition continuelle de l’enfant aux violences génère des psychotraumatismes avec des mécanismes neuro-biologiques de survie qui vont entraîner un état dissociatif permanent, avec une déconnexion et une anesthésie de ses émotions qui seront des facteurs d’asservissement et d’emprise totale qui subsisteront tant que l’enfant sera en contact intime avec l’agresseur.

[2] L’inceste fait partie des violences sexuelles subies dans l’enfance qui ont les conséquences les plus importantes : 52% des victimes d’inceste rapportent avoir fait au moins une tentative de suicide et 97% avoir un impact sur leur santé mentale (Enquête "Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte", 2015).

[3] Alors que les enfants sont déjà les principales victimes de violences sexuelles : 81% avant 18 ans, 51% avant 11 ans, 21% avant 6 ans comme le montre notre étude soutenue par l’Unicef "Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte, 2015".

[4] Comme en Angleterre où les violences sexuelles intra-familiales sont une infraction spécifique, et où sur un mineur de moins de 13 ans il n’y a pas de notion de contrainte et de non consentement à apporter.

[5] Pétition pour les droits à être protégées et soignées pour toutes les victimes de violences sexuelles, co-signées par 7 associations et qui à reçu à ce jour 20.000 signatures.

[6] Rappelons que constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise (Article 222-22) et un viol tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise (Article 22-23).

[7] Le fait, par un majeur, d'exercer sans violence, contrainte, menace ni surprise une atteinte sexuelle sur la personne d'un mineur de quinze ans.(Article 227-25).



lundi 11 mai 2015

Nouvelles fiches de prévention sur le site STOP AU DENI à télécharger : Comment parer aux enfants des violences sexuelles ? et Comment accompagner un enfant victime ?


NOUVELLES FICHES DE PRÉVENTION DES VIOLENCES SEXUELLES ENVERS LES ENFANTS
du site stopaudeni.com

Première fiche :

Pourquoi parler aux enfants des violences sexuelles ? Comment en parler  ? 

à télécharger ICI 


Dre Muriel Salmona
Présidente de l’Association Mémoire Traumatique et Victimologie
Avril 2015

Dès leur plus jeune âge, les enfants doivent êtes prévenus des dangers qu’ils courent et informés sur comment, et par qui, en être protégés. Mais il est essentiel de ne pas oublier que les enfants n’ont pas à être responsables de leur propre protection, c’est aux adultes de l’être. 

Protéger les enfants contre toute forme de violence est un impératif catégorique qui s’impose à tous, et cette protection est un droit garanti par l’article 19 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE). Les adultes doivent être particulièrement vigilants et attentifs. Et ils ne le sont pas suffisamment puisque toutes les études et les enquêtes de victimation montrent que les enfants sont les principales victimes des violences sexuelles et que la très grande majorité des personnes qui les ont subi enfants n’ont jamais été protégées, ni reconnues comme victimes. Les enfants victimes de violences sexuelles sont soumis au déni et à la loi du silence, il leur est très difficile de parler et quand ils y parviennent, ils sont rarement entendus. 

Pour briser ce déni et cette loi du silence qui règnent sur les violences sexuelles, informer les enfants pour qu’ils puissent en parler plus facilement est très important mais ce n’est pas suffisant, il est nécessaire d’aller vers eux et de leur demander régulièrement s’ils ne subissent pas, ou n’ont pas subi de violences. En effet, il ne s’agit pas d’apprendre uniquement aux enfants que leur corps leur appartient et qu’il leur faut dire non aux violences, car cela ne prend pas en compte qu’un enfant, même averti, sera le plus souvent dans l’impossibilité de se défendre et de s’opposer, surtout face à un adulte déterminé à l’agresser. Ce sont les violences exercées, l’agresseur et sa stratégie qui sont la cause de cette impossibilité de l’enfant à dire non. S’en tenir à la prévention : «ton corps t’appartient, on ne touche pas ici, tu dis NON», c’est risquer de culpabiliser l’enfant qui considérera que tout est de sa faute puisqu’il n’a pas su, ni pu éviter les violences, et par là même de l’empêcher de parler et d’alerter les adultes.

De même, quand les adultes sont témoins ou sont informés d’agressions sexuelles sur des enfants, il leur incombe de les prendre en compte, de ne pas les nier, et de ne pas penser que c’est impossible parce que les violences leur paraissent trop incroyables, ou parce que celui qui est désigné comme l’agresseur leur paraît insoupçonnable, tellement apprécié par tout le monde, si serviable, et que l’on connaît si bien, depuis si longtemps qu’on est sûr que jamais il n’aurait pu faire une chose pareille… Il est nécessaire également qu’ils ne minimisent ou ne banalisent pas les agressions sexuelles sous prétexte que cela ne serait pas si grave ou qu’il y a bien plus grave, que l’enfant est si petit qu’il va oublier, qu’il ne parait pas si traumatisé, ou que cela ne serait que des jeux d’enfants… Ils ne doivent surtout pas culpabiliser les enfants, ni les remettre en cause en leur reprochant d’avoir été désobéissants, trop imprudents, trop naïfs, de ne pas s’être opposés ou défendus, de n’avoir pas parlé plus tôt, de mentir, de chercher à se rendre intéressants en racontant n’importe quoi, etc.

