vendredi 10 mai 2013

Article - interview de Muriel Salmona par Isabelle Bordenave : La conspiration des oreilles bouchées dans le journal basque du mois de mai n°1294 sur la parution du livre noir des violences sexuelles




cliquez sur l'image pour agrandir 



Les violences sexuelles
journal Ekaitza
mai 2013
n°1294


LA CONSPIRATION DES OREILLES BOUCHÉES



Interview de Muriel Salmona
réalisée 
par Isabelle Bordenave


Après avoir chroniqué le Livre noir des violences sexuelles, Ekaitza a rencontré son auteure, le docteur Muriel Salmona. Nous avons pu réaliser une interview pour en savoir plus sur ce véritable fléau que sont toutes les violences, réel problème de santé publique délibérément occulté dans nos sociétés


Ekaitza : Qu’est-ce qui vous a poussée à publier un « livre noir » sur les violences sexuelles ?

 Mon but avec ce livre est avant tout d’améliorer la prise en charge des victimes de ces violences, et de dénoncer un véritable scandale de santé publique, puisqu’actuellement, dans leur très grande majorité les victimes sont abandonnées sans protection, sans soin, et sans que justice ni reconnaissance des préjudices subis leur soient reconnus. Ce livre répond à la fois à la nécessité d’informer sur la réalité des violences sexuelles et la gravité de leurs conséquences psychotraumatiques qui sont méconnues même par les professionnels de la santé censés prendre en charge et accompagner les victimes, mais également de donner des explications sur les mécanismes neuro-biologiques récemment découverts qui permettent de mieux comprendre les comportements des victimes, et de mieux les protéger et les soigner.


Ekaitza :  Qui sont les agresseurs, comment devient-on agresseur sexuel ?
Y a-t-il une personnalité de l’agressé « un terrain favorable » ?

Les agresseurs se retrouvent dans tous les milieux, ce sont avant tout des proches des victimes, très majoritairement des hommes. Les agresseurs en commettant des violences sexuelles instrumentalisent des victimes pour s’anesthésier et assouvir leur volonté de domination. Les violences sexuelles ne proviennent pas d’un désir sexuel mais d’une intentionnalité de détruire et de soumettre, il s’agit d’une excitation à la haine et à l’humiliation. La majorité des agresseurs ont subi ou ont été témoin de violences sexuelles et pour auto-traiter leur traumas s’identifient à l’agresseur et s’anesthésie émotionnellement en reproduisant les violences. La violence génère un stress extrême et a de ce fait un pouvoir dissociant comme une drogue (elle entraîne des mécanismes neuro-biologiques de disjonction de sauvegarde dans le cerveau pour éteindre une réponse émotionnelle trop intense représentant un risque vital avec la production de drogues morphine et kétamine-like), et un pouvoir contaminant de proche en proche et de génération en génération si on n’intervient pas très tôt pour protéger et soigner les victimes.
La victime est choisie le plus souvent par l’agresseur en fonction de sa vulnérabilité liée à une situation de discrimination (sexiste, raciste, liée à l’âge, à un handicap, etc.), les personnes handicapée ont trois fois plus de risque de subir des violences sexuelles, la majorité des victimes sont des femmes et des enfants (plus de la moitié des viols sont commis sur des mineurs). Le fait d’avoir déjà subi des violences es également un facteur de risque important d’en subir à nouveau. Les victimes déjà agressée sont choisies car plus isolées, plus facilement sidérables et terrorisables en raison de leurs traumas.

Ekaitza :  Y a-t-il des spécificités traumatiques chez les personnes agressées sexuellement ? Le traumatisme naît-il instantanément où s’installe-t-il progressivement ?

Les violences sexuelles font partie des traumatismes les plus graves et les plus à risque d’entraîner des troubles psychotraumatiques, dont une mémoire traumatique qui va transformer la vie des victimes en un terrain miné. Cette mémoire traumatique est la conséquences de mécanismes de sauvegarde neuro-biologiques déclenchés par le cerveau pour survivre au stress extrême produit par les violences, c’est une mémoire émotionnelle et sensorielle « fantôme » intrusive et incontrôlable des violences subies. Quand elle n’est pas traitée, elle revient hanter les victimes traumatisées pendant de longues années après les violences et parfois même toute leur vie, leur faisant revivre « éternellement » et à l'identique, quand elle envahit le psychisme, le « film » des violences avec les mêmes sentiments d'effroi, de détresse, de mort imminente, d'impuissance et de sidération ressentis lors de celles-ci. Elle va coloniser la vie de la vicyime, particulièrement sa vie affective et sexuelle. Elle va obliger la victime à mettre en place des stratégies de survie qui vont être très handicapantes et représenter un facteur de risque important pour leur santé avec des conduites d’évitement (pour éviter l’explosion de la mémoire traumatique), de contrôle et d’hypervigilance entraînant un isolement et un épuisement, et des conduites à risque dissociantes (pour anesthésier la mémoire traumatique) : mise en danger sur la route, dans le sport, les jeux, la sexualité, conduites d’auto-mutilation, conduites addictives : alcool, drogues. Il est important de signaler que toutes ces conséquences graves peuvent être évitées avec une prise en charge adaptée, la mémoire traumatique se soigne, on peut la traiter en la désamorçant et en l’intégrant en mémoire auto-biograpghique.

Ekaitza :  Y a-t-il des moyens de prévention mis en place contre les violences sexuelles ? Quelle est leur portée ? Les personnels éducatifs et médicaux sont-ils formés pour parer à ces situations ?

ôur lutter contre ces violences et les prévenir, il est est déjà nécessaire d’en connaître la réalité, les chiffres, qui elles touchent, comment, où, etc. D’où l’importance de faire des études de victimisation, et de continuer les recherches sur les victimes et les agresseurs, et sur les conséquences. Actuellement les moyens mis en place sont encore très insuffisants :  il y a un plan triennal (2010-2013) avec des campagnes d’informations, d’éducation et de sensibilisation, avec une promotion des numéros nationaux (119, 39-19, viol-femme information), des outils de communication (clips, brochures) une formation des professionnels, ce plan est relayé par les délégations aux droits des femmes et les préfectures. Une mission interministérielle de protection des femmes victimes de violence a été crée et mise en place en janvier 2013 pour améliorer la formation des professionnels particulièrement ceux du secteur médical. Les professionnels de tous les secteurs sont très peu formés, voir pas du tout (les médecins ne sont ni formés pendant leurs études, ni dans le cadre de la formation continue), il y a un énorme travail à faire. La meilleure prévention consiste à dénoncer sans cesse ces violences pour que le niveau de tolérance baisse et à dépister le plus tôt possible les victimes, pour les protéger, identifier et juger les agresseurs et éviter ainsi de nouvelles violences, pour cela il ne faut pas attendre que les victimes parlent, il faut aller au-devant d’elle en posant systématiquement la question : avez-vous subi ou subissez-vous des violences sexuelles ?

Ekaitza :  Les conséquences sont-elles à considérer différemment pour les enfants et pour les adultes ?

