samedi 16 juillet 2016

Article Dre Muriel Salmona : Quelle prise en charge pour les personnes traumatisées par les attentats ? Comment prendre soin d’elles, les soutenir et les comprendre ?


Quelle prise en charge pour les personnes traumatisées par les attentats ?


Comment prendre soin d’elles, les soutenir et les comprendre ?



Dre Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie

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Passé l’état de choc émotionnel des premiers jours, que toutes les victimes et leur entourage ont ressenti, que va-t-il se passer pour ces personnes dans les semaines, les mois, voire les années qui viennent ? Comment prendre soin d’elles ? Comment soutenir les victimes, leurs familles, mais aussi les témoins de ces attaques ? 

La prise en charge psychologique de toutes les personnes impactées par les attentats  est essentielle. 

Les actes terroristes atroces perpétrés sont des événements extrêmement traumatisants pour toutes les personnes qui en ont été victimes et toutes celles qui ont été impliquées plus ou moins directement : leurs proches, celles qui les ont secouru ou ont été témoins extérieurs des attentats, sans oublier toutes celles qui ont déjà vécu des actes criminels et dont le traumatisme se réactive, voire même toutes celles qui ont été exposées à des images traumatisantes et des informations stressantes en boucle.

Les traumatismes psychiques sont de véritables blessures neuro-psychologiques entraînant de grandes souffrances. Ils nécessitent une prise en charge immédiate, ce qui est en général proposé en urgence dans le cadre des cellules d’urgences médico-psychologiques.

Mais les troubles psychotraumatiques s’installent fréquemment dans la durée, parfois pendant des années, parfois de façon décalée, avec de lourds  retentissements sur la santé des personnes traumatisées. Il est alors impératif de continuer à les accompagner et à leur apporter des soins spécialisés.

Réanimer psychologiquement les victimes

Dans un premier temps, les personnes traumatisées ont besoin d’être secourues, sécurisées et protégées de tout stress. Il faut apaiser leur détresse et les sortir de leur état de choc et de sidération. Il s’agit de les réanimer psychologiquement, de les aider à retrouver le cours de leur pensée qui s’est interrompu au moment du trauma, de leur parler, de les réconforter  et de les ramener dans le monde des humains.

 Elles ont également besoin d’être entendues, soutenues et comprises. Il est important qu’elles puissent partager leurs émotions, leurs craintes, leurs questionnements en toute sécurité sans être culpabilisées, et en respectant leur rythme, sans ressentir qu’elles gênent ou sont inadéquates. De plus, elles ont besoin d’être informées sur les impacts traumatiques et de savoir que leurs réactions sont normales et universelles en cas de situations de violences aussi extrêmes.

Le temps pour se libérer d’un tel traumatisme, pour apaiser une douleur morale si massive, et très fréquemment un sentiment de culpabilité et d’impuissance torturant (syndrome du survivant), est un temps de réparation et d’intégration psychique, qui ne peut pas faire l’économie d’un travail d’élaboration et de mise en mots et sens sur tout ce qui a été vécu et ressenti au moment des attentats et après, sur ce qui s’est passé, sur les terroristes et leurs stratégies, sur les contextes socio-politiques.

Un long et très lourd travail de deuil est à mener également.

Le traumatisme, une bombe à retardement

Or il est rare que les victimes bénéficient longtemps de cet accompagnement, souvent l’entourage, au bout de quelques semaines, ne tient plus compte  des traumatismes et de la douleur morale des victimes, elles se retrouvent fréquemment seules avec des symptômes psychotraumatiques qui ne se font pas oublier et continuent à les envahir, particulièrement avec la mémoire traumatique et son cortège de flash-backs, réminiscences, cauchemars traumatiques, comme si les attentats étaient encore en train de se produire telle une torture sans fin. 

Il est essentiel de ne pas confondre la guérison du traumatisme et l’oubli, la cicatrice douloureuse de l’évènement monstrueux restera mais la victime ne revivra plus celui-ci à l’identique avec la même détresse, la mémoire traumatique aura fait place à une mémoire autobiographique.

La connaissance des conséquences psychotraumatiques et de leurs mécanismes est indispensable

D’où l’importance que tout le monde soit informé précisément de qu’est un traumatisme psychique, des mécanismes à l’œuvre et des conséquences sur la vie des victimes, seul moyen de comprendre la souffrance et les réactions des victimes traumatisées, et d’être le plus bien-traitant et aidant possible. Les proches doivent avoir les outils pour comprendre, que toutes les réactions traumatiques de la victime, particulièrement les  phénomènes de sidération, de mémoire traumatique et de dissociation comme nous allons le voir, sont normales.

Les atteintes neurologiques sont à l’origine d’une mémoire traumatique (flashbacks, réminiscences intrusives, cauchemars...),qui peut se réactiver, parfois des mois ou des années après les attentats si une prise en charge adaptée n’est pas mise en place le plus tôt possible.

Cette mémoire traumatique est une véritable bombe à retardement qui, au moindre lien rappelant l’évènement traumatique, fait revivre à l’identique les pires moments comme une machine à remonter le temps incontrôlable : un cri, un bruit soudain, une détonation, des sirènes de véhicules de secours, une douleur, la vue ou l’odeur du sang ou de la poudre, etc., et la personne traumatisée est envahie par des images de l’attentat, des bruits, des douleurs, un état de panique avec une sensation de mort imminente. 

C’est très violent, il s’agit d’une véritable torture qui peut se déclencher à tout moment transformant la vie des traumatisés en terrain miné et les obligeant à mettre en place de stratégies de survie très coûteuses et très impactantes pour leur santé. Mais cette mémoire traumatique peut se désamorcer et être transformée, grâce à un traitement spécifique, en mémoire autobiographique.

La douleur peut se réactiver longtemps après

Pour les personnes traumatisées, le temps n’est donc pas celui des médias, ni de toutes les personnes qui les entourent. C’est le plus souvent quand tout le monde cesse d’y penser, que leur douleur, qui était anesthésiée du fait d’un mécanisme de survie neuro-biologique (la dissociation traumatique) va se réactiver.

Ce décalage dans le temps va les mettre en porte-à-faux avec leur entourage, qui n’aura plus la disponibilité qu’il avait au moment des attentats, et qui ne fera pas forcément le lien entre ce mal être et les événements traumatiques.

Les victimes peuvent se sentir isolées et abandonnées

Les victimes traumatisées, si elles n’ont pas été bien informées ainsi que leurs proches, courent le risque de se retrouver seules avec une effroyable souffrance, sans en comprendre l’origine (le lien peut être difficile à faire à distance), sans la protection, le réconfort, la compréhension, les soins et l’accompagnement nécessaire, en grand danger donc.

La réactivation peut parfois se faire des mois ou des années après le trauma. Pendant ce temps, les personnes sont déconnectées de leur souffrance par une anesthésie à la fois émotionnelle et physique. Il y a peu de signes extérieurs pouvant alerter un non-professionnel, elles n’ont qu’un sentiment de vide, d’être spectatrices de leur vie, et peuvent penser que finalement tout va plutôt bien et qu’elles n’ont pas besoin de soin, ni de soutien : rapidement l’entourage ne va plus se préoccuper d’elles.

les troubles psychotraumatiques sont des réactions normales à des situations hors-normes et traumatisantes

Les troubles psychotraumatiques (dont fait partie l’état de stress post-traumatique) sont des conséquences normales et universelles des violences qui s’expliquent par la mise en place de mécanismes neuro-biologiques et psychiques de survie à l’origine d’une mémoire traumatique. Les atteintes sont non seulement psychologiques, mais également neurologiques avec des dysfonctionnements importants des circuits émotionnels et de la mémoire qui sont visibles sur des IRM.

Les phénomènes de mémoire traumatique permettent de comprendre qu’il est impossible pour les victimes de prendre sur elles, d’oublier, de passer à autre chose, de tourner la page, comme on le leur demande trop souvent… Il est important d’expliquer à l’entourage que lorsque cette impressionnante mémoire traumatique sera traitée et transformée en mémoire autobiographique, la victime pourra se remémorer les violences sans les revivre. En attendant les proches doivent être patients, et ne pas paniquer pour ne pas aggraver la détresse de la victime.