Les enfants sont à protéger, à rassurer et à soigner en priorité, leur protection passe avant celle de l’agresseur, et celle des intérêts et de la « réputation » de la famille, des institutions, de la société quand il s’agit de personnalités publiques très connues (hommes politiques, artistes, grands intellectuels médecins réputés, sportifs de renoms etc.). La reconnaissance de ce qu’ils ont subi et de l’impact traumatique que cela a sur eux est essentiel, pour cela les adultes protecteurs devront avoir de bonnes connaissances sur la réalité des violences sexuelles et de leurs conséquences, sur les  conduites à tenir , ce qui est l’objet de cet article. Ils devront parfois affronter de puissantes forces de déni et une loi du silence à l’œuvre autour d’eux qu’il ne leur faudra pas sous-estimer. Ils se retrouveront parfois seuls, rejetés ou mis en cause et devront tenir bon face à une complicité directe de l’entourage avec l’agresseur, ou à une méconnaissance et un manque de formation de professionnels qui rendront les parcours judiciaires, socio-éducatifs et de soins souvent très difficiles, voire maltraitants. Il leur faudra être armé, bien informé et soutenu par des professionnels formés et des associations spécialisées.

L’essentiel étant que les enfants puissent compter sur des adultes protecteurs identifiés à qui ils pourront faire confiance, et qui leur viendront immédiatement en aide s’ils sont exposés à des violences sexuelles.

Pour lire la suite télécharger la fiche ICI





Deuxième fiche :

Comprendre, soutenir et accompagner l'enfant victime de violences sexuelles 


à télécharger ICI




Dre Muriel Salmona
Présidente de l’Association Mémoire Traumatique et Victimologie
Avril 2015



1/Comment soutenir et accompagner l’enfant victime ?