Oui, car elles sont plus graves, les enfants sont encore plus vulnérables et plus exposés aux troubles psychotraumatiques (ils sont dépendants et ils ont encore moins d’outils pour se représenter ce qui se passe, ils ont des structures neurologiques qui ne sont pas matures et plus fragiles) qui vont impacter encore plus leur développement et leur vie avec des risques importants de troubles de leur personnalité, de troubles des apprentissages, d’échecs scolaires, de conduites à risques avec des risques d’accidents, de suicides importants, de marginalisation, de prostitution. Il est essentirel de les protéger. Il faut rappeler que les enfants sont les plus touchés par ces violences. Avoir subi des violences sexuelles dans l’enfance représente le déterminant principal de la santé cinquante ans après (que ce soit au niveau de la santé mentale, de troubles addictifs et alimentaires, au niveau cardio-vasculaire, endocrinien, neurologique, immunitaire, pulmonaire, digestif, gynécologique, etc.). En revanche si les enfants ont accès à des soins, leur plasticité neurologique est très importante et permet une très bonne récupération des lésions neurologiques générés par les violences, avec une très bonne récupération cognitive, ce qui leur permet de récupérer de capacités normales et d’éviter les conséquences sur leur santé.

Ekaitza :  Pour quelles raisons les victimes, dans leur grande majorité, ne portent-elles pas plainte ? La réponse judiciaire ou policière répond-elle à ces situations ? Et la réponse médicale ?

Moins de 10% des victimes de violences sexuelles portent plainte. Les raisons sont avant tout liées aux menaces et à la loi du silence imposées par les agresseurs mais aussi souvent par les proches qui veulent «protéger» l’image de la famille, dd couple ou les institutions soient atteinte. La victime a souvent peur de ne pas être crue, voir même d’être rejetée ou jugée comme coupable (elle l’a cherché ou provoqué, elle ne s’est pas suffisamment protégée, elle a été imprudente, elle a mal compris, mal interprêté, etc.) ou comme une menteuse qui invente pour se venger ou se rendre intéressante. Pour la victime il peut être très difficile de parler en raison de ses troubles psychotraumatiques, la mémoire traumatique et la souffrance est telle qu’elle évite d’y penser, et encore plus d’en parler. Si la victime est trop jeune ou très dissociée par les violences qu’elle a subi, elle peut pendant des semaines, voire des mois ou des années ne pas réaliser ce qui s’est passé, être totalement perdue, tellement anesthésier qu’elle ne réalisera pas la gravité des faits, ou ne pourra pas définir ni qualifier ce qui s’est passé , une amnésie psychogène de défense dissociative peut également s’installer pendant parfois de longues années, cette amnésie pouvant céder lors d’évènements signifiants de la vie (deuil, nouvelles violences, accouchement, etc.). Enfin la honte et la culpabilité organisée par l’agresseur sont aussi des verrous efficaces pour que la victime ne parle pas, de même l’horreur des sévices qui sont impossibles à dire, et également une obligation de loyauté dans le cadre de la famille ou du couple ou d’une institution (pour ne pas la détruire).
Les réponses policières et judiciaires ne répondent pas à ces situations, par manque de formations seront reprochés à la victimes comme des éléments mettant en cause sa parole et la véracité des faits rapportés des comportements qui sont en fait des conséquences directes des violences. 
L’avancée du code pénal qui a peris en compte une réalité de la spécificité des conséquences des violences sexuelles commises sur les enfants est l’allongement de la prescription à 20 ans après la majorité, mais une imprescribilité serait encore plus adaptée, c’est ce que npus demandons.


Ekaitza :  Les décisions de justice prises, condamnations ou dans des cas de violences sexuelles vous semblent-elles adaptées ? Y aurait-il d’autres types de réponses à apporter ?

Les parcours judiciaires sont fréquemment traumatisants et maltraitants, les professionnels ne tiennent pas en compte la gravité du traumatisme des victimes et ils les exposent souvent gravement. Les condamnations sont très rares, elles représentent 1,5 à 2% seulement de la totalité des viols. De très nombreux viols qui sont des crimes sont correctionnalisés.
Il y aurait beaucoup d’auteres réponses à apporter, à commencer par des professionnels vraiment bien formés aux réalités des violences et de leurs conséquences sur les victimes, les enquêtes sont trop tournées sur la validation de la parole des victimes alors que de nombreuses preuves ou faisceaux d’indices graves et concordants pourraient être recherchés du côté de l’agresseur (comme une analyse de sa stratégie, ses antécédents, la recherche d’autres victimes) et de la victime (comme la validation de ses troubles psychotraumatiques). Il faudrait beaucoup plus protéger les victimes, mieux les informer de leurs droits et des conséquences psychotraumatiques et se préoccuper de les soigner de façon adaptée.

Ekaitza :  Connaissez-vous le film de Montxo Armendariz « No tengas miedo » sur l’inceste ?

(« N’aie pas peur »). « SYNOPSIS: Une structure familiale normale, qui pourrait être la nôtre, une famille aisée et apparemment heureuse qui se promène dans une ville de province. Il y a le papa, la maman et une jolie fillette blonde bien mise, dont les yeux débordent de curiosité, d'innocence et de vie. Mais quand ils rentrent à la maison, tout en lui disant de ne pas avoir peur, le père abuse de sa fille. La caméra ne montre que le visage de la petite, un visage effrayé et surpris sur lequel on lit beaucoup de confusion. C'est que celui qui devrait la protéger, s'occuper d'elle et l'aimer par dessus tout s'est transformé d'un seul coup en un monstre, un ogre qui lui inspire peur et dégoût, mais aussi respect et estime, c'est-à-dire toute une gamme d'émotions contradictoires. Pour cette fillette, le modèle à suivre, l'exemple à imiter, a cessé d'être valide et la jeune créature sans défense va grandir dans un océan de doutes, de silences, de sentiments de culpabilité et d'incompréhension. Seul le temps, plusieurs thérapies et le fait de verbaliser et d'accepter ce qui s'est passé pourront l'extirper de l'obscurité tourmentée dans laquelle elle a grandi. ...Don't Be Afraid ( No Tengas Miedo ) ( Mi fovasai (Do Not Be Afraid) )  

Non je ne le connais pas, mais je vais le voir .


pour en savoir plus : le site de l’association (articles, vidéo, briochures, ressources)  http://memoiretraumatique.org
le site du livre noir des violences sexuelles : http://lelivrenoirdesviolencessexuelles.wordpress.com


"Le livre noir des violences sexuelles"
Dre Muriel Salmona
chez Dunod


Avec son site ( informations, articles, nombreux témoignages, ressources et bibliographie actualisées, vidéos, etc. ) : 

Avec, à feuilleter, les premières pages du livre noir des violences sexuelles en cliquant ICI

Vous pouvez vous le procurer dans les librairies, 
et chez Dunod, à la FNAC , sur  Amazon ou sur Decitre (e-book-PDF)

Une première séance dédicace est organisée le 20 avril 2013 à Bourg la Reine de 15 à 19h30
pour toute information: drmsalmona@gmail.com