Il est donc utile de rappeler que la gravité de l’impact psychotraumatique n’est pas lié à une fragilité psychologique de la victime mais à la monstruosité de l’agression, au caractère particulièrement terrorisant et inhumain des violences, à l’impuissance totale ressentie ainsi qu’à la mise en scène terrorisante et à l’intentionnalité destructrice et la haine des terroristes qui créent une effraction psychique et un état de choc.

Une sidération qui paralyse les victimes

Avoir été exposé, que l’on soit blessé physiquement ou non, à l’effroi, à la volonté de destruction inhumaine des terroristes, et à l’impuissance face à la mort, la détresse semée de façon aussi implacable autour de soi génère une effraction psychique et un état de sidération qui paralyse les représentations mentales et l’activité du cortex cérébral chargé d’intégrer.

Ces personnes en état de choc traumatique se retrouvent soit pétrifiées, dans l’impossibilité de bouger, de crier, de réagir, soit en pilote automatique avec des réactions plus ou moins adaptées qu’elles peuvent se reprocher (ou qu’on leur reproche) alors que ce sont des réactions traumatiques normales . 

Cette sidération rend impossible de contrôler l’activité de la structure cérébrale à l’origine de la réponse émotionnelle et de la production d’hormones de stress (adrénaline et cortisol). Cette petite structure sous-corticale - l’amygdale cérébrale - est une structure archaïque de survie, une alarme qui s’allume lors d’un danger et qui reste en activité tant que le danger perdure. Elle ne peut être modulée ou éteinte que si la personne est en sécurité ou si elle analyse et contrôle la situation. 

La sidération avec la paralysie des fonctions supérieures rend impossible cette modulation, la réaction émotionnelle rapidement devient extrême (stress dépassé) avec des sécrétions d’adrénaline et de cortisol de plus en plus importantes qui représentent un risque vital cardiologique et neurologique pour l’organisme (des taux très élévés d’adrénaline sont cardio-toxique, on peut mourir de stress extrême, et des taiux très élévés de cortisol sont neuro-toxiques avec des atteintes neuronales). 

Une disjonction de survie qui produit une dissociation traumatique et une mémoire traumatique

Comme dans un circuit électrique en survoltage, pour éviter que tout ne grille, le cerveau va mettre en place un mécanisme de survie exceptionnel en faisant disjoncter le circuit émotionnel et en isolant la petite structure sous-corticale à l’origine du stress extrême : l’amygdale cérébrale. 

Lors de cette disjonction, un cocktail morphine-kétamine inonde l’organisme, et la personne se retrouve déconnectée de ses émotions et de sa perception de la douleur, elle est anesthésiée comme spectatrice de la situation traumatique qui paraît irréelle : c’est ce qu’on appelle un état de dissociation traumatique. La disjonction interrompt également le circuit de la mémoire et empêche la mémoire émotionnelle et sensorielle d’être intégrée et différenciée par une autre structure cérébrale essentielle : l’hippocampe (structure cérébrale qui est le système d’exploitation de la mémoire, des apprentissages et des repérages temporo-spaciaux). Cette mémoire émotionnelle va rester piégée dans l’amygdale cérébrale, c’est ce qu’on appelle la mémoire traumatique. 

C’est cette mémoire traumatique brute, bloquée dans l’amygdale cérébrale, non intégrée, non différenciée, qui, au moindre lien rappelant les violences, les fera revivre à la victime à l’identique comme une machine à remonter le temps, avec les mêmes images atroces, les mêmes cris et tirs entendus, les mêmes émotions telles que la terreur, la détresse et le désespoir, un état de panique avec une sensation de mort imminente et les mêmes perceptions qui leurs sont rattachées (images, odeurs, bruits, paroles, cris, douleurs). Par exemple des cris, un pétard qui explose pourra déclencher une attaque de panique, de même la vue du sang, les sirènes des véhicules de secours, la vue d’un camion, etc. Cette mémoire traumatique colonisera la victime et transformera sa vie en un terrain miné, avec d’intenses souffrances et des sensations de danger permanent

Une dissociation traumatique trompeuse
  
Les personnes traumatisées, tant qu’elles restent exposées au stress, au danger, ou à son rappel omniprésent vont dans l’ensemble rester dissociées et anesthésiées, comme le décrit si bien dans un article le journaliste Philippe Lançon qui a été victime de l’attentat du 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo. Pendant la période de dissociation les victimes paraîtront distanciées, déconnectées voire même indifférentes, et elles ne ressentiront pas les allumages de leur mémoire traumatique qui sera elle aussi, comme anesthésiée.  

Ces phénomènes de dissociation traumatiques que présentent souvent les victimes peuvent être trompeurs et faire croire que la victime ne va pas si mal puisqu’elle a l’air calme, détachée, voire même parfois elle peut être souriante comme si rien de grave ne s’était passé. Cet état discordant avec la situation traumatique doit alerter, il est l’indice d’un état de dissociation et d’un traumatisme majeur. L’état dissociatif ne signifie pas que la personne n’est pas en état de détresse, elle est privée de ses émotions et ne peut pas les exprimer. La dissociation n’empêchent nullement d’être traumatisée, et c’est même le contraire, les victimes dissociées ont une tolérance aux violences et à la douleur qui font qu’elles ne pourront pas se protéger au mieux de situations dangereuses, et qu’elles seront encore plus traumatisées, avec une mémoire traumatique qui se rechargera d’autant plus, se transformant en une bombe à retardement. Parfois l’état dissociatif est tel que les personne peuvent être stuporeuses, totalement confuses et désorientées, amnésiques, sans notion du temps qui s’écoule, elles peuvent faire des «fugues» dissociatives et errer sans savoir qui elles sont, et où elles sont.

Ces symptômes dissociatifs s’installent parfois durant une longue période, et font que l’entourage peut avoir du mal à reconnaître les victimes, elles semblent avoir changé totalement de personnalité (elles peuvent paraître étranges, difficiles à comprendre, avec des comportements paradoxaux). Comme nous l’avons déjà expliqué ces symptômes dissociatifs conduisent l’entourage des victimes à sous-estimer leur souffrance et l’intensité de son traumatisme, et à ne pas ressentir d’émotion face à elle, les processus d’empathie (par l’intermédiaire des neurones miroirs) étant désactivés par la dissociation traumatique. La dissociation est souvent perçue par les proches, comme de la résilience et les proches vont considérer qu’il n’y a plus de traumatisme, ce qui les rend moins compatissants et plus exigeants, voire facilement agacés devant des absences de réactions et des troubles cognitifs qui peuvent être pris pour de l’indifférence ou de la mauvaise volonté. Les personnes dissociées peuvent alors subir un véritable harcèlement psychologique avec des remarques désagréables et blessantes incessantes pour les faire  réagir.

Pour éviter cela, il faut aider les proches à prendre en considération que la souffrance et la détresse de la victime sont rendues inaccessibles par la dissociation et qu’il est nécessaire de les reconstruire mentalement. Connaître le processus d’absence d’activation des neurones miroirs face à une personne dissociée, permet de l’identifier et de lutter contre cette anesthésie émotionnelle et cette indifférence induite, de comprendre qu’au contraire il faut encore plus s’inquiéter pour elles, puisque cela signifie qu’elles sont très traumatisées. 

Une mémoire traumatique explosive

Mais, quand la personne sort de son état dissocié (le plus souvent parce qu’elle est à distance et protégée de tout stress important) que la souffrance l’envahit et que sa mémoire traumatique (qui n’est plus anesthésiée par la dissociation) risque fortement d’exploser, déclenchant des réactions émotionnelles exacerbées (détresse, état d’agitation et de panique, sensation de mort imminente, douleurs). C’est important que l’entourage comprenne qu’il s’agit encore d’un processus psychotraumatique normal, et que la victime ne devient pas folle, ni «hystérique». 

Cette mémoire traumatique colonisera la victime et transformera sa vie en un terrain miné, avec d’intenses souffrances et des sensations de danger permanent, l’obligeant à mettre en place des stratégies de survie coûteuses, épuisantes et souvent handicapantes.

Sans une prise en charge adaptée, sans soutien et protection, ces troubles psychotraumatiques peuvent durer des années, des dizaines d'années, voire toute une vie. Ils sont à l’origine d’une très grande souffrance mentale et d’un possible risque vital (suicide, conduites à risque, accidents, maladies). Ils ont un impact considérable démontré par les études internationales que ce soit sur leur santé mentale (troubles anxieux, dépressions, troubles du sommeil, troubles cognitifs, troubles alimentaires, addictions, etc.), ou physique (troubles liés au stress et aux stratégies de survie), et leur qualité de vie.