Pour toute victime, bénéficier du soutien, de la reconnaissance, de la solidarité, de la compréhension et de l’aide de son entourage est excessivement important, et représente un atout énorme pour la possibilité d’obtenir justice et pour pour sa reconstruction (des études scientifiques l’ont même démontré). Toutes les démarches (pour les procédures judiciaires, pour des aides sociales et juridiques, pour les soins) vont être très difficiles pour l’enfant victime, être soutenu et accompagné pour les faire change tout !
Pour cela il est essentiel que les personnes de bonne volonté de l’entourage qui veulent aider la victime, soient informées de la réalité des violences (comme nous l’avons vu plus haut) et de leurs impacts psychotraumatiques, ainsi que des mécanismes neuro-biologiques à l’œuvre (comme nous allons le voir)
De même connaître la loi (savoir la définition d’un viol, d’une agression sexuelle, etc.), les procédures judiciaires (comment porter plainte, comment signaler, trouver un avocat) et toutes les ressources disponibles est indispensable : voir la page que faire lors de violences : ICI
Les associations d’aide aux victimes sont à la disposition de l’entourage qui peut les appeler pour leur demander conseil, être soutenu et prendre rendez-vous. voir la page ressources : ICI
Le rôle de l’entourage est de croire l’enfant victime, et de ne pas minimiser les violences qu’il a subi. Toute victime a besoin avant tout de reconnaissance de ce qu’elle a vécu, et que sa souffrance soit considérée comme légitime. Il faut prendre garde à ne pas mettre en cause l’enfant, en critiquant son « imprudence », en ciblant son comportement : « pourquoi n’a-t-il pas crié, ne s’est-t-il pas défendu », en demandant : « pourquoi il parle, ou porte plainte si longtemps après, comment est-ce possible de ne se souvenir que maintenant, comment a-t-il pu oublier et si c’était un mensonge, une invention… et si on l’avait influencé… ».
Il s’agit de prendre fait et cause pour la victime, l’agresseur n’avait pas le droit de lui faire subir des violences, rien ne peut les justifier. C’est très important que l’entourage rassure l’enfant victime qui fréquemment se sent coupable ou responsable pour partie de ce qui s’est passé en raison de la stratégie de l’agresseur et de ses mises en scène pour assurer son impunité. Et pour cela il faut prendre soin de ne pas l’assaillir de questions : «mais pourquoi tu as fait…, mais pourquoi tu n’as pas fait…».
Rien ne justifie un viol ou des violences sexuelles. Il s’agit de crime et de délits graves. Ce n’est pas à l’entourage d’être juge et d’instruire une enquête pour savoir si la victime dit la vérité. Les enquêtes et les jugements, c’est à la police et à la justice de les faire. Il ne faut pas exposer l’enfant victime à son agresseur en organisant des confrontations sous prétexte de rechercher la vérité qui ne pourraient qu’être très angoissantes et traumatisantes pour la victime, et s’avérer des entraves pour l’enquête.
Aussi incroyables qu’elles puissent paraître les violences qui sont rapportées par les victimes ne sont souvent qu’une petite partie de ce qu’elles ont subi. Les chiffres des violences sexuelles sont impressionnants ont l’a vu, particulièrement pour les enfants. Vous avez forcément des victimes de viol dans votre entourage. Ne participez pas au déni ! Prenez en compte ce que vous disent les victimes, et ne minimisez pas ce qu’elles ont subi.
Les violences ne sont pas un différent entre deux personnes, il ne s’agit pas de dire qu’on ne veut pas prendre parti, et qu’on ne veut pas se mêler d’affaires de famille, de couple, d’institution, de service, etc. Il est nécessaire de s’engager pour l’enfant victime et de la protéger, c’est un devoir citoyen. Il faut tout faire pour que la victime ne soit plus exposée à ou aux agresseur-s.
La responsabilité du viol en aucun cas n’incombe à la victime (qui se serait exposée, qui aurait été imprudente, « provocante », etc…). C’est toujours le violeur qui décide du viol et met en place toute une stratégie souvent bien en amont pour piéger sa victime, l’isoler, l’empêcher de se défendre, de fuir et la contraindre à céder à ce qu’il impose. Les violences sexuelles sont intentionnelles. Personne ne doit dire à une victime : « moi à ta place je n’aurais pas fait comme ça…, je me serai défendue…, etc. ». Car justement l’agresseur a anticipé toutes les réactions possibles de la victime et a tout fait pour les annihiler par la manipulation, la contrainte et la terreur. L’agresseur a une grande longueur d’avance sur sa victime, il l’a faite tomber dans un piège qu’il a parfois tissé depuis longtemps, il fonctionne le plus souvent comme un prédateur. Et c’est bien pour cela que la victime n’a rien pu faire. Tout était joué d’avance. 
C’est la victime qui doit être secourue, entourée, aidée et défendue, et non pas l’agresseur. C’est elle qui a un besoin vital de solidarité. C’est elle qui a de la valeur et qu’il faut protéger. Elle a besoin qu’on lui renvoie qu’elle a des droits, qu’elle a une dignité et une valeur. lors les violences, l’agresseur lui a déniés ses droits et sa dignité en le lui faisant croire grâce à sa mise en scène mensongère qu’elle ne méritait que mépris et haine, et en la réduisant à un objet dans son scénario. Tout est plaqué et  joué du côté de l’agresseur, tout est imposé par contrainte du côté de la victime et rien ne la concerne.
Il faut, avec elle, remettre le monde à l’endroit, dénoncer et démonter tout ce que l’agresseur a essayé de mettre en place pour la détruire, la réduire au silence et à la haine de soi, et il est essentiel d’identifier la stratégie que l’agresseur a mis en place. L’agresseur va recruter des alliés, surtout s’il est une personne en vue, il faut donc d’autant plus que la victime bénéficie d’un soutien sans faille. Il faut traquer avec elle toutes les incohérences, tous les mensonges. Et ne pas oublier de dénoncer tous les stéréotypes qui colonisent la société, et alimentent déni, culture du viol et sont responsable de l’impunité des agresseurs. 
Pour lire la suite télécharger la fiche ICI

Nouveau témoignage dans STOP AU DENI sur une agression sexuelle dans les transports… et ses conséquences


AGRESSION SEXUELLE DANS LES TRANSPORTS, ET APRÈS…

Postée sur le site stopaudeni.com à voir ICI


Il y a quelques temps, dans le texte « Parlons-en, agissons, et que cela cesse !! », je vous ai raconté l’agression sexuelle dont j’ai été victime, à l’âge de 16 ans, alors que j’allais à mon lycée. Cette agression a eu lieu sur le quai du RER, au milieu des voyageurs. Aucun d’entre eux n’est venu à mon secours. Cette humiliation écrasante a rapidement laissé place à une honte envahissante et sans limite. Solitude absolue.

Lorsque je suis arrivée à destination, je suis allée en cours, telle une automate, je n’ai rien dit, habituée, formatée, dressée depuis mon plus jeune âge, à ne pas me plaindre quoi qu’il m’arrive. Aucun adulte n’a remarqué l’état de choc dans lequel je me trouvais. D’heure en heure, de cours en cours, la journée s’est passée, toute mon énergie étant occupée à serrer les dents pour éviter de penser et essayer de paraître comme d’habitude. Pendant les heures et les jours qui ont suivi, l’absence totale de parole concernant cette agression a laissé s’installer une mémoire traumatique qui a transformé ma vie en un enfer, pour plusieurs décennies. 