Et le contact presse Dunod : 
Elisabeth Erhardy Attachée de presse,  01 40 46 35 12, presse@dunod.com


En espérant que ce livre puisse contribuer :
- à améliorer les connaissances sur les violences sexuelles, leurs conséquences psychotraumatiques (mémoire traumatique, conduites d'évitement et de contrôle, conduites dissociantes à risque) et leurs conséquences sur la santé et la qualité de vie des victimes ; 
- à faire mieux comprendre ce qu'ont subi et ce que vivent les victimes et à en témoigner pour que leurs droits et leurs préjudices soient mieux reconnus, et que justice leur soit rendue ;
- à améliorer la protection des victimes, leur prise en charge et les soins spécialisés à leur prodiguer pour éviter qu'elles subissent, d'une part de nouvelles violences et d'éventuelles maltraitances institutionnelles, et d'autre part une mémoire traumatique qui leur fait revivre les pires moments des violences pendant des années, voire des dizaine d'années, comme une torture sans fin, sauf à être dissociée et anesthésiée ; 
- à faire en sorte que les victimes ne soient plus abandonnées, ni obligées d'organiser seules leur protection et leur survie ; 
- et enfin à mieux lutter contre ces violences et contre la loi du silence, le déni tenace et la banalisation qui les entourent encore.

Avec toute mon amitié, je vous remercie pour votre soutien 



Dre Muriel Salmona,

Psychiatre, psychtraumatologue
Responsable de l'institut de victimologie du 92
Présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie
Tel : 06 32 39 99 34







Edition Dunod, hors collection
240 pages, prix conseillé : 19,90 euros





mercredi 8 mai 2013

Les trois jeunes femmes de Cleveland séquestrées, torturées et violées pendant 10 ans par trois hommes : un fait divers ? Article de Muriel Salmona 8 mai 2013


Les trois jeunes femmes de Cleveland séquestrées, torturées et violées pendant 10 ans par au moins un  homme : un fait divers ?


Dre Muriel Salmona,
Présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie
le 8 mai 2013, actualisé le 9 mai 2013



Nous sommes sous le choc de cette information qui est tombée le 7 mai 2013 concernant trois jeunes femmes de Cleveland aux USA disparues depuis 10 ans qui venaient d’être retrouvées, l’une d’entre elle ayant en l’absence de leur bourreau (pour l'instant un seul des trois frères Castro, Ariel Castro est inculpé) réussi en cherchant à s’évader à alerter un voisin Charles Ramsay qui l'a aussitôt secouru.