Différentes stratégies de survie : évitement, hypervigilance, conduites addictives, mises en danger

 Si elles ne sont pas prises en charge et si aucun lien n’est fait alors avec le trauma, elles vont être condamnées à mettre en place des stratégies de survie de deux types : 

  • des conduites d’évitement et de contrôle pour éviter toute explosion de mal-être, 
  • et des conduites dissociantes pour anesthésier ces ressentis liés à la mémoire traumatique avec des drogues, de l’alcool ou des mises en danger et des conduites à risque.

Les conduites d’évitement et de contrôle de l’environnement se présentent sous la forme de phobies et de troubles obsessionnels compulsifs (toutes les situations et les lieux qui peuvent être susceptibles de déclencher la mémoire traumatique sont très anxiogènes et sont évités), et d'hypervigilance (avec une sensation de danger permanent, un état d'alerte, une hyperactivité, une difficulté à dormir, une irritabilité et des troubles de l'attention), avec une grande intolérance au stress. Les victimes, particulièrement quand elles sont des enfants, essaient de se créer un monde sécurisé parallèle où elles se sentent en sécurité, qui peut être un monde physique (comme sa chambre, entouré d’objets, de peluches ou d’animaux qui les rassurent) ou mental (un monde parallèle où elles se réfugient continuellement). Toute situation de stress est à éviter, il est impossible de relâcher sa vigilance, dormir devient extrêmement difficile. Tout changement sera perçu comme menaçant car mettant en péril les repères mis en place et il mettra en place. Ces conduites d’évitement et de contrôle sont épuisantes et envahissantes, elles entraînent des troubles cognitifs (troubles de l’attention, de la concentration et de la mémoire) qui ont souvent un impact négatif sur la scolarité et les apprentissages.

Les conduites dissociantes servent à provoquer « à tout prix » une disjonction pour éteindre de force la réponse émotionnelle en l’anesthésiant et calmer ainsi l'état de tension intolérable ou prévenir sa survenue. Cette disjonction provoquée peut se faire de deux façons, soit en provoquant un stress très élevé qui augmentera la quantité de drogues dissociantes sécrétées par l'organisme, soit en consommant des drogues dissociantes (alcool, stupéfiants).  

Ces conduites dissociantes sont des conduites à risques : conduites auto-agressives (se frapper, se mordre, se brûler, se scarifier, tenter de se suicider), mises en danger (conduites routières dangereuses, jeux dangereux, sports extrêmes, conduites sexuelles à risques, situations prostitutionnelles, fugues, fréquentations dangereuses), conduites addictives (consommation d'alcool, de drogues, de médicaments, troubles alimentaires, jeux addictifs), des conduites délinquantes et violentes contre autrui (l'autre servant alors de fusible grâce à l'imposition d'un rapport de force pour disjoncter et s'anesthésier). Les conduites à risques sont donc des mises en danger délibérées recherchées pour leur pouvoir dissociant

Ces comportements sont très invalidants et sont un facteur de risque pour la santé des personnes traumatisées (souffrance très graves, risque de suicide et maladies liées au stress et aux conduites addictives). 

Une urgence de santé publique

Pour les personnes traumatisées, ainsi que pour tout l’entourage des victimes, il est donc impératif de savoir reconnaître les blessures psychiques pour tenir compte de leurs manifestations et d’être informé sur les conséquences très lourdes qu’elles peuvent avoir sur :
  • leur santé mentale (état de stress post-traumatique, troubles anxio-dépressifs, troubles phobo-obsessionnels, troubles du sommeil, troubles alimentaires, risque suicidaire et de mises en danger, addiction) 
  • et sur leur santé physique (risques cardio-vasculaires, pulmonaires, immunitaires, dermatologiques, digestifs, endocriniens, de douleurs chromiques, de fatigue chronique, etc.).

Et rappelons pour finir, la nécessité d’une offre de soins accessibles, sans frais par des professionnels qualifiés et formés, dans un cadre sécurisé, accueillant et pluridisciplinaire. 

Les centres pouvant proposer ces soins sont rares, les professionnels formés sont trop peu nombreux. Pourtant, il s'agit d'une urgence humanitaire et de santé publique. Les pouvoirs publics doivent donc agir en conséquence pour respecter le droit des victimes à recevoir des soins de qualité.

Quelles sont les personnes qui risquent d’être traumatisées ?

Les victimes directes sont les plus exposées au risque de traumatisme majeur. Ce sont celles qui ont subi les attentats, et qui blessées ou non ont été soudain plongées dans la terreur la plus totale et la plus implacable, confrontées à la barbarie insensée des terroristes, exposées avec leurs proches au risque d’être tuées, et qui ont vu autour d’elles de nombreuses personnes mourir, être gravement blessées, mutilées.

Puis viennent les personnes qui ont été pendant les attentats des témoins non exposés directement aux terroristes, sans être menacés d’être blessés ou tués (témoins à distance, personnes qui on eu les victimes au téléphone pendant l’attentat).

Ensuite celles qui ont secouru les victimes (forces de l’ordre, pompiers, soignants qui ont été confrontés à des grands blessés de guerre dont ils n’ont pas l’expérience pour la plupart) ou bien celles qui sont arrivés après et qui on vu les blessés et les cadavres mutilés, les victimes en état de très grande détresse, le sang, etc.(voisins, passants). 

Et enfin, les victimes indirectes que sont les proches, la famille, les amis, les connaissances. 

Il ne faut pas oublier également les personnes qui n’ont pas été victimes directes ou indirectes des attentats mais dont le passé traumatique peut être réactivé et les re-traumaiser (victimes d’attentats précédents ou d’autres violences, maltraitance, viols, etc.). 


Quelle prise en charge ?


Protéger, mettre en sécurité rassurer et réconforter les victimes et prendre en charge leur état de stress ou de choc émotionnel est primordial. Aller vers elles, s’assurer que leurs besoins fondamentaux sont assurés (ne pas avoir froid, ni faim, ni soif, être à l’abri et au calme, ne pas être isolées). Donner des informations fiables, répondre aux questions concernant la situation, l’état des autres victimes, sur ce qui va se passer dans l’immédiat et plus tard. 

Il est essentiel, de prendre en charge le choc psychotraumatique initial, la détresse et la souffrance psychologique, l’état de sidération, la dissociation traumatique et le stress aigu, ce qui permet de prévenir la mise en place d’une mémoire traumatique à long terme (protéger les victimes d’un surcroit de stress, traiter la douleur et contrôler les excès de stress par un traitement tel que les béta-bloquants qui diminuent la production d’adrénaline. 

Il faut qu’elles puissent exprimer leurs émotions (la peur, la tristesse, la rage, le désespoir, l’incompréhension, etc.), ce n’est pas grave de pleurer, tout au contraire. Partager leurs ressentis, comprendre leurs réactions est très important pour s’apaiser et pour se dé-culpabiliser par rapport à une impossibilité de réagir (sidération), à un état de confusion, de perte de repères et d’anesthésie émotionnelle (dissociation), ou à des expériences d’angoisses extrêmes et d’état de panique.

Nous l’avons vu les victimes sont souvent en état de dissociation, perdues, confuses, il est important de leur donner des repères, il faut leur parler, leur tenir un discours cohérent, rassurant, permettre de reprendre doucement contact avec la réalité : «je suis là avec vous, tout est fini, vous ne risquez plus rien, vous êtes en sécurité à tel endroit, il est telle heure, je vais vous expliquer comment vous êtes arrivés ici et ce qui va se passer».

Rassurer les personnes traumatisées sur leur état est important,  leur dire qu’avec ce qui est arrivé, il est normal d’avoir été terrorisées, dépassées par ses émotions, normal de n’avoir pas pu réagir sur le moment (sidération), normal d’avoir un sentiment d’impuissance très douloureux, normal de ne plus ressentir ses émotions et d’avoir un sentiment d’irréalité, de déconnexion, normal d’être perdues, ne plus savoir où on est (dissociation). Normal d’être envahis par des images atroces, de revivre sans cesse une ou des scènes, de réentendre des bruits, des cris, de ressentir à nouveau des douleurs, une panique, etc. (mémoire traumatique). Mais qu’avec un accompagnement sécurisant et des soins cela va s’atténuer. 