J’ai évoqué, dans le premier texte, mon évitement du quai de cette station pendant des années, sans même m’en rendre compte, préférant toujours prendre une autre ligne. Lorsque je n’avais pas d’autre choix que de passer par là, assise dans un wagon, le passage du train dans cette station provoquait une chose particulière : mon regard se dirigeait tout à coup vers le sol, plongeant dans une sorte de trou noir, évitant de regarder le quai et ses murs. C’était automatique, incontrôlable, mon cerveau se déconnectait, comme si je m’absentais durant un certain temps.   
Pendant de longues années, j’ai subi une quantité innombrable de moments où, sur le quai d’un métro, tout à coup, sans aucune raison apparente, mon cerveau se déconnectait sans que je ne comprenne ce qui se passait. Je ne pouvais plus réfléchir, plus trier mes idées. Je ne savais plus où j’allais, ni où je devais descendre si je montais dans le métro qui arrivait alors je restais sur le quai. 


Crédit photo : Ariel da Silva Parreira 

Je dois vous expliquer que lorsque mon cerveau se déconnecte, c’est la confusion la plus totale, je vois, j’entends, je peux bouger, je peux parler de façon cohérente mais mon système de pensée ne fonctionne plus. Je ne peux plus utiliser ma mémoire, je ne peux plus réfléchir, mon cerveau est en panne. Et certaines fois, c’est comme si tout s’éteignait à l’intérieur, dans un froid glacial. La chaleur revient tout de suite après. 

La première fois que j’ai subi une panne de cerveau, je me suis affolée, j’étais paniquée. Aux urgences, un psy m’a fait transférer dans un hôpital psychiatrique, j’ai entendu dire que j’étais droguée, que je n’étais pas normale, que j’étais folle. Je me suis enfuie.

Certaines autres fois, je me retrouvais sur un quai, le cerveau en panne, à regarder le plan du métro, pouvant lire ce qui était écrit mais ne sachant que faire de tous ces mots. J’étais perdue.
Il m’est arrivé aussi de me retrouver, le cerveau en panne, à regarder mon téléphone sans pouvoir me souvenir comment il fonctionnait. Je ne savais plus comment l’utiliser pour appeler quelqu’un. 

Quelquefois, le cerveau en panne, je m’enfuyais dans la ville, errant comme un automate pendant quelques heures, et puis je rentrais chez moi. 

Au fil des pannes, j’ai constaté que je pouvais, que je devais tout simplement attendre, attendre que mon cerveau retrouve toutes ses fonctions. J’ai appris, seule, à ne plus paniquer. 

Après plusieurs années à tout observer pour comprendre ce que je vivais, cherchant ce qui pouvait bien provoquer cela, j’ai fini par remarquer que la couleur rouge-orangée produisait parfois une panne de cerveau. Mais je ne comprenais ni pourquoi, ni comment. 
Je n’avais fait aucun lien entre cette panne qui surgissait dans le présent et cette agression du passé. Je n’avais pas relié cette couleur rouge-orangée qui provoquait une panne et cet instant précis de l’agression où je me suis sentie n’être plus que ces yeux figés sur les petits carreaux rouge-orangés des murs de la station. La vue de cette même couleur rouge-orangée explosait et enclenchait ma mémoire traumatique, de façon automatique, me faisant revivre l’agression dans ma tête et mon corps.   

Il m’arrive aussi, assez souvent, d’être abordée dans la rue ou sur un quai de métro par un-e inconnu-e cherchant un renseignement. Et alors… mais pourquoi, avec tout le monde qu’il y a autour, c’est toujours à moi que l’on vient demander quelque chose ?! Pourquoi ne me laisse-t-on pas vivre tranquille ?! Et voilà, c’est toujours comme ça, chaque fois qu’une personne m’aborde pour me demander quelque chose, je suis dans tous mes états, je me sens offusquée, fâchée, je réponds à peine, brièvement, je suis envahie par une envie de m’enfuir le plus rapidement et le plus loin possible. 

Pour tout vous dire, il y a quelques semaines à peine que j’ai enfin compris pourquoi je vivais cela. J’ai réussi à faire le lien entre cet état particulier dans cette situation précise du présent avec l’état dans lequel j’étais au moment de l’agression du passé. L’agresseur avait surgi devant moi avec un large sourire en me demandant l’heure qu’il était. Il m’a agressée au moment précis où je lui répondais. J’étais sidérée, dissociée, de façon instantanée. C’est cette sidération-dissociation instantanée que je revivais lorsqu’une personne s’approchait pour me demander un renseignement.  