Mais nous avons aussitôt assisté à tout un discours de minimisation et de négation de la réalité particulièrement intolérable avec l’habituelle incapacité de nombreux journalistes et spécialistes de nommer précisément les violences, de parler de leurs conséquences psychotraumatiques, et de les replacer dans un cadre plus politique de violences et de crimes sexistes commis par des hommes envers des femmes. Les mots crimes, viols, sévices, tortures, actes de barbarie ne sont que trop rarement entendus, les journalistes ne parlant surtout que d’enlèvement, de séquestrations, de calvaire, et même de syndrome de Stockholm...
On a également entendu qu’elles « allaient assez bien», «qu’elles parlaient normalement » !... « Qu’il fallait maintenant qu’elles se réadaptent à la vie normale ». Qui peut humainement croire que l’on peut aller « assez bien » après 10 ans de séquestration et les pires violences qui soient, après 10 ans de terreur et de peur de mourir permanente ? Que la souffrance psychique ne soit pas forcément visible, que les victimes soient complètement déconnectées et anesthésiées émotionnellement (dissociées) pour survivre et que ce soit un indice de gravité de leurs traumas qui pourront être des bombes à retardement, et de l’intensité de leurs souffrances ne vient à l’idée de personne et de presque aucun spécialiste.
Pour la seule raison qu’elles étaient des femmes : des adolescentes de 14 et 16 ans (Gina DeJesus et Amanda Berry) et une toute jeune femme de 21 ans (Michelle Knight) ont été kidnappées dans la rue, en sortant de l’école, en quittant leur travail et séquestrées pendant 9, 10 et 11 ans pour être privées de toute liberté et de tous leurs droits dans les pires conditions, terrorisées, violées tout au long de ces années avec dans ce contexte de terreur la naissance d’une enfant, conçue lors de ces viols, une petite fille de 6 ans, et d’autres grossesses qui auraient été interrompues par des coups (5 d’après la chaîne américaine NBC, mais cette information n'est pas confirmée par la police), subissant une torture continue, les pires sévices, les pires atteintes à leur dignité et à leur intégrité physique et psychique, esclavagisées, transformées en objet sexuel, isolées les unes des autres et enchaînées, soumises aux scénarios pervers et à la loi délirante d’un homme dans une maison qui n’était pas isolée, avec de nombreux voisins autour, dans un quartier populaire, sans que qui que ce soit ne se rende compte de rien... On apprend que des voisins auraient entendu des bruits de choc contre des portes, vu des jeunes femmes à quatre pattes tenues en laisse dans le jardin ?!!!... Et on apprend que d'autres jeunes filles disparues pourraient avoir été séquestrées et violées... (cf article du Parisien du 9 mai 2013)
Est-ce seulement un fait divers criminel, un crime contre l’humanité de ces jeunes femmes ou bien un crime contre l’humanité, un féminicide qui nous concerne toutes et tous ?
Il ne s’agit pas d’un fait divers, mais d’un fait de société, un fait politique qui illustre la condition des femmes, la domination masculine et la haine sexiste qui peuvent à tout moment se déverser sur elles. Et est tout à fait symptomatique de cette société composées de personnes qui ne veulent absolument pas savoir ce qui peut se passer chez leurs voisins, leurs amis, leurs proches, leur famille, dans le cadre de leur travail, des activités sportives, des institutions scolaires, des établissements de soin, etc., etc. Que les pires maltraitances, les pires crimes sexuels s’y passent en toute impunité, faut-il le rappeler les études de victimisation font état d’au moins 190 000 viols par an en France (en comptant en plus des femmes adultes : 75 0000, les mineurs qui représentent au moins 60% des viols filles et garçons et les hommes adultes, cf chiffres) commis dans 80% des cas par des personnes connues de la victime, seulement 8 % feront l’objet de plainte et 1,5 à 2 % de condamnation : le crime parfait qui assure une impunité quasi totale. Si l’on veut commettre des crimes, des atrocités, des tortures, les violences sexuelles sont ce qu’il y a de mieux pour le faire sans risque, à répétition, dans l’indifférence générale. Ces crimes ne seront pas connus et les victimes ni entendues, ni protégées, ni soignées, et même s’ils sont dénoncées, la grande majorité des victimes ne seront pas crues, traitées de menteuses, ou bien on considèrera qu’il s’agit en fait de sexualité et que la victime était consentante (dans une confusion atroce entre violences et sexualité, avec une vision pornographique de la femme qui aime - la s... - subir les pires violences et sévices sexuels), ou bien que la victime est coupable de s’être exposée, de ne s’être pas assez protégée, pas assez défendue, pas n’avoir parlé assez tôt. On considèrera que ce n’est que parole contre parole, « alors comment faire pour avoir des preuves ?», tout en ne les cherchant pas du côté de l’agresseur et en faisant une enquête à charge du côté de la victime, on déqualifiera plus de la moitié des viols en agression sexuelle dans un déni de réalité effrayant. Les victimes qui auront osé porter plainte seront maltraitées et non protégées tout au long de leurs parcours judiciaire, dans une indifférence et un manque d’empathie étonnants. Les agresseurs ne seront dans leur grande majorité ni inculpés, ni condamnés. Leur intentionnalité et leur logique de prédation et de préméditation ne seront pas recherchées, ni dénoncées, ni reconnues. Qui aura peur pour les prochaines victimes ?
Dans quel monde vit-on ? Comment vivre dans un monde qui tolère la perpétration de ces crimes sexistes sans y réagir ?
Un monde où être née femme scelle votre destin et fait de vous une proie potentielle où que vous soyez, quels que soient votre histoire, vos croyances, vos engagements, votre milieu d’origine, votre statut social, vos études, votre travail, votre personnalité, votre âge, votre aspect physique, etc... Destin effarant d’être un jour ou l’autre une proie, sous couvert de sexe, pour un homme ou un groupe d’hommes, et d’être injuriée, agressée, violée, torturée et tuée... d’être condamnée à vivre dans un monde de non- droits, un monde où le féminicide est omniprésent.
Comment vivre dans un monde ou tout est banalisé, retourné. Les pires crimes ne sont pas nommés. La réalité des tortures qu’ont vécu les victimes n’est pas reconnue. L’impact et les conséquences psychotraumatiques de ces violences sont minimisés, méconnus voir même niés. Et ils ne font quasiment jamais l’objet de diagnostic, de prise en charge et de soin, alors que ces violences sont celles qui sont les plus psychoytraumatogènes et qu’elles entraînent de graves atteintes psychologiques et physiques, alors qu’il est reconnu que ces violences si elles ne sont pas prises en charge sont un des déterminant principal de la santé même des dizaines d’années après : en sachant que les traumatismes sont d'autant plus graves que la victime est plus jeune, les enfants même très petits seront gravement impactés par les violences qu'ils subissent ou dont ils sont témoins, même s'ils n'ont pas de souvenirs des violences, ils auront une mémoire traumatique de celles-ci, et seront traumatisés. Dans un contexte de violences des troubles psychotraumatiques peuvent se mettre en place chez l'enfant avant même la naissance, au moins à partir du 7ème mois de grossesse, c'est dire à quel point la petite fille de 6 ans d'Amanda Berry aura besoin de prise en charge et de soins (malgré les mises en scène médiatiques qui relaient sans recul les propos du chef adjoint de la police locale sur cette petite fille : Elle a l'air en forme, heureuse, en bonne santé, et elle a mangé une glace la nuit dernière).
Et - scandale de santé public sans nom - en France (et dans de très nombreux pays) les médecins (qu’ils soient généralistes ou spécialistes) ne sont toujours pas formés en psychotraumatologie et en victimologie, que ce soit en formation initiale ou continue !!!!!... Les médecins ne connaissent pas la réalité des violences subies par beaucoup de leurs patients et surtout patientes, ni les troubles psychotraumatiques, la sidération (la paralysie psychique et motrice au moment des violences) qui va être à l'origine d'un stress dépassé et d'un risque vital (cardio-vascuaire et neurologique avec des atteintes neuronales et des circuits neurologiques), ni les mécanismes de survie neuro-biologiques face au stress extrême (disjonction avec la production de drogues endogènes morphine et kétamine-like) qui entraînent une dissociation (avec une anesthésie émotionnelle et un sentiment d’étrangeté et de dépersonnalisation) et l’installation d’une mémoire traumatique (mémoire émotionnelle et sensorielle piégée qui n’a pas pu être traitée et intégrée par le cerveau et qui va revenir hanter la victime en lui faisant revivre à l’identique ce qu’elle a vécu, ressenti, entendu par des flash- backs, des réminiscences, des hallucinations sensorielles, des cauchemars, au moindre lien qui rappelle les violences), ils n’en connaissent pas les conséquences graves sur la santé qu’elle soit physique et mentale, et sur la vie quotidienne des victimes et le risque suicidaire, le risque de conduites à risque et addictives, le risque d’accidents, d’échecs scolaires, professionnels, dans sa vie affective, le risque de marginalisation et d’exclusion, le risque prostitutionnel. Ils sont donc dans leur immense majorité incapables de repérer les violences subies par leurs patientes et leurs conséquences, de les protéger, de proposer des soins adaptées, hors les troubles psychotraumatiques se traitent et on peut déminer la mémoire traumatique, décoloniser les victimes des violences et des mises en scène des agresseurs, et éviter ainsi de grandes souffrances et de très nombreuses conséquences.
Les victimes de viols, de violences sexuelles et de maltraitances sont donc laissées sans soin, sans information : il n’y a quasiment pas de centres de soins spécifiques pour elles, ni de médecins formés ! Il s’agit d’une grave atteinte à leurs droits et une perte de chance pour leur santé ainsi qu’une non-assistance à personne en danger !
Il y a URGENCE alors que les connaissances internationales sur les troubles psychotraumatiques sont bien répertoriées depuis les années 1980 (définition de l’état de stress post-traumatique) ! Que l’on sait que ce sont des conséquences normales que toute victime peut présenter, dues non à la victime mais à la gravité de ce qu’elle a subi et à l’intentionnalité de la détruire de l’agresseur ou des agresseurs. Que les connaissances sur les conséquences sur la santé ont fait l’objet de grandes quantité de publications internationales et que l’on sait qu’avoir subi des violences particulièrement dans l’enfance est un des déterminants principal de la santé de nombreuses années après (cf Felitti et Anda, 2010 : avec des risques non seulement d’atteintes psychologiques, mais également neurologiques, des atteintes cardio-vasculaires, pulmonaires, endocriniennes, immunologiques, digestives, gynécologiques, dermatologiques, etc.). Que l’OMS a reconnu depuis 2010 qu’avoir subi des violences faites aux femmes est un des déterminant principal de leur santé. Que les mécanismes psychologiques et neuro-biologiques en cause et leurs traitements sont de mieux en mieux connus, que ce sont des conséquences logiques d’actes criminels perpétrés dans le but de générer le maximum de souffrance chez les victimes, et d’organiser délibérément chez elles un traumatisme qui sera utile à l’agresseur comme une drogue pour s’anesthésier et mettre en place sa domination.
Qui se préoccupe réellement de ce qu’ont vécu les victimes de violences sexuelles et de sévices physiques ? Qui se préoccupe de ce qu’elles vivent au quotidien, de l’enfer que sont les troubles psychotraumatiques avec une mémoire traumatique qui leur fait revivre continuellement les pires moment, les pires sentiments de terreur et de détresse, les pires douleurs, les pires atteintes à leur dignité ? On les abandonne, sans rien reconnaître de ce qu’elles ont subi, sans remettre le monde à l’endroit, sans les aider à se décoloniser de toute cette violence qui les hante et les torture encore et encore, de toutes les phrases assassines et les scénarios pervers des agresseurs qui organisent chez elles un sentiment de culpabilité et de honte, et une estime de soi catastrophique, sentiments crées de toute pièce et relayés par un entourage contaminé par tous les stéréotypes les plus aberrants. Elles se retrouvent seules, sommées de prendre sur elles, de faire comme si, «de tourner la page», de ne pas se victimiser, à devoir survivre à des souffrances que personne ne pourrait supporter, à des attaques incessantes sur elles, leur incapacité à avancer, à ne pas se plaindre. Dans un retournement pervers particulièrement cruel on les accuse d’être les propres responsables de leurs tourments, de leurs propres destructions, ou bien on les considère comme folles (les troubles psychotraumatiques étant pris pour des symptômes psychotiques par méconnaissance). Quoi de plus horrible à vivre ?... Elles se retrouvent à devoir mettre en place des stratégies de survie pour quand même tenir coûte que coûte faites de conduites d’évitement, de contrôle et de conduites anesthésiant. Mais ces stratégies hyper coûteuses et invalidantes pour elles, leur seront aussi continuellement reprochées et seront utilisées souvent pour disqualifier leurs paroles. Et le peu de traitement qu’on leur propose est uniquement symptomatique, non rapporté et centré sur les violences subies, et le plus souvent dissociant et anesthésiant, voire violent (camisole chimique, enfermement, contention, électrochocs,...).
Qui se préoccupe de tout ces enfants, de toutes ces adolescentes, de toutes ces femmes qui actuellement qui sont à l’heure actuelle séquestrées par des criminels qui peuvent être leurs proches pour subir des tortures et des leurs parents, leurs conjoints viols à répétitions, qui se préoccupe vraiment de toutes ces femmes qui disparaissent, de toutes ces prostituées qui disparaissent. Combien sont-elles ces victimes qui sont rendues invisibles, qui sont baillonnées, menacées ? Combien sont-ils ces bourreaux qui peuvent commettre les pires crimes en toute impunité ? Elles peuvent être nos voisines. Ils peuvent être nos voisins si serviables, si sympathiques... (comme le principal accusé, Ariel Castro, est décrit : "il aimait emmener des jeunes du quartier faire un tour sur sa moto, jouait de la basse dans des groupes de salsa, et se mêlait au voisinage lors de barbecues. Il participait même aux évènements menés pour retrouver les filles disparues comme des marches en leur honneur ou des distributions de tracts." cf article  Le Monde). Ils peuvent être ces personnes importantes, élus, médecins, universitaires, hauts fonctionnaires, personnes du monde du cinéma, des médias que tout le monde ou presque admire... Qui se préoccupe des victimes qui les ont déjà souvent accusés de violences ?... En 2005, l'ex-femme d'Ariel Castro avait porté plainte contre lui pour violences conjugales sans qu'il soit inculpé, "l'accusant d'avoir "souvent enlevé" leurs deux filles et de les avoir "empêché d'être avec (leur) mère". Les documents judiciaires indiquent en outre que Grimilda Figueroa, décédée l'an dernier, avait eu deux fois le nez brisé, des côtes cassées, les épaules luxées, et qu'elle avait demandé au juge "d'empêcher (Castro) de menacer de la tuer". Ariel Castro, le 22 avril avait posté une affiche sur laquelle était écrite : «Une vraie femme n’utilisera pas son enfant comme arme contre le père quand la relation se brise. Ne perdez pas de vue que c’est l’enfant qui souffre.» !!...
Il est temps d’ouvrir les yeux, de ne plus tolérer cette violence faite aux femmes et l’impunité dont bénéficie les agresseurs. Il est temps que les victimes soient enfin réellement secourues, protégées, soutenues. Il est temps d’être solidaire des victimes, de s’indigner de ce qu’elles ont subi et de dénoncer les coupables. Il est temps de leur redonner la dignité et la valeur que leur a déniées l’agresseur et ses complices. Il est de temps de leur rendre enfin justice, de leur donner des réparations à hauteur de ce qu’elles ont subi et de les soigner.
Pour cela, il faut agir, dénoncer, demander des compte, exiger, se révolter...
MOBILISONS-NOUS ! Signez massivement le manifeste
Exigeons une vraie information sur la réalité de ces violences, la mise en place d’une formation des professionnels de la santé et de tous les professionnels qui prennent en charge et accompagnent les victimes, l’ouverture de centre de crise et de soins pour les victimes de violences, et une justice digne de ce nom.
Le 8 mai 2013
Dre Muriel Salmona
psychiatre
présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie drmsalmona@gmail.com