Pour les victimes, bénéficier du soutien, de la reconnaissance, de la solidarité, de la compréhension, de l’accompagnement  et de l’aide des équipes de secours et de son entourage est salvateur, et représente un atout énorme pour se reconstruire.

Il ne s’agit pas que les victimes fassent à tout prix le récit de ce qui s’est passé, dans un premier temps c’est trop difficile et cela réactive les sentiments de terreurs. La disjonction traumatique au moment du stress extrême, fait que tout ce qui se passe après elle, est engrangé comme un magma indifférencié dans l’amygdale cérébrale, il faudra un travail patient pour tout remettre en ordre chronologique, pour reconstituer, nommer, comprendre ce qui a été vécu, ressenti de façon cohérente, intégrable, sans revivre aussitôt l’état de sidération qui va faire redisjoncter le circuit.


En quoi consiste une thérapie post-traumatique ?


le thérapeute spécialisé en psychotraumatologie sert de guide et d’éclaireur dans les moments les plus difficiles, et de «cortex cérébral» de secours en cas de sidération (comme un disque dur extérieur qui prend le relais en cas de nécessité), il va identifier la mémoire traumatique qu’il faut localiser puis patiemment désamorcer. Ce travail de repérage permet aux victimes de revisiter les violences sans que la sidération les envahisse à nouveau. Cela peut se faire grâce à la construction d’une analyse précise et pertinente, et d’une organisation chronologique cohérente, du déroulement des violences, des mises en scène des agresseurs et du vécu émotionnel et comportemental des victimes, qui permettent aux victimes de récupérer une capacité de contrôle émotionnel. Avec cette capacité, les circuits émotionnels et de la mémoire ne disjonctent plus à chaque évocation, les victimes ne sont plus dissociées et la mémoire des violences peut s’intégrer petit à petit en mémoire autobiographique. Parallèlement l’identification de la mémoire traumatique permet aux victimes de séparer ce qu’elles sont, de ce qui les colonise et provient des violences et des agresseurs. Elles sont alors libérée de la haine et de la destruction que l’agresseur a déversé en elles, et peuvent s’éprouver à nouveau telles qu’elles sont retrouver leur personnalité et leur estime de soi.

Il s’agit donc, en d’autres termes, de faire des liens en réintroduisant des représentations mentales pour chaque manifestation de la mémoire traumatique (remise en sens), de « réparer » l’effraction psychique initiale, la sidération psychique liée à l’irreprésentabilité des violences. Pour revisiter le vécu des violences, le thérapeute accompagne pas à pas les victimes tel un « démineur professionnel », dans le cadre sécurisant de la psychothérapie, pour que ce vécu puisse petit à petit devenir intégrable, car mieux représentable, mieux compréhensible, en mettant des mots sur chaque situation, sur chaque comportement, sur chaque émotion, en analysant avec justesse le contexte, ses réactions, le comportement de l’agresseur. Cette analyse poussée permet au cerveau associatif et à l’hippocampe de reprendre le contrôle des réactions de l’amygdale cérébrale, et d’encoder la mémoire traumatique émotionnelle pour la transformer en mémoire autobiographique consciente et contrôlable. 


Le but de la prise en charge psychothérapique, est donc de ne jamais renoncer à tout comprendre, ni à remettre en sens. Tout symptôme, tout cauchemar, tout comportement qui n’est pas reconnu comme cohérent avec ce que l’on est fondamentalement ou ce que l’on devrait être, toute pensée, réaction, sensation incongrue doit être disséquée pour la relier à son origine, pour l’éclairer par des liens avec les violences subies. Par exemple une odeur qui donne un malaise et envie de vomir se rapporte à une odeur de poudre ou de sang, une douleur qui fait paniquer se rapporte à une douleur ressentie lors de l’agression, un bruit qui paraît intolérable et angoissant est un bruit entendu lors des violences comme les bruits de tirs ou d’explosion. Une heure de la journée peut être systématiquement angoissante ou peut entraîner une prise d’alcool, des conduites boulimique s’il s’agit de l’heure de l’attentat.

Rapidement, ce travail se fait quasi automatiquement chez les personnes traumatisées et permet de sécuriser le terrain psychique, car lors de l’allumage de la mémoire traumatique le cortex pourra désormais contrôler la réponse émotionnelle et apaiser la détresse, sans avoir recours à une disjonction spontanée ou provoquée par des conduites dissociantes à risque, les atteintes neurologiques pourront se réparer grâce aux capacités de neurogénèse et de neuro-plasticité du cerveau. 

La capacité de modulation de la réponse émotionnelle peut être visualisée par des IRM dans un avant, après traitement lors d’une exposition à un récit de violences de guerre sur des vétérans. Un avant, avec un l’hippocampe qui à l’allumage de la mémoire traumatique est totalement hors circuit, et une amygdale énorme non contrôlée et très active (très colorée sur l’IRM fonctionnelle) entraînant une attaque de panique et une dissociation. Et un après traitement, avec un hippocampe très actif et très coloré lors de l’allumage d’une amygdale de petite taille et peu colorée, car bien modulée et dont le contenu est intégré aussitôt en mémoire autobiographique par l’hippocampe. Non seulement le récit de violences n’entraîne pas de réaction émotionnelle explosive chez le vétéran mais il permet d’intégrer les nouvelles réminiscences des violences qu’il a déclenché, et de déminer un peu plus sa mémoire traumatique.

Les proches pourront aider les victimes à rechercher les liens qui déclenchent sa mémoire traumatique pour l’aider à mieux la contrôler. Ce qui est crucial, c’est que les proches restent calmes, confiants, parlent à la victime pour les ramener dans le monde actuel, en la rassurant et en leur décrivant ce qui se passe, ce qui permet de les aider à les sortir du passé où la mémoire traumatique, véritable machine à remonter le temps, les a bloquées. 

Plus les victimes et leur entourage comprennent ce qui se passe, plus la mémoire traumatique peut être contrôlée et désamorcée (c’est le principe du traitement). 

Comme nous l’avons vu, pour éviter d’allumer cette mémoire traumatique, tant qu’elle n’est pas désamorcée, les victimes sont obligées de mettre en place des stratégies de survie coûteuses, souvent handicapantes comme les conduites d’évitement, et parfois dangereuses, incompréhensibles et paradoxales, comme les conduites à risque et les mises en danger.

Devant tous ces comportements déstabilisants, déconcertants et angoissants, l’entourage ne doit pas s’en prendre aux victimes, ni paniquer. Il est tout à fait contre-productif de faire la morale aux victimes. Il s’agit avant tout de comprendre et de rechercher ce qui provoque l’exacerbation des stratégies de survie, de faire des liens pour désamorcer la mémoire traumatique (par exemple pour une alcoolisation massive, repérer que celle-ci a toujours lieu à l’heure où l’attentat s’est produit). De bien comprendre aussi que ce n’est pas une question de mauvaise volonté des victimes, ni de pathologie psychiatrique. 

L’entourage doit donc être solidaire et bienveillant avec les personnes traumatisées. Il doit les soutenir, les accompagner, les aider à trouver les professionnels ressources qui lui seront le plus utiles, respecter son temps, ne rien lui imposer, mais l’informer sur ses droits et lui proposer des démarches.