Je n’ai pas encore terminé de faire tous les liens entre certains troubles que je subis au présent, et cette cruelle agression sexuelle subie dans le passé sur ce quai. Mais déjà, je peux me promener la tête haute sur le quai du RER, à Denfert. Je peux regarder les petits carreaux rouge-orangés sur les murs de la station sans subir une nouvelle panne. Je peux parler de cette agression sans me mettre dans tous mes états. Je peux aussi répondre tranquillement à une personne qui me demande un renseignement, sans être envahie de sensations dans ma tête et dans mon corps. Et parfois, je peux même échanger quelques paroles avec elle.

Ces changements se sont opérés tout naturellement, au fur et à mesure que j’ai pu mettre en mots le déroulé de cette agression, que des détails oubliés ont pu revenir en mémoire, que j’ai pu ressentir les douleurs physiques qui s’étaient déconnectées, que j’ai pu faire du lien entre mon présent et mon passé.  

Il m’a fallu 36 années pour trouver le médecin capable de traiter la mémoire traumatique en lien avec cette agression sexuelle, et trois années, à raison d’une séance par semaine, ensemble, ma psychotraumatologue et moi, pour arriver à ce résultat. 

Malheureusement, j’ai subi, avant et après cette agression, de nombreuses autres violences sexuelles encore plus graves. Une victime de violences avec une mémoire traumatique non-soignée devient, le plus souvent, une cible parfaite pour les agresseurs qui, eux, savent très bien la repérer pour l’agresser à nouveau. Les victimes cumulent les agressions. La destruction n’a pas de limite, la souffrance non plus. 

Quand la France va-t-elle offrir à toutes les victimes de violences des soins adaptés dans des centres spécifiques avec des psychotraumatologues bien formés, pour être soignées rapidement et non 40 ans après? À partir de quelle date les victimes vont-elles pouvoir guérir sans attendre ?

mercredi 6 mai 2015

Témoignage sur la colonisation par l'agresseur : "Cette page, c'est pour toi que je l'écris"



À lire, un texte qui témoigne du phénomène de colonisation par l’agresseur et de la torture psychique qui en résulte chez la victime. Cette colonisation peut perdurer longtemps après les violences et transformer la vie des victimes en un véritable enfer, puisque les mots, le comportement, l’excitation de l’agresseur les envahissent régulièrement sans qu’elles sachent pourquoi, sans qu’elles identifient forcément que cela ne vient pas d’elles, mais de l’agresseur. Elles peuvent alors se penser monstrueuses, or c’est ce que leur a fait subir l’agresseur qui est monstrueux, pas elles.  



Cette page, c’est pour toi que je l’écris

Cette page, c’est pour toi que je l’écris, tu la liras peut-être et peut-être alors serons nous deux, deux au moins à nous battre contre eux et leurs souillures en nous, deux à tenter d’y mettre un terme sans y laisser nos peaux.
Je ne connais pas ton histoire, comme tu ignores la mienne, et si je te dis comme certains jours j’ai voulu arracher ma tête de mon buste et l’inonder de chlore et de javel pour arrêter de penser, si je te dis comme certaines heures j’ai voulu coudre mes paupières pour arrêter de voir, si je te dis comme certaines nuits c’est mon sexe gonflé de plaisir et de honte que j’ai voulu exciser, torturer, tuer, si je te dis comme j’ai voulu mourir et m’auto-détruire, si je te dis cela, c’est que je sais que toi aussi, certains jours, certaines heures, certaines nuits, tu l’as voulu.
Je suis aujourd’hui stupéfaite chaque fois qu’on me laisse seule avec un enfant, surtout le mien, stupéfaite de cette confiance inouïe que l’on me fait, stupéfaite aussi et surtout de constater comme toutes ces pensées et ces images surviennent de moins en moins depuis que j’ai appris, en juillet 2014, qu’elles ne venaient pas de moi, mais bien de lui, G.
De 1991 à juillet 2014, 23 ans d’invasions par effraction, à toute heure, à tout instant.
Et je me suis retrouvée peu à peu enterrée tremblante, pensées de boue après pensées de boue, écrasée sous ce poids qui ne peut se vivre autrement que dans la haine absolue de moi-même et dans la terreur quotidienne que ça se voit, que ça se sache.
Et aussi et surtout cette pensée poison obsédante depuis que je suis maman que je pourrai faire ce qu’il m’a fait à mon bébé, mon boubou, ma merveille.
Je me vivais monstre. Et jamais avant je n’aurai pu en parler, t’en parler. J’étais toute entière contaminée de honte.
J’avais neuf ans. J’en ai trente-quatre. Entre les deux, la guerre.
Être au cinéma et soudain une scène atroce de viol avec torture et sentir mes voisins révulsés et mon sexe gonflé.
Être dans le bain peau à peau avec mon nourrisson et penser que je pourrais le masturber.
Être seule à la maison et sentir l’angoisse fétide monter et taper vite vite sur google scène porno viol pour jouir et me calmer.
Garder mon garçon malade dans le grand lit pour la nuit et vouloir ses petits pieds sur mon sexe.
Être assise au bureau et lire un article sur la traite des femmes et imaginer que mon voisin me prenne violemment sur la table.
Être en train de changer la couche de mon bébé et son sexe est tout dur et imaginer le lécher avec ma langue.
Être en train de changer la couche de mon bébé de quelques mois et éviter de regarder son sexe de peur que.
Mille fois par jour, serrer les dents très forts, planter les ongles loin dans la peau pour que les doigts de G. se retirent de mon sexe.
Être en train de changer la couche et chanter, raconter une histoire, faire des blagues, surtout surtout remplir les interstices.
Acheter un vibromasseur en cachette pour ça aille plus vite et m’administrer des jouissances préventives.
Être enceinte et avoir tellement peur que ce soit un garçon que je n’arrive plus à respirer et que je me gifle pour me calmer.
Éviter de rester seule chez moi. Éviter de rester seule avec des petits garçons. Éviter de penser à ce que ça me fait d’y penser.
Être perdue.