memoiretraumatique.org


Article à télécharger en PDF sur le site memoiretraumatique.org : : http://www.memoiretraumatique.org/assets/files/doc_violences_sex/article-sur-les-jeunes-femmes-sequestrees-de-Cleveland.pdf

Pour en savoir plus :
à lire :  Le livre noir des violences sexuelles  de la Dre Muriel Salmona paru en avril chez Dunod
voir également les blogs :
http://www.stopauxviolences.blogspot.fr
et http://lelivrenoirdesviolencessexuelles.wordpress.com
avec sur les violences sexuelles des articles, des chiffes, des témoignages,
une bibliographie, les textes de loi, des vidéos, etc.
et les articles Mémoire traumatique et conduites dissociantes paru chez Dunod en 2012 : http://www.stopauxviolences.blogspot.fr/2012/03/dernier- article-de-muriel-salmona-avec.html
et : La dissociation traumatique et les «troubles de la personnalité post--traumatique : où comment devient-on étranger à soi-même ? à paraître chez Dunod en 2013 : http://www.stopauxviolences.blogspot.fr/2013/04/nouvel-article-la-dissociation.html



le communiqué de presse de l'association sur le verdict du procès des viols collectifs rendu par le  tribunal de Créteil, l'article En réponse aux pro-prostitution
L'article Abolir le système prostitueur c'est réaffirmer les droits humains avec Sandrine Goldschmidt, Anne Billow, Typhaine Duch, Annie Ferrand et moi-même

et le Scoop-it sur la prostitution de Fée Ministe
le manifeste et la campagne pas de justice pas de paix




Le site Zero-impunity

Pour signer le manifeste Violences et soins : pour que les victimes de violences soient enfin protégées, pour qu'elles reçoivent des soins appropriés et pour que leurs droits soient respectés : http://www.stopauxviolences.blogspot.fr/2012/06/nous-accusons-manifeste-petition-signer.html  




dimanche 5 mai 2013

Critiques, commentaires, chroniques et notes de lecture sur Le livre noir des violences sexuelles de Muriel Salmona édité chez Dunod



Commentaire de Christine Delphy : 