Dre Muriel Salmona, Paris le 16 juillet 2016



Pour toutes les démarches et les aides dont on peut avoir besoin en tant que victime ou proche de victime, le site de l’association Fraternité et Vérité créée après le les attentats du 13 novembre est très riche et donne de précieuses informations : http://13onze15.org
et le site INAVEM http://www.inavem.org

Pour en savoir plus sur les conséquences psychotraumatiques, les sites de l’association Mémoire traumatique et Victimologie avec de nombreux articles, documents, fiches, ressources et vidéos de formation à consulter et télécharger :


lundi 16 mai 2016

Nouvel article de la Dre Muriel salmona : Pour toutes les victimes de violences sexuelles, nous ne nous tairons pas !… 15 mai 2016




Pour toutes les victimes de violences sexuelles, nous ne nous tairons pas !…

15 mai 2016

Dre Muriel Salmona, psychiatre, psychotraumatologue
présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, 
auteure de «Le livre noir des violences sexuelles» paru chez Dunod, 2013 
Bourg la Reine, avril 2016



Depuis le séisme crée par la publication lundi 9 mai 2016 par Médiapart et France-inter des témoignages de 8 femmes, dont quatre élues, révélant avoir été agressées et harcelées sexuellement par Denis Baupin, député et vice-président de l’Assemblée Nationale, l’onde de choc tout au long de la semaine qui a suivi, non seulement n’a pas faibli, mais de nombreuses répliques ont secoué le déni, la loi du silence et toutes les complicités dont bénéficient les agresseurs dans le milieu politique - comme toujours beaucoup savaient et les victimes avaient parlé mais n’avaient pas été entendues, ni protégées. Ainsi, Denis Baupin a démissionné de la vice-présidence de l’Assemblée, le parquet de Paris a annoncé l'ouverture d'une enquête préliminaire, d’autres élues ont fait des révélations concernant d’autres hommes politiques, une hotline juridique éphémère a été lancée par la Fondation des femmes, une tribune de femmes politiques et une pétition (plus de 15000 signataires) ont été publiées ainsi qu’un un rassemblement à l’appel d’associations féministes a eu lieu devant l’Assemblée pour libérer la parole, contre l’omerta des violences sexuelles et du sexisme en politique, et enfin ce dimanche 15 mai un appel dans le JDD de 17 femmes ex-ministres  «Nous ne nous tairons pas» pour dénoncer les comportements et les remarques sexistes et pour que cesse enfin l’impunité.

Une parole qui se libère enfin ?

Nous toutes, qui luttons contre les violences faites aux femmes, nous ne pouvons que nous réjouir et remercier toutes ces femmes courageuses qui ont pris publiquement la parole et tous ces journalistes qui leur ont offert et nous offrent une tribune médiatique inouïe pour dénoncer les violences sexuelles ainsi qu’une culture du viol et du silence qui invisibilise ces violences, impose le silence aux victimes et organise une presque totale impunité pour les agresseurs dans tous les milieux (1).

Mais combien d’autres victimes condamnées à se taire… 

Chaque année en France 84 000 femmes, 16 000 hommes, 124 000 filles, 30 000 garçons subissent un viol ou une tentative de viol (2), c’est à dire un crime, un acte cruel, destructeur, assimilable à de la torture qui avoir de graves conséquences sur leur santé mentale et physique…

Et ce sont 20 % des femmes qui subissent dans leur vie une agression sexuelle et 16% un viol ou une tentative de viol (2), principalement en tant que mineure : 81% des violences sexuelles sont subies avant 18 ans, 51% avant 11 ans, 21% avant 6 ans, 18% des filles, 7,5% des garçons subissent des violences sexuelles (3)…

Or lors de l’enquête de notre association Mémoire traumatique et Victimologie en 2015 Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte 83% des victimes de violences sexuelles on déclaré qu’elles n’ont jamais été ni protégées, ni reconnues (3) !  

Ce sont donc chaque jour des milliers de personnes, essentiellement des enfants et des femmes qui subissent des violences sexuelles dans l’indifférence générale, sans espoir d’être protégées et d’accéder à la justice ainsi qu’à des soins, c’est intolérable ! 

Dans notre monde injuste, c’est aux victimes de se protéger, de subir en silence, de survivre aux violences et à leurs conséquences désastreuses sur leur santé sans les soins nécessaires, de quémander des aides, des soutiens et des prises en charge qui devraient leur être dues au nom de la justice et de la solidarité (4,5)?

Chaque enfant, chaque femme, chaque homme victime de violences sexuelles doit être entendu, secouru, protégé, défendu, soutenu, accompagné, pris en charge, soigné, et doit avoir accès à la justice et à des réparations ! Tous leurs droits doivent être respectés.

Si rien ne change, ces personnes n’auront que très peu de chances d’échapper à leur agresseur, qui est un proche dans 90 % des cas pour les viols (2), elles devront composer avec et survivre comme elles peuvent, elles auront très peu de chances d’être entendues si elles parlent, très peu de chances d’être protégées, prises en charge, soignées, aidées, et encore moins de chances de faire valoir leurs droits en justice et d’obtenir les réparations auxquelles elles ont droit. Elles seront abandonnées avec de très lourdes conséquences sur leur santé. Les violences sexuelles font partie avec la torture des pires traumatismes et ont les conséquences à long terme les plus graves sur la santé si rien n’est fait pour les traiter. Avoir subi des violences sexuelles est le déterminant principal de la santé 50 ans après (6) et entraîne des atteintes cérébrales neuro-biologiques (7) ainsi qu’une perte d’espérance de vie de 20 ans, ce qui ne serait pas le cas si les victimes étaient immédiatement protégées et soignées (8) ! 

Comment les pouvoirs publics peuvent-ils tolérer que la plupart des victimes de violences sexuelles soient laissées à l’abandon alors que 95% ont un impact sur leur santé mentale, 70% sur leur santé physique, que près de 50% fassent des tentatives de suicide, 50% présentent des conduites addictives, que 50% traversent des périodes de précarité (3)? 

Alors que les victimes de violences sexuelles désignent les  médecins comme leur premier recours, comment les pouvoirs publics peuvent-ils tolérer que les professionnels de la santé ne soient toujours pas, dans leur grande majorité, formés pour prendre en charge les victimes de violences sexuelles (et toutes les autres également) : leur donner des soins de qualité correspondant aux connaissances scientifiques actuelles ? Ce sont 1/3 des victimes de violences sexuelles qui n’ont jamais trouvé de professionnels  en santé mentale formés pour les prendre correctement en charge, et les 2/3 restantes qui ont mis en moyenne 13 ans pour en trouver un (3). 

Comment les pouvoirs publics peuvent-ils tolérer que les victimes n’aient pas accès à des informations et des explications de qualité sur les conséquences des violences sur leur santé, et à des offres de soins gratuits de proximité, également répartis sur tout le territoire et les DOM-COM avec des professionnels spécialisés formés (9)?  

Comment les pouvoirs publics peuvent-ils tolérer que l’accès à la justice soit impossible pour un grand nombre de victimes du fait d’une prescription : quand enfin leur parole se libère se voient empêcher de faire valoir leurs droits car les délais de prescription permettent d’offrir une impunité à ceux qui les ont violées ou agressées ? 

Comment les pouvoirs publics peuvent-ils tolérer que l’accès à la justice soit si difficile et si maltraitant pour les autres quand elles essayent de faire valoir leurs droits : 10% seulement des victimes de viols portent plainte (2% pour les viols conjugaux), plus de 80% des victimes ont mal vécu le dépôt de plainte, l’enquête et le procès, tout cela pour quel résultats : des plaintes classées sans suite, des non-lieux, un grand nombre de viols requalifiés en agressions ou atteintes sexuelles, et au final 1% de condamnation pour les viols (2) ?


Les victimes ont beau parler autour d’elles, elles sont rarement entendues et le plus souvent abandonnées .

Personne n’a suffisamment peur pour elles, ni pour d’autres victimes potentielles, personne ne les aide à dénoncer ni à faire valoir leurs droits, personne ne signale les violences aux autorités, à elles de se protéger et de mettre en place des stratégies pour éviter de nouvelles agressions, à elles de prendre sur elles et de supporter la présence de l’agresseur quand elles n’ont aucun moyen de l’éviter, à elles de fuir, de subir tous les préjudices, à elles de se sacrifier pour ne pas faire de vagues, ne pas mettre en péril une institution, une réputation, une belle façade, à elles de comprendre : ‘il est comme ça, c’est un jeu, ce n’est pas méchant, ce n’est pas si grave, c’est parce qu’il te trouve jolie, il ne recommencera pas, et puis nous avons besoin de lui, on ne peut pas se passer de lui, c’est quelqu’un d’important, etc.». L’agresseur est protégé et dans la très grande majorité des cas l’impunité est la règle.

Rares sont les victimes qui n’ont jamais parlé, même les victimes de violences sexuelles dans l’enfance, qui peuvent avoir de longues périodes d’amnésie dissociative traumatique (près de 60% des enfants victimes présentent des amnésies partielles des faits et 40% des amnésies totales ) qui peuvent durer de longues années, parlent quand leur mémoire revient lors de flashbacks (10).