Crédit photo : Alfred Borchard 

En juillet 2014, un livre noir. Je lis:
« En l’absence de prise en charge et de compréhension des mécanismes à l’origine de la mémoire traumatique, la victime subit ces réminiscences et le plus souvent y adhère comme à des productions psychiques émanant de ses propres processus de pensées, ce qui est particulièrement effrayant. 
Elle va se croire terrorisée, en état de panique, en train de mourir, alors que rien ne la menace.
Elle va se croire soudainement déprimée, n’ayant plus aucun espoir, avec comme seule perspective celle de se suicider et de disparaitre, alors que tout se passe bien pour elle et qu’elle aime la vie.
Elle va se croire coupable et avoir honte de ce qu’elle est, elle va se penser comme n’ayant aucune valeur, moche, débile, moins que rien, un déchet bon à mettre au rebut, alors qu’elle fait tout au mieux. Elle va se croire monstrueuse, agressive, perverse, capable de faire du mal, alors qu’elle ne cherche qu’à aimer. Elle va croire qu’elle désire des actes sexuels violents et dégradants, alors qu’elle ne rêve que de tendresse.»
Et brutalement mes yeux brûlent, ma gorge saigne, et je me mets à hurler dans l’enclos de mes deux mains. J’ai peur que mon coeur éclate en morceaux dorés. Tout ce grand paragraphe, c’est moi.
En vérité, je ne suis pas un monstre. Ces pensées de boue ne m’appartiennent pas. C’est lui qui s’excite à travers moi. Le temps d’un viol, il a pénétré au plus profond de ma citadelle, a uriné sur mon âme, a vomi sur mon innocence, a déféqué sur ma candeur. Et ses excréments jour après jour m’ont dégouliné au dedans, ont sali chaque recoin de mon être, à tâtons. Une invasion invisible impossible alors à déceler, à nommer, à comprendre. 
Mais depuis que je le sais, certains jours, certaines heures, certaines nuits, il n’est plus là.

samedi 2 mai 2015

Nouvelles récentes de la pétition de la campagne STOP AU DENI 2014 : STOP aux violences sexuelles dans les transports en commun qui est un succès , et présentation de l'avis de L'HCEfh



PRÈS DE 30 000 SIGNATURES !

UN GRAND MERCI À TOUTES CELLES ET CEUX QUI ONT SOUTENU, CO-SIGNÉ ET SIGNÉ LA LETTRE OUVERTE/PÉTITION AUX RESPONSABLES DES TRANSPORTS EN COMMUN, AUX ÉLU-E-S ET AUX POUVOIRS PUBLICS et de Mesdames et Messieurs LES MINISTRES DU TRANSPORT, DE L'INTERIEUR ET DES DROITS DES FEMMES ET A L'EGALITE

STOP AUX VIOLENCES SEXUELLES DANS LES TRANSPORTS EN COMMUN





Informations sur l’impact de la pétition 


Cette pétition que nous avions lancée en juin 2014 dans le cadre de notre campagne STOP AU DENI 2014 co-signé par 11 associations féministes et de lutte contre les violences, a recueilli près de 30 000 signatures ! 

Nous demandions la mise en place d’un plan de 7 mesures de lutte spécifique contre les violences sexuelles commises dans les transports en commun dont les femmes sont les premières victimes, avec  : 

  • de mesures efficaces de prévention de ces violences, 
  • d’information des usagers, de formation des employés, 
  • de sécurisation, de secours, de protection et de prise en charge des victimes, 
  • de lutte contre l’impunité dont bénéficient la plupart des agresseurs.

Elle a été un succès puisque associée aux campagnes d’Osez le féminisme avec #TakeBackTheMetro  et aux actions du collectif Stop au Harcèlement de Rue, elle a permis que le gouvernement réagisse ! 