Chère Muriel, Je viens de finir de lire ton livre. Quel travail ! Et quelle persévérance, et conviction il t'a fallu, pour aller à l'encontre de toutes les "vérités" du milieu médical, et policier. Et surtout, pour prendre d'assaut et renverser la théorie des troubles "endogènes" et des conflits "intrapsychiques" qui place la violence dans le sujet, et même dans son "inconscient". Puis pour chercher du côté du stress post-traumatique, et insister pour identifier la similarité des stress et de leurs conséquences, qu'il s'agisse de la guerre ou des violences "ordinaires".
Ton travail si novateur est une véritable révolution, et j'espère que nous allons toutes la faire connaître. 
Merci encore, toutes les féministes te doivent un grand merci, merci pour ton humanité, qui est la source vivante de ton insatisfaction avec des théories qui laissent les victimes sans compassion ni réparation. 

le 30 avril 2013


Christine Delphy est une auteure (entre autre de Classer, dominer : qui sont les autres La Fabrique, 2008 ; Un universalisme si particulier, Féminisme et exception française Syllepse, 2010) et une chercheuse du CNRS depuis 1966, dans le domaine des études féministes ou études de genre. Elle est une des cofondatrices de Nouvelles Questions Féministes, une revue qui introduit entre autres le courant intellectuel de féminisme matérialiste et le concept de genre. 
Le blog de Christine Delphy : http://delphysyllepse.wordpress.com





 Chronique d'Alain Renon sur Le livre noir des violences sexuelles dans Livre France   de RFI 89 FM (actualité des livres) postée le 05 mai 2013, avec une interview de 9:40 à écouter ICI

Viols, incestes, agressions… La législation française est aujourd'hui très précise et le code pénal particulièrement répressif. Pourtant, plus de neuf victimes de viol ou de tentative de viol sur dix n'osent pas dénoncer les violences qu'elles ont subies. Par peur de l'agresseur, un proche dans 80 % des cas ; par manque d'accueil médical et social, tant les lésions et les symptômes de ces atteintes profondes à l'intégrité physique et psychique restent méconnues et minimisées. À tel point que moins d'un viol sur trente fait l'objet d'un procès et un sur cent, à peine, d'une condamnation, le plus souvent en correctionnelle, après requalification des faits en 'simple' délit d'agression.
Cette minimisation et banalisation du crime de viol, la plus grave des violences sexuelles - reconnue, depuis 2008, comme une arme de guerre par l'ONU - n'est évidemment pas une particularité judiciaire. C'est l'une des traductions du déni général, social et politique, des violences sexuelles, déplore la psychiatre et psychotraumatologue Muriel Salmona (*). La loi a beau être de plus en plus pointue (définition pénale du crime de viol en décembre 1980 ; jurisprudence du viol conjugal au début des années 90...), le viol reste, en France, comme dans de nombreux pays occidentaux, le « crime presque parfait ».
D'où ce Livre noir, qui, implacablement, renvoie la société française, ses responsables politiques et institutionnels, à leurs dénis. À commencer par le plus terrible : celui des blessures infligées aux victimes de violences sexuelles. Chercheuse et clinicienne, Muriel Salmona expose ainsi avec limpidité et précision les conséquences d'un viol, équivalent, en degré d'atteinte à la personne, à une torture : même sidération et même nécessité de disjonction cérébrale, face à la peur de mourir, puis même mémoire traumatique, qui faute de soin, fait revivre le calvaire à l'identique, à l'occasion d'un mot, d'un geste, d'une odeur, d'une couleur... liée à l'agression. (…) Pour lire la suite cliquez ICI


http://www.rfi.fr/emission/20130505-le-livre-noir-violences-sexuelles-muriel-salmona-editions-dunod-2013 




Article de Sabine Panet dans le magazine féministe belge axelle du mois de mai n° 139


Muriel Salmona
Les violences ne sont pas une fatalité!

Dans notre société, les violences sont niées et les victimes sont culpabilisées, constate la docteure Muriel Salmona, spécialiste des traumatismes et auteure d’un livre très intéressant sur le sujet. Les violences sont pourtant à l’origine de souffrances, de maladies, d’inégalités, d’exclusion et de nouvelles violences. Soigner et prévenir sont donc des urgences absolues !

Rencontrer Muriel Salmona, c’est, tout à coup, y voir clair. Les histoires récupèrent du sens, les souffrances se comprennent et peuvent s’apaiser. Du secret de son cabinet médical jusqu’aux plus grandes institutions, Muriel Salmona traque les violences, explique et soigne les psychotraumatismes (1). “C’est la violence qui génère la violence, et non la condition humaine”, explique cette femme révoltée, mais jamais fataliste.

MALADIE MENTALE ET VIOLENCES

Le père de Muriel Salmona est décédé d’un cancer de l’oesophage à 48 ans, “un suicide programmé”, raconte-t-elle, en parlant d’un cocktail mortifère associant alcool et tabac. Dans la famille de Muriel, “personne ne s’est demandé pourquoi il s’était conduit ainsi”. Muriel en est sûre : il est mort de son histoire, entre violences intrafamiliales et guerre d’Indochine. Devenue médecin, Muriel se spécialise en psychiatrie.
C’est le choc : pensant mettre en oeuvre une vision de la maladie mentale centrée sur la personne, elle découvre un univers brutal d’enfermement et de déshumanisation. La psychanalyse, qui ne travaille pas le lien entre les symptômes et les violences et qui défend la vision freudienne de la sexualité, ne lui offre pas non plus de réponse satisfaisante. Au fur et à mesure de son expérience clinique et alors que le concept militaire du “stress post-traumatique” commence à être appliqué aux civils (2), elle réalise que les violences subies sont à l’origine de la plupart des troubles psychiques. “Les symptômes, aussi incompréhensibles qu’ils puissent paraître, obéissent à une logique qu’il faut découvrir et comprendre pour pouvoir les soigner.” (…) Pour lire la suite cliquez ICI







Article de Sandrine Goldschmidt publié sur son blog À dire d'elle : Evènement : Sortie du "livre noir des violences sexuelles" de Muriel Salmona à lire ICI
"C’est demain que sort en librairie le livre attendu de Muriel Salmona, psychiatre psychotraumatologue et Présidente de l’Association mémoire traumatique et victimologie. Le livre noir des violences sexuelles qui sort chez Dunod est un indispensable pour comprendre la violence du monde qui nous entoure envers les femmes et les enfants.
Récemment, Muriel expliquait qu’elle avait déjà transmis le livre à Najat Vallaud-Belkacem, la ministre des droits des femmes, et que celle-ci avait été particulièrement marquée par l’ampleur des violences sexuelles faites aux enfants. C’est en effet un des plus grands intérêts de l’ouvrage de Muriel, montrer l’ampleur des violences sexuelles subies, et leurs conséquences pour les victimes, et pour la société. A la fois, il explique comment surviennent les violences et la mémoire traumatique dans un contexte de domination patriarcale :  de pères -et parfois de mères, qui possèdent leur enfant comme leur chose et ne lui permettent pas de se construire comme une personne libre et indépendante. C’est à ce moment là que se construit la perversion suprême : celle qui consiste à désigner comme coupable des violences qu’ils subissent, et coupables des crimes et dysfonctionnements de leur parents des enfants qui ne sont bien évidemment coupables de rien, et au final seulement responsables d’être venu-e-s au monde, et d’exister. Montrer l’ampleur des violences et en particulier des violences sexuelles qu’ils subissent, permet de comprendre comment le système oppresseur peut se perpétuer." (…) Pour lire la suite cliquez ICI