Mais quand elles parlent : elles sont confrontées à une incrédulité  à des minimisations et une banalisation de ce qu’elles ont subi, ou à des fins de non recevoir, souvent les interlocuteurs ne cherchent pas à en savoir plus, ne posent pas de question, voire, ils leur font comprendre que ce qu’elles dénoncent n’est pas possible ; elles subissent des pressions, des manipulations affectives, voir des menaces par rapport à leur intégrité physique, leur sécurité matérielle ou à leur carrière, elles se retrouvent piégées par des conflits de loyauté, elles sont souvent mises en cause, on leur demande des comptes, on les culpabilise : elles auraient dû mieux se protéger, mieux se défendre, parler plus tôt, ne pas avoir tel comportement, elles exagèrent, se victimisent, sont trop sensibles, etc.

Ces maltraitances qu’elles subissent après avoir parlé vont les réduire au silence et les obliger à mettre en place des stratégies de survie coûteuses pour elles, elles vont donc, et cela leur sera injustement reproché, se taire et ne pas porter plainte :

    • par culpabilité et honte, sentiments crées de toute pièce par la stratégie des agresseurs, souvent, les victimes pensent être les seules dans leur cas et que c’est elles qui ont dû provoquer les violences. De plus, les violences sexuelles, en atteignant gravement leur estime de soi, font qu’elles ne vont pas sentir légitimes de faire valoir leurs droits
    • par peur de ne pas être crues, peur des réactions de l’entourage, peur d’être mises en cause
    • par difficulté à identifier et qualifier ce qu’elles ont subi et méconnaissance de leurs droits
    • parce qu’elles ont des troubles psychotraumatiques (très fréquents lors des violences sexuelles : 95% des victimes rapportent qu’elles ont un impact sur leur santé mentale) et que tant qu’elles restent en contact avec l’agresseur des mécanismes de sauvegarde neurologique les anesthésient émotionnellement, elles sont alors dissociées, déconnectées de leur ressenti et comme indifférentes à ce qui a pu leur arriver alors qu’elles sont traumatisées, ce qui ne leur permet pas de se défendre ni d’avoir les ressources pour dénoncer ce qu’elles ont subi. Et quand elles ne sont plus en contact avec l’agresseur, elles sont envahies par une mémoire traumatique qui leur fait revivre à l’identique les  émotions et les sensations liées aux violences ce qui est intolérable et entraîne des conduites d’évitement (ne pas en parler en fait partie).


Et pour les rares qui veulent porter plainte le temps judiciaire qui n’est pas celui des victimes : les délais de prescription sont trop courts et représentent une injustice.

Quand elles arrivent enfin à dénoncer les violences car elles ne sont plus en contact avec l’agresseur ou avec le contexte de l’agression, ou parce que d’autres femmes ont révélé avoir été victimes du même agresseur, ils est souvent trop tard pour porter plainte car les faits sont prescrits (délais de 3 ans pour les agressions sexuelles et le harcèlement sexuel, et de 10 ans pour le viol pour les personnes majeures, les mineurs bénéficient de 20 ans après la majorité pour les viols et les agressions sexuelles avec circonstances aggravantes) : le temps judiciaire ne prend pas assez en compte les phénomènes d’emprise, la culpabilité et la honte qui colonisent la victime, leurs traumatismes, la culture du viol qui met en cause la victime et les menaces exercées par l’agresseur et ses complices. Quand enfin elles sont en sécurité, que leur traumatisme est traité et qu’elles ont la capacité de dénoncer les faits il est souvent trop tard, ce qui est vécu comme une grande injustice et une grande violence : l’allongement de la durée de la prescription, son report à partir de la révélation des violences (cf la Proposition de loi modifiant le délai de prescription de l'action publique des agressions sexuelles pour que les délais de prescription de l'action publique ne commencent à courir qu'à partir du jour où l'infraction apparaît à la victime dans des conditions lui permettant d'exercer l'action publique), ou sa suppression pure et simple pour les délits et les crimes sexuels est une mesure nécessaire. Une proposition de loi est actuellement débattue en ce moment au Parlement pour allonger les délais à six ans pour les délits et à 20 ans pour les crimes (les délais pour les mineurs victimes de violences sexuelles restant inchangés),

Et il y a celles qui ne pourront plus jamais parler…

Celles et ceux qui ne sont plus là, qui ont été assassinés, qui se sont suicidé-e-s, qui sont mort-e-s précocément, à qui nous rendons hommage et en la mémoire de qui nous voulons lutter et ne plus nous taire. 

Depuis le 9 mai, nous avons assisté, impuissantes et horrifiées à la mort par suicide d’une jeune femme de 19 ans, Océane, qui, en filmant sur périscope ses derniers instants avant de mourir écrasée par le train sous lequel elle venait de se jeter, a dénoncé avoir été violée par son ex-concubin (viol qui aurait été filmé, posté sur des réseaux sociaux et pour lequel elle aurait subi un cyberharcèlement). Dans le désespoir, l’état traumatique et la solitude où elle se trouvait, c’est malheureusement le seul moyen qu’elle a  trouvé pour échapper à sa souffrance et au cyberharcèlement, et pour dénoncer ce qu’elle avait subi, être entendue et obtenir une forme de justice en demandant aux internautes juste avant de se suicider de «pourrir» son  ex. qu’elle a nommé. 

Et nous avons appris tout aussi horrifiées, par la presse qu’une jeune femme de 20 ans aux Pays-Bas victime de viols de ses 5 ans à ses 15 ans et présentant de très graves troubles psychotraumatiques qu’une «thérapie intensive de 2 ans» n’avait pas réussi à traiter, a été à sa demande euthanasiée il y a un an, car déclarée incurable par plusieurs médecins. Nous ne savons par qui elle a été violée, mais pour l’être de 5 à 15 ans, c’est forcément un proche et probablement quelqu’un de la famille, et comme c’est souvent le cas en situation d’inceste elle a dû être confrontée au déni de la famille quand elle a pu en parler. On ne sait également pas si à 15 ans elle a pu être enfin protégée ou si c’est elle qui a dû fuir ou être placée, et s’il y a eu une plainte et une procédure judiciaire. Or tous ces éléments, présence ou non de soutien et de protection, quel a été le rôle de la famille, accès ou on à la justice, impunité ou non pour le violeur, ont une très grande importance et peuvent diminuer ou aggraver l’impact psychotraumatique, nous savons uniquement que les soins ont démarré à l’âge de 18 ans.


Injustice ultime et faillite : le suicide comme seul recours pour les victimes

Si ces deux jeunes femmes en très grande souffrance n’ont eu la mort comme seul recours possible, ce n’est pas uniquement parce qu’elles avaient subi les pires violences criminelles ayant les pires conséquences traumatiques sur leur santé, mais parce que personne ne les avait protégées ni secourues lors des violences, parce qu’elles avaient du survivre seules à ces tortures, seules face à leur agresseur, seules ou avec des soins pas suffisamment adaptés face à leurs traumatismes, et subir comme toutes les victimes de viols injustice sur injustice. Rappelons-le, 50% des victimes de violences sexuelles dans l’enfance font des tentatives de suicide, plus de 40% pour les adultes (3).

Injustice pour Océane de découvrir la diffusion sur le net des images humilantes et dégradantes du viol qu’elle avait subi, et comble de la cruauté et l’injustice de subir de la part d’internautes un cyberharcèlement sexiste atroce la mettant en cause créant chez elle un sentiment de honte et d’atteinte à sa dignité tels qu’il lui a été impossible de parler à son entourage, la privant d’être soutenue et défendue, si ce n’est qu’une fois morte. 

Injustice pour la jeune femme néerlandaise, après avoir été seule à survivre à des viols répétés pendant presque toute son enfance, à devoir se construire avec l’idée imposée par la mise en scène du ou des violeurs, qu’on a aucun droit, qu’on ne vaut rien et qu’on a mérité ces souffrances, à se percevoir comme dépossédée de sa vie, comme morte, à être colonisée par les violences, par le mépris, la haine et la volonté de destruction de l’agresseur, et à les revivre ensuite sans cesse, à l’identique, comme une machine à remonter le temps, au travers de la mémoire traumatique par des intrusions, des flash-backs, des cauchemars, des hallucinations visuelles, auditives, olfactives, cenesthésiques. 

La mémoire traumatique une souffrance intolérable si elle n’est pas traitée.