Mesdames les ministres de la santé Marisol Touraine et des Droits des Femmes et à l'Égalité Pascale Boistard ont saisi le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes et  la Mission Inter Ministérielle de Protection des Femmes victimes de violences pour faire un rapport, donner un avis et des recommandations. 

Dans ce contexte nous avons été auditionnées par le HCEfh et la MIPROF avec des représentantes d’Osez le féminisme et de Stop au Harcèlement de Rue.

L’avis sur le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun du HCEfh a été rendu le 16 avril 2015 au ministère de la Santé (vous trouverez l’intégralité du texte ICI ) ainsi que les résultats des consultations qu'ont menées le HCEfh : 100% des utilisatrices des transports en commun ont été victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement sexiste ou agressions sexuelles. Les jeunes femmes sont particulièrement concernées. Dans plus de 50% des cas, la 1re agression intervient avant 18 ans. 

Cet avis est dans son grand ensemble satisfaisant, il reprend de nombreuses mesures que nous avions préconisées dans notre pétition. Nous avons souligné le 16 avril qu’il était important de communiquer en nommant les violences sexuelles, et de donner des informations claires et accessibles aux usager-ère-s pour trouver du secours si on est victime, et donner l’alerte et réagir de façon adéquate si on est témoin de violences sexuelles, et d’assurer une couverture de réseau téléphonique suffisante pour permettre de passer un appel depuis les mobiles puisque dans l’état actuel, le 3117 ne peut donc malheureusement pas être systématiquement une solution d’urgence, il nous paraît dès lors important de multiplier les bornes d’appel et de mieux indiquer les lieux où elles se trouvent dans les endroits mal couverts par le réseau téléphonique. Dans le cadre de l’accueil et de l’accompagnement des victimes il est également nécessaire de se préoccuper de l’impact traumatique sur les victimes.

Les 11 associations qui ont co-signé et soutenu la pétition :

Florence Montreynaud, historienne

Association 
Osez le féminisme 

Réseau « Encore féministes ! » 

Association Zéromacho

Association Regards de femmes 

Association Les Filles, Nantes

Association SOS Sexisme

Association Femmes Solidaires


Communiqué de presse pour l'insertion des violences sexuelles incestueuses dans le code pénal : 22 associations demandent au gouvernement d'agir


Communiqué de presse d'AIVI pour l'insertion des violences sexuelles incestueuses dans le code pénal

Le 28 avril 2015



22 Associations de victimes, d’aide aux victimes et de protection de l’enfance (dont la notre Mémoire Traumatique et Victimologie) demandent au gouvernement d’agir pour l’insertion de l’inceste dans le code pénal le 12 mai prochain.
En mars dernier, les sénateurs et le gouvernement, ont rejeté  l’article 22 visant à insérer l’inceste dans le code pénal de la proposition de loi sur la protection de l’enfant. Cette proposition de loi des sénatrices Michelle Meunier et Muguette Dini arrivant en commissions le 5 mai à l’assemblée, les députés vont à nouveau porter cette question de société à l’ordre du jour. Un amendement sera présenté par Bernard Roman, député du Nord.
Plus de 200 ans de vide législatif
L’inceste a été supprimé de notre code pénal en 1791 considérant qu’il relevait, au même titre que le blasphème, la sodomie, et la bestialité, d’un interdit d’ordre moral non nuisible à la société et, par conséquent, relégué à la sphère familiale (Fabienne Guiliani).
Aujourd’hui l’inceste en France ne fait pas l’objet d’une qualification pénale spécifique et est jugé comme un viol ou une agression sexuelle par ascendant ou personne ayant autorité. Ceci a pour conséquence la nécessité de qualifier l’absence de consentement de l’enfant ce qui est une aberration en matière d’inceste, et plus particulièrement dans le cas d’un mineur. Il est essentiel de prendre en considération ce que cela implique pour les victimes, parfois l’acquittement du violeur lorsque l’enfant n’a pas dit « Non », même à 10 ou 11 ans (voir affaire Nathaniel).
La législation actuelle est loin d’être appropriée à l’inceste qui prive l’enfant de sa confiance en l’être humain, de sa famille, d’une construction normale. Notre société doit prévenir ce crime et protéger les mineurs en posant l’interdit et en considérant sa gravité spécifique.
Un signal fort attendu par 9 français sur 10
Un sondage IPSOS pour AIVI réalisé 2009 pour évaluer l’ampleur de l’inceste en France a révélé que 2 millions de français en seraient victimes. Ce sondage a également mis en lumière que 69% des français en âge de voter pensent que l’inceste est déjà criminalisé comme tel. 91% des personnes interrogées sont favorables (dont 59% très favorables) à l’insertion de l’inceste dans nos lois.
Plus de 43 000 personnes ont signé la pétition en faveur de l’insertion de l’inceste dans le code pénal.
Le législateur s’apprête à agir, nous demandons qu’il soit soutenu par tout le gouvernement.
Lire l'amendement de Bernard Roman
Contact presse : 09 72 23 84 09 ou contact@aivi.org 