Note de lecture de Emelire publié sur son blog Le féminin l'emporte : Le livre noir des violences sexuelle de Dr Muriel Salmona, à lire ICI
Si le sujet vous concerne ou vous intéresse, si vous travaillez ou militez en contact avec les autres, dans le social, l'éducatif ou la santé, alors la lecture de ce livre sera vraiment très utile. Il est technique mais mis à la portée de tout le monde. Ce n'est pas un récit de violences, mais parle des conséquences des violences, et de leur possible traitement, de l'intérêt de la prise en charge. 
Je trouve qu'il participe aussi du projet de société plus égalitaire, plus humaine, et qui se propose d'offrir à chacun-e une meilleure qualité de vie. (…) Pour lire la suite cliquez ICI




Note de lecture de Didier Epsztajn sur le livre noir des violences sexuelles publié sur son blog Entre les lignes entre les mots : La liberté s'épanouit que dans les espaces ou les doits de toutes et tous sont garantis et sont universels, à lire ICI
Je n’ai pas de connaissances médicales, aussi je ne saurais présenter les analyses sur les éléments précis d’enregistrement et de mémoire dans le fonctionnement du cerveau. Il en sera probablement de même pour bien des lectrices et des lecteurs, mais cela ne devrait pas être un obstacle à la compréhension des conséquences psychotraumastiques des violences subies, des blessures psychiques.
En introduction, Muriel Salmona part de son expérience, de sa révolte contre « l’indifférence et l’insensibilité » et le « déni des violences et le désaveu des souffrances des victimes ». Elle souligne que les violences sont un problème de santé publique ignoré par le corps médical et que les violences sexuelles « qui touchent plus spécifiquement les femmes et les enfants sont les plus taboues, les moins repérées et les plus fréquentes, plus de 20% des femmes en subissent au cour de leur vie ». Déni que partagent les médecins qui « adhérent aux stéréotypes, à la loi du silence et au déni que la société véhicule sur les violences sexuelles ».  (…) Pour lire la suite cliquez ICI



Note de lecture sur Le livre noir des violences sexuelles  sur le blog My BOOX : Une psychiatre tire la sonnette d'alarme
La violence sexuelle, conjugale et familiale touche des millions de personnes chaque année et n’est pourtant que très peu prise en charge par les institutions. Une réalité qu’analyse et dénonce la psychiatre Muriel Salmona dans son livre. Dans Le Livre noir des violences sexuelles (Dunod), la psychiatre, spécialisée dans la clinique des psychotraumatismes Muriel Salmona, fondatrice de l’association "Mémoire traumatique et victimologie" lève le voile sur une réalité silencieuse et désertée par les acteurs médico-sociaux et politiques : la violence sexuelle. (…) pour lire la suite, cliquez ICI


Note de lecture de Jeunes Violences Ecoute : Le Dr Muriel Salmona publie "Le livre noir des violences sexuelles", dans lequel, à travers le témoignage de sa pratique de médecin et de thérapeute et ceux de victimes, elle dénonce l’inadéquation de la prise en charge réelle des victimes avec les besoins...
Livre de révolte, il se centre sur les nombreux « ratés » que peuvent subir les victimes de violences sexuelles dans leurs demandes d’aide et de soins, et tente de dégager quel type de prise en charge est le plus adapté aux cas de psychotraumatismes d’origine sexuelle avec l’objectif d’améliorer les politiques sanitaires et les pratiques de soins avec les victimes de violences sexuelles. 
Le Dr Salmona est psychiatre et psychothérapeute, spécialisée en psychotraumatologie et en victimologie. Dr Muriel Salmona, Le livre Noir des Violences Sexuelles, éditions Dunod, parution le 10 avril 2013
Le site Jeunes Violences Ecoute est un site d'information sur les violences scolaires, les injures, le racket, le harcèlement, les agressions sexuelles… avec des forums, des vidéos, des ressources et un n° d'appel gratuit et anonyme 0808 807 700 http://www.jeunesviolencesecoute.fr





Dans l'article de Martin Dufresne : Viol - Dans un party près de chez nous posté le 8 mai 2013 sur le site Sisyphe.org mon livre : Le livre noir des violences sexuelles est commenté :
"Dans Le livre noir des agressions sexuelles (Dunod, 2013) (3, la psychiatre Muriel Salmona déplore, non seulement des statistiques dévastatrices (une femme sur trois sera agressée par un ou des hommes au cours de sa vie), mais ce qu’elle appelle une « trahison médicale et psychiatrique des victimes ». Elle les voit abandonnées à elles-mêmes après une prise en charge déficiente et culpabilisante, qui l’a scandalisée lors de son internat, en France.
L’auteure a choisi de faire de leur vécu – femmes et hommes – la clé de sa pratique, au sein notamment de l’association Mémoire traumatique et Victimologie. Cela démarque son livre des discours experts traditionnels et en fera, j’espère, un best-seller auprès des laissées pour compte du système."
Pour lire l'intégralité de l'article cliquez ICI

Différents commentaires sur Le livre noir des violences sexuelles postés sur FB ou reçus par mail :


  • MERCI MURIEL. VOTRE LIVRE EST ABSOLUMENT UNE REVELATION POUR MOI....



  • J'ai terminé "Le livre noir des violences sexuelles" du Dr Muriel Salmona,cet après-midi.Des vomissements,des larmes au fil de la lecture échelonnée sur plusieurs jours; il faut faire des pauses. A travers des phrases, des mots,je prend conscience que je ne suis ni "la petite fille sale et anormale",ni l'adulte indigne qui ne "méritait que ça", qui "avait sans aucun doute provoqué quelque chose chez le criminel pour subir " plusieurs fois ce calvaire. La nausée et le sentiment d'être un déchet ne me quitteront sans doute jamais mais au moins ils en deviennent plus acceptables. Pour nous tous MERCI infiniment Muriel ♥ (22 avril 2013)



  • je viens de lire le début de votre livre, qui me fait sortir de mon lit ! J'aimerai tellement vous rencontrer, enfin quelqu'un qui comprend notre mal être ! qui comprend tout ! absolument tout, je n'ai pas tout lu, mes larmes coulent , coulent, tellement çà fait du bien se sentir entendues et comprises, grâce à votre livre, je vais pourvoir revivre, et montrer, à tous ceux que ne comprennent pas, ce que l'on peut ressentir, que je ne suis pas la seule.. non je ne suis pas toute seule, tout ce que vous dites est tellement vrai. on a l'impression d'être enfin entendue comprise, je suis désolée, je dois me répéter, je suis tellement émue, et soulagée en même temps ! je voudrais acheter votre livre en plein d'exemplaire et l'offrir à tous ceux que ne m'ont pas comprise ! pendant toutes ces années.. Merci un grand merci, et tous mes respects... (21 avril 2013)