Cette mémoire traumatique est le principal symptôme psychotraumatique lié à des mécanismes neuro-biologiques de survie provoqués par le stress extrême des violences. C’est une mémoire piégée, incontrôlable, qui n’a pas pu être intégrée en mémoire autobiographique, du fait d’un mécanisme de disjonction neurologique au niveau du cerveau (dissociation traumatique) pour interrompre la réponse émotionnelle et éviter un risque vital cardiologique lié au stress dépassé,

Cette mémoire traumatique s’enclenche au moindre lien rappelant les violences, leur contexte, les ressentis de la victime (sensations, émotions, douleurs), ou l’agresseur. Elle transforme la vie de la victime en enfer et la condamne à mettre en place des stratégies de survie hors normes pour survivre à cette souffrance intolérable, oscillant entre des conduites d’évitement la condamnant à ne plus bouger pour éviter qu’elle explose au moindre lien rappelant les violences, ou des conduites dissociantes pour s’anesthésier (troubles alimentaires, scarifications, mises en danger, conduites addictives). 

Injustice que ces symptômes ne soient pas le plus souvent reconnus comme des symptômes normaux directement dus aux violences et comme curables, car la mémoire traumatique se traite. 

Connaître l’impact psychotraumatique dévastateur des violences sexuelles sur les victimes, sur leur santé - qu’elle soit mentale ou physique, sur leur souffrance, leurs comportements, sur leur vie - qu’elle soit affective, sexuelle, sociale, intellectuelle ou professionnelle, est essentiel (4, 5).

En comprendre les mécanismes, en reconnaître les symptômes, savoir identifier ce qu’elles vivent, les dangers qu’elles courent, les soins qui leur sont nécessaire, est impératif si l’on veut que leurs droits soient enfin respectés : droit à la protection et à la sécurité, droit à la santé et à des soins de qualité, droit à une prise en charge sociale, droit à la justice et à des réparations (4, 5).


La mémoire traumatique se traite en l’intégrant en mémoire autobiographique

Le traitement de cette mémoire traumatique consiste à la rendre intégrable en mémoire autobiographique, en l’identifiant, la triant et en la reliant à ce qui s’est passé au moment des violences, moment où la personne victime était dans un tel état de choc et de sidération qu’aucun travail d’identification, d’intégration des évènements, de compréhension de ses ressentis et de ses réactions, de mise en mot, en contexte et en sens n’avait pu être fait alors. 

Le travail psychothérapique permet à la personne de se libérer de la colonisation par les violences et l’agresseur et de réparer les atteintes neurologiques (une neurogénèse se met en place) de restaurer sa personnalité et de retrouver une mémoire autobiographique qui restera très douloureuse mais qui sera accessible à un contrôle mental. Il est normal que ce travail n’ait pas pu se faire en deux années, et il doit traiter toutes les mémoires traumatiques psychiques, sensorielles et corporelles, ainsi que celles concernant à la fois la victime et celles concernant l’agresseur, les mémoires traumatiques sont enregistrées sans aucune discrimination dans une petite structure du cerveau non-consciente sous-corticale : l’amygdale cérébrale. Elle est comme une boîte noire qui a tout enregistré de façon indistincte : ce qu’a vécu la victime, ce qu’a fait et dit l’agresseur, ses paroles, ses menaces, sa haine, sa colère, son mépris, son intentionnalité de la détruire, son excitation  perverse, et tout ça revient hanter et envahir le psychisme et le corps de la victime sans distinction. La victime peut penser qu’elle se hait, qu’elle se méprise, qu’elle est coupable, qu’elle est violente ou excitée de façon perverse, alors que c’est la mémoire traumatique de l’agresseur niché dans son amygdale cérébrale qui rejoue la haine qu’il a mis en scène, de même pour le mépris, la culpabilisation, l’excitation perverse, ce qui est à l’origine d’une souffrance décuplée pour la victime et peut lui donner la conviction qu’elle est monstrueuse ou qu’elle doit mourir, le traitement de la mémoire traumatique permet à la victime de séparer «ce qui vient d’elle», de ce qui vient de la mémoire traumatique de l’agresseur, tant que dans l’amygdale cérébrale l’enregistrement de ce qui s’est passé reste sous la forme d’un magma incohérent, aucune intégration en mémoire autobiographique par l’hippocampe n’est possible (4,5).

Encore faut-il former des psychiatres, des psychologues et des thérapeutes à cette prise en charge spécialisée en psychotraumatologie

Très rares en Europe et ailleurs, sont les psychiatres et les psychothérapeutes formés à la psychotraumatologie et à ce travail psychothérapique spécialisé, et souvent dans le cadre des prises en charge psychotraumatiques, seul le travail sur les mémoires traumatiques concernant la victime est fait, laissant la victime aux prises avec des ressentis d’une grande violence et d’une incohérence intolérables et donnant envie de mourir, la victime peut penser se culpabiliser, s’injurier et se haïr alors que c’est l’agresseur qui continue par l’intermédiaire de la mémoire traumatique à le faire. Par exemple, les victimes des attentats du 13 novembre 2015 qui étaient au Bataclan, quand leur mémoire traumatique se déclenche, lors d’un bruit ressemblant à une détonation ou s’il voit quelqu’un de blessé, peuvent ressentir à la fois une terreur, une détresse, des douleurs, l’odeur du sang, de la poudre, mais ils peuvent être également envahis par des éclats de rire et une envie incoercible de rire et s’en sentir honteux et coupables, il ne s’agit pas d’eux, cela ne vient pas d’eux  mais de la mémoire traumatique des rires pervers des terroristes, le savoir change tout pour la victime.

Dans un monde juste, digne de ce nom, ces jeunes femmes auraient dû être protégées, défendues, informées et soutenues, elles auraient dû accéder à des soins et des prises en charge de qualité, on aurait respecté leurs droits et on leur aurait renvoyé qu’elles avaient de la valeur, qu’elles étaient précieuses et qu’on voulait leur offrir un avenir où elle seraient en sécurité, où elles obtiendraient justice, où leurs préjudices seraient réparés, et où leur garantirait les meilleurs soins et la meilleure santé possible pour elles. Dans ce monde elles auraient eu envie de vivre, elles se seraient senties libres, elles auraient pu se projeter, s’imaginer un bel avenir, de belles rencontres, espérer aimer et être aimées…

Les médecins de la jeune femme néerlandaise n’auraient jamais dû déclarer son état comme incurable, jamais elle n’aurait dû être euthanasiée, c’est éthiquement injustifiable, d’une grande et d’une grande injustice, cela s’apparente à un meurtre. C’est le signe d’une méconnaissance des   possibilités de traitement des troubles psychotraumatiques et des capacités du cerveau à se réparer, c’est le signe d’une faillite totale d’un état qui n’a pas protégé l’enfant qu’elle était de 10 ans de viols et qui ne met pas en œuvre tous les moyens pour enfin la protéger et la traiter.

Si en France, on ne peut pas euthanasier des victimes de viols en raison de leurs traumatismes, l’euthanasie n’étant pas légale, on les abandonne pour la plupart, on ne les protège pas, on ne leur rend pas justice et on ne les soigne pas, leurs droits ne sont pas respectés, les injustices s’accumulent pour elles et la solidarité est l’exception. Le risque peut être grand qu’elles aient des idées suicidaires et passent à l’acte.


Les violences sexuelles sont une urgence humaine, sociale et sanitaire, mais rien n’est fait à hauteur de la gravité de ce problème de société et de santé publique, les droits fondamentaux des victimes de violences sexuelles sont continuellement bafoués et c’est scandaleux et totalement injuste ! 


Aussi pour toutes les victimes de violences sexuelles «Nous ne nous tairons pas !» 

Nous accuserons tous les agresseurs mais également tous leurs complices et tous ceux qui quotidiennement abandonnent les victimes de violences sexuelles sans protection, sans soutien, sans reconnaissance, sans justice, sans réparation ni soins, tous ceux qui par sexisme, racisme, mépris, négligence, indifférence, adhésion à un monde inégalitaire, dominant et injuste, ne veulent rien savoir, rien faire, tous ceux qui tiennent à leurs privilèges et qui n’ont jamais peur ! 

Pourquoi tolère-t-on toujours cette situation en 2016 ? Pourtant nous vivons dans un monde où les droits des êtres humains sont reconnus et doivent être respectés pour chaque être humain quelque soit son sexe, son âge, son  état de santé, son état de vulnérabilité, son orientation sexuelle, son appartenance réelle ou supposée à un groupe social ou politique, une ethnie, une religion  : droit à l’égalité et à ne pas subir de discrimination, droit la sécurité et à ne pas subir de violences, droit à la santé et à des soins de qualité sans subir de perte de chance, droit à la justice et à des réparations.