Listes des Associations signataires par ordre alphabétique :





















SOS Les Mamans






ASSEMBLÉE NATIONALE
PROTECTION DE L'ENFANT - (N° 2652)
AMENDEMENT  
présenté par M. Denaja et M. Roman, MME Capdevielle, M. Binet, MME Untermaier, M. Fourage, MME Laclais, M. y Durand, MME Karamanli, MME Descamps-Crosnier
ARTICLE ADDITIONNEL
APRÈS L'ARTICLE 21 BIS, insérer l'article suivant:
Le code pénal est ainsi modifié :

1° L’article 222-31-1 est rétabli dans la rédaction suivante :

« Art. 222-31-1. - Les viols et les agressions sexuelles sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis sur la personne d’un mineur par :

« 1° Un ascendant, un frère ou une sœur ;

« 2° Un oncle, une tante, un neveu ou une nièce, si cette personne a sur la victime une autorité de droit ou de fait ;

« 3° Son tuteur ou la personne disposant à son égard d’une délégation totale ou partielle d’autorité parentale ;

« 4° Le conjoint ou le concubin d’une des personnes mentionnées aux 1° à 3° ou le partenaire lié par un pacte civil de solidarité avec l’une de ces personnes, s’il a sur la victime une autorité de droit ou de fait. »

2° Au premier alinéa de l’article 222-31-2, les mots : « ou l’agression sexuelle » sont remplacés par les mots : « incestueux ou l’agression sexuelle incestueuse » ;

3° Après l’article 227-27-2, est inséré un article 227-27-2-1 ainsi rédigé :

« Art. 227-27-2-1. - Les infractions définies aux articles 227-25, 227-26 et 227-27 sont qualifiées d’incestueuses lorsqu’elles sont commises sur la personne d’un mineur par :

« 1° Un ascendant, un frère ou une sœur ;

« 2° Un oncle, une tante, un neveu ou une nièce, si cette personne a sur la victime une autorité de droit ou de fait ;

« 3° Son tuteur ou la personne disposant à son égard d’une délégation totale ou partielle d’autorité parentale :

« 4° Le conjoint ou le concubin d’une des personnes mentionnées aux 1° à 3° ou le partenaire lié par un pacte civil de solidarité avec l’une de ces personnes, s’il a sur la victime une autorité de droit ou de fait. »

4° Au premier alinéa de l’article 227-27-3, après les mots : « l’atteinte sexuelle », est inséré le mot : « incestueuse ».
EXPOSÉ SOMMAIRE
Cet amendement a pour objet de rétablir dans le code pénal la notion d’inceste, en qualifiant d’incestueuses les infractions sexuelles commises sur un mineur par un certain nombre de membres de sa famille précisément définis par le texte.

Dans sa décision n° 2013-163 QPC du 16 septembre 2011, le Conseil constitutionnel avait censuré les dispositions issues de la loi n° 2010-121 du 8 février 2010 tendant à inscrire l’inceste commis sur les mineurs dans le code pénal et à améliorer la détection et la prise en charge des victimes d’actes incestueux, aux motifs de l’imprécision de la notion de « famille » qu’utilisait cette loi.

Dans cette décision, le Conseil avait estimé que « s’il était loisible au législateur d’instituer une qualification pénale particulière pour désigner les agissements sexuels incestueux , il ne pouvait, sans méconnaître le principe de légalité des délits et des peines, s’abstenir de désigner précisément
les personnes qui doivent être regardées, au sens de cette qualification, comme membres de la famille ».

Le présent amendement, qui qualifie d’incestueux les actes commis par les personnes pour lesquelles le code civil prévoit un empêchement à mariage et pour leurs conjoints, concubins ou partenaires d’un pacte civil de solidarité, sous réserve pour certains d’entre eux qu’ils aient sur la victime une autorité de droit ou de fait, répond aux exigences du principe de la légalité des délits et des peines en définissant précisément les personnes susceptibles de commettre un viol ou une agression sexuelle incestueuse.

Comme la loi du 8 février 2010 précitée, il ne modifie pas les peines encourues, puisque le code pénal prévoit déjà une aggravation des peines lorsque les faits sont commis par l’une des personnes mentionnées dans l’alinéa. De ce fait, il ne peut être considéré comme une loi pénale plus sévère et serait donc d’application immédiate.
Lors de la discussion en première lecture au Sénat, l’article 22 qui inscrivait l’inceste dans le code pénal a été supprimé. Il convient donc de le rétablir lors de la lecture à l’Assemblée Nationale.