  • Merci pour ce beau partage. Votre livre a été une bénédiction pour moi. La justesse et la force des mots ont été comme un lien, une synthèse, une ressource qui accompagnent la libération du passé. (21 avril 2013)



  • Je viens juste de recevoir le mien que j'ai commandé chez Felix le tabac journaux du coin. et parce que j'aurais profondément aimé discuter plus avant de tout ce qui pèse entrave mon existence depuis le jour de ma naissance et peut-être avant . Au hasard j'ai ouvert ton Livre Noir ! et le chapitre " La mémoire traumatique chez les très jeunes enfants "...Je me dissociais tant qu'a l'age de 6 ans on m'a fait un électroencéphalogramme , j'avais la capacité à vivre dans une bulle en dehors des autres , quand on me parlait je n'entendais plus ni ne percevait les autres a un tel point qu'ils se demandaient si j'étais "normale " Mais cet électro n'a rien donné de ça je me souviens parce que pour cet examen on posait une sorte de plâtre dans les cheveux , et avec mes mains j'en ai enlevé des morceaux ....Merci Muriel Merci

  • Splendide, ton livre déjà rayonnait dans les mains (dans les bras je devrais dire) d'une des femmes du groupe de parole ce soir !!! elle l'a spontanément conseillé à toutes les participantes du groupe, il a circulé comme une merveille, certaines ont pris le titre, d'autres le connaissaient déjà !!!je n'ai pas eu le temps de te le dire, et si je ne peux le faire demain (je finirai peut-être à l'heure pour pouvoir me joindre à voues, merci de m'inviter) je te le dis : ton travail est EXCEPTIONNEL, ton engagement auprès des victimes est une vraie traînée de poudre dans les barils de silence qui existent partout, et tu donnes le véritable espoir d'une révolution d'en bas, de la "base" comme on dit, celles qui inventent par elles-mêmes les théories "d'en-haut" (je l'ai encore vérifié par une des femmes que je suis) comme les thèses sur la psychologie des victimes de torture de Françoise Sironi ou les tiennes !! Et tes concepts passent, une des femmes du groupe de parole ce soir, face à une qui disait "Et je n'ai pas dit non à mon frère, je n'ai rien fait", a immédiatement dit "tu étais sidérée". Bref, en fait des dizaines de pages d'anecdotes ne pourraient rendre compte du bien que tu fais aux femmes jusque là seules face aux violences masculines MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI

  • je suis en train de te lire, je découvre un parcours d'enfant, puis de jeune femme puis de femme, touchant, plein de détermination, et très lucide politiquement , bravo.., .je suis époustouflée par ton livre, et très honorée de te connaître (19 avril 2013)

  • acheté et j'ai déjà été frappé par la clarté des explications, comme toujours.

  • À peine reçu et déjà lu. Pour toutes les victimes, merci.  Simplement.

  • Les larmes coulent au fil de la lecture.....Ca sort et ça fait du bien... Merci Muriel

  • Ai commencé a lire "Le livre noir des violences sexuelles" du Dr Muriel Salmona, comment dire...les larmes coulent au fil de la lecture...A travers ces lignes,je prend vraiment conscience que certains de mes comportements et ma façon d'être ne sont peut être pas aussi "anormaux" que cela... Pour toutes les victimes, tout simplement MERCI Muriel!!!

  • Merci de m'avoir tenu au courant de la parution de votre livre que je viens d'acheter et que je suis entrain de lire. J'ai apprécié tout particulièrement la manière rare dont vous parlez de vous au début du livre, alors que vous partagez votre sensibilité à l'être humain et que vous l'assumez totalement, dans un monde endurci qui parce qu'il banalise les traumatismes, laisse à confondre juste sensibilité et sensiblerie.Ça me fait du bien de vous sentir dans cette "justesse", nous en avons tous bien besoin, et je suis persuadé que les choses changeront peu à peu à l'avenir grâce à des personnes qui assumeront l'humain dans sa totalité. (05 mai 2013)

  • Merci pour ce travail extraordinaire de défrichage et de dénonciation des horreurs d’une société complice. Merci pour éclairer nos chemins de votre courage, de votre intégrité et de votre parole juste.

  • Excellent livre sur les violences sexuelles. C'est un véritable scandale de santé publique et on n'en parle pas assez. Parlez-en. (15 avril 2014)

  • C'est un livre éprouvant ,sensible et si VRAI , il est riche en information en apprentissage sur l'impact du viol , j'espere qu'il contribuera à ouvrir les consciences...Je le recommande chaudement. (20 avril 2013)

  • Oui Muriel comme on le dit un peu familièrement vous avez secoué le cocotier ... Comme l' on voudrait que votre livre intégré toutes les instances judiciaires, policières , des pros de la santé , et des proches des victimes ...

  • bin mes zamix ça fait 16 ans que je bosse sur les violences sexuelles arrêtez tout pour lire cette somme que je viens de terminer #ChefDoeuvre #Genial #YaTout bravo Muriel Salmona !!!! (6 mai 2013)


  • C'est très clair, convaincant, un espoir pour toutes les personnes victimes de violences, une compréhension de ce qui peut leur paraître "incompréhensible" comme les conduites anesthésiantes (paradoxale ou de revictimation). Merci au Dre Muriel Salmona pour son travail et toute mon amitié. (6 mai 2013)

  • BRAVO et MERCI Muriel - Enfin quelqu'un qui nous comprend ! Je suis une "rescapée de l'inceste". Après 60 ans de combat pour "rester debout" malgré la cruauté de ceux qui m'ont "malmenée" plutôt que de chercher à comprendre et m'aider - j'entends et je lis enfin des paroles sensées en ce qui concerne l'inceste, le viol et leurs conséquences sur les victimes !!! Enfin une personne Humaine et dotée d'empathie qui se bat pour nous défendre au lieu de nous enfoncer davantage la tête sous l'eau ! Je vous en supplie, vous tous, du milieu de la santé et peut-être encore plus de la justice, écoutez-la, ainsi bien des souffrances et de nouvelles injustices seront évitées ! Merci. (5 mai 2013)

  • Chapeau quel beau travail Oui vraiment génial Bon ON PARTAGE AVEC ALLÉGRESSE alors, Merci Muriel tu es une VISIONNAIRE ! Et une Docteure qui je l'espère fera beaucoup d'émules ... si l'empathie se transmet aussi.  (6 mai 2013)

  • un livre qui en dit...beaucoup et qui apporte une grande compréhension! écrit par une femme admirable et très compétente!!! (7 mai 2013)

  • Merci pour l'émission d'hier (Le Mouv' l'émision de Giulia Fois sur Les violences sexuelles et la loi du silence)! D'avoir donner la parole aux victimes et au Dr Salmona. Son livre décrit avec une telle lucidité les mécanismes de la mémoire traumatique et les conséquences des violences sexuelles, qui sont totalement NIEES et MECONNUES par le monde médical, judiciaire, éducatif... Son travail est un support inestimable pour les victimes de violences. (8 mai 2013)