Nous voulons enfin que cela change  ! Nous voulons de vraies décisions politiques à la hauteur de la gravité et de l’urgence de la situation  ! 






1- L’enquête Les français-e-s et les représentations du viol et des violences sexuelles, 2016 conduite par IPSOS pour l’Association Mémoire Traumatique et Victimologie, SALMONA Muriel, directrice et SALMONA Laure coordinatrice et auteure du rapport d’enquête et du dossier de presse téléchargeable sur les sites http://stopaudeni.com/ et http://www.memoiretraumatique.org 

2- lettre de l’observatoire des violences faites aux femmes n°6 et 8 publiées sur le site gouvernemental stop-violences-femmes.gouv.fr pour les chiffres sur les violences sexuelles : http://stop-violences-femmes.gouv.fr/no8-Violences-faites-aux-femmes.html
OMS World Health Organization, Global Status Report on Violence Prevention, Genève, WHO, 2014.
Bajos N, Bozon M, équipe CSF. Les violences sexuelles en France : quand la parole se libère. Population & Sociétés. 2008 Mai ;445,

3- Le rapport d’enquête IVSEA Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte, 2015 SALMONA Laure auteure et coordinatrice, SALMONA Muriel directrice Enquête de l’association Mémoire Traumatique et victimologie avec le soutien de l’UNICEF France dans le cadre de sa campagne #ENDViolence (téléchargeable sur les sites http://stopaudeni.com/ et http://www.memoiretraumatique.org 

4- Violences sexuelles. Les 40 questions-réponses incontournables, de Muriel SALMONA Paris, Dunod, 2015. 

5- Le Livre noir des violences sexuelles, de Muriel SALMONA Paris, Dunod, 2013

6 Anda RF, Felitti VJ, Bremner JD. The enduring effects of abuse and related adverse experiences in childhood A convergence of evidence from neurobiology and epidemiology. Eur Arch Psychiatry Clin Neurosci. 2006 ;256:174-186.

Heim CM, Decreased Cortical Representation of Genital Somatosensory Field After Ch., 2013

8 Brown D. W. et al., Adverse Childhood Experience and Risk of Premature Mortality, Am. J. Prev. Med. 2009, n°37: pages 389-96.

9 pétition de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie qui a reçu plus de 21 000 signatures : Droit d'être soignées et protégées pour toutes les victimes de violences sexuelles ! http://www.mesopinions.com/petition/sante/droit-etre-soignees-protegees-toutes-victimes/14001

10- 59,3% des victimes de violences sexuelles dans l’enfance ont des périodes d’amnésie totale ou parcellaire (Brière, 1993). Des études prospectives aux États-Unis (Williams, 1995, Widom, 1996) ont montré que 17 ans et 20 ans après avoir été reçues en consultation dans un service d’urgence pédiatrique, pour des violences sexuelles qui avaient été répertoriés dans un dossier, 38% des jeunes femmes interrogées pour la première étude et 40% pour l’autre ne se rappelaient plus du tout les agressions sexuelles qu’elles avaient subies enfant et dans notre étude 2015 Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte 37% des victimes mineur-e-s au moment des faits rapportent avoir présenté une période d’amnésie traumatique après les violences, ce chiffre monte à 46%, soit près de la moitié d’entres, elles lorsque les violences sexuelles ont été commises par un membre de la famille. Ces amnésies traumatiques peuvent durer jusqu’à 40 ans et même plus longtemps dans 1% des cas. Elles ont duré entre 21 et 40 ans pour 11% des victimes, entre 6 et 20 ans pour 29% d’entre elles et de moins de 1 ans à 5 ans pour 42% d’entre elles.

11-  à l’heure actuelle, les médecins et les autres professionnels de la santé ne sont toujours pas formés ni en formation initiale : lors d’une enquête récente auprès des étudiants en médecine plus de 80 % ont déclaré ne pas avoir reçu de formation sur les violences et 95% ont demandé une formation pour mieux prendre en charge les victimes de violences [2] ; ni en formation continue, et l’offre de soins adaptés est très rar



Pour en savoir plus sur les violences sexuelles






quelques articles utiles :


Salmona M., Mémoire traumatique et conduites dissociantes. In Coutanceau R, Smith J. Traumas et résilience. Dunod, 2012

Salmona M. Dissociation traumatique et troubles de la personnalité post-traumatiques. In Coutanceau R, Smith J (eds.). Les troubles de la personnalité en criminologie et en victimologie. Paris : Dunod, 2013, http://www.stopauxviolences.blogspot.fr/2013/04/nouvel-article-la-dissociation.html
Salmona M., Le changement dans les psychothérapies de victimes de violences conjugales. In Coutanceau R, Psychothérapie et éducation, Paris, Dunod, 2015, téléchargeable sur le site : http://www.memoiretraumatique.org/assets/files/Documents-pdf/2015Le-changement-en-psychotherapie-des-victimes-de-violences-in-Psychotherapie-eteducation.pdf

Salmona M., Comprendre l’emprise pour mieux protéger et prendre en charge les femmes victimes de violences conjugales. à paraître In Coutanceau R et Salmona M.Violences conjugales , Dunod 2016 téléchargeable sur le site : http://www.memoiretraumatique.org

Salmona M., L’impact psychotraumatique de la violence sur les enfants : la mémoire traumatique à l’œuvre in la protection de l’enfance, La revue de santé scolaire & universitaire,  janvier-février 2013, n°19, pp 21-25 téléchargeable : http://www.afpssu.com/wp-content/uploads/2013/07/impact-psycho_violences_Salmona.pdf

Salmona M. Le viol, crime absolu, dans le dossier Le traumatisme du viol, revue Santé Mentale, 176, mars 2013, pages 20-28. téléchargeable sur le site : http://www.memoiretraumatique.org/assets/files/doc_violences_sex/Le-viol-crime-absolu-Sant-mentale-Le-traumatisme-du-viol-mars2013.pdf

Salmona M. Pédocriminalité sexuelle : il est urgent de sortir du déni, 2014 article publié sur les blogs  médiapart et stop aux violences familiales, conjugales et sexuelles et téléchargeable sur le site http://www.memoiretraumatique.org/assets/files/Documents-pdf/Pedocriminalite-sexuelle-Il-est-urgent-de-sortir-du-deni-Muriel-Salmona-2014.pdf

Salmona M. La prise en charge médicale des enfants victimes in Le parcours judiciaire de l’enfant victime sous la direction de Attias D. et de K l., Eres, 2015

Salmona M. La reconnaissance de l’impact psychotraumatique sur les enfants victimes de violences sexuelles, 2015, article publié sur les blogs  médiapart et stop aux violences familiales, conjugales et sexuelles et téléchargeable sur le site : http://www.memoiretraumatique.org/assets/files/Articles-Dr-MSalmona/201508-reconnaissance-des-consequences-psychotraumatiques-sur-les-enfants-victimes.pdf

Salmona M. Le respect des droits des enfants à être protégés de toute forme de violence, et à recevoir tous les soins nécessaire  quand ils en sont victimes devrait être un impératif absolu pour les pouvoirs publics  in Les enfants peuvent bien attendre : 25 regards d’experts publié par l’UNICEF France, 2015, livre téléchargeable : https://unicef.hosting.augure.com/Augure_UNICEF/r/ContenuEnLigne/Download?id=24FFB60A-39E0-4459-8A6B-85B42A001312&filename=Les%20Enfants%20peuvent%20bien%20attendre.pdf

Salmona M. Pour en finir avec le déni et la culture du viol en 12 points, 2016,  article publié sur les blogs  médiapart et stop aux violences familiales, conjugales et sexuelles et téléchargeable sur le site : http://www.memoiretraumatique.org/assets/files/Articles-Dr-MSalmona/2016article-deni-culture-du-viol.pdf

Salmona M. «En quoi connaître l’impact psychotraumatique des viols et des violences sexuelles est-il nécessaire pour mieux lutter contre le déni, la loi du silence et la culture du viol, pour mieux protéger les victimes et pour que leurs droits soient mieux respectés ?» 2016 téléchargeable sur le site http://www.memoiretraumatique.org/assets/files/2016-Necessaire-connaissance-de-limpact-psychotraumatique-chez-les-victimes-de-viols.pdf

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