samedi 24 mai 2014

Nouvel article sélectionné par Le Plus du Nouvel Obs de Muriel Salmona : Séquestrée et violée pendant 10 ans, elle s'évade : comment vivre avec un tel traumatisme 23 mai 2014





Séquestrée et violée pendant 10 ans, elle s'évade : comment vivre avec un tel traumatisme



LE PLUS. Elle avait été kidnappée à Santa Ana, au sud de Los Angeles, en 2004. Pendant dix ans, une jeune femme a été séquestrée et agressée sexuellement par Isidro Garcia, 41 ans, avant de finalement réussir à s'échapper et de dénoncer son agresseur à la police. Quelle est l'ampleur du traumatisme ? Décryptage de Muriel Salmona, psychiatre.



Muriel Salmonapsychiatre, présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie ,

Édité par  Louise Auvitu   Auteur parrainé par Elsa Vigoureux
publié le 23-05-2014




En Californie, une jeune femme de 25 ans séquestrée, maltraitée, agressée sexuellement et violée durant dix ans, a réussi à se libérer et s’est présentée à la police.

Comme je l’écrivais il y a tout juste un an pour les trois jeunes femmes de Cleveland elles aussi séquestrées pendant 10 ans, il ne s’agit pas d’un fait divers, mais d’un fait de société qui illustre la condition des femmes et la haine sexiste qui peut se déverser sur elles.

Les pires maltraitances et crimes sexuels pouvant être commis en toute impunité pendant de nombreuses années, sans que personne ne s’en rende compte.

10 ans de sévices continus

Que lisons-nous dans les articles de journaux :

"La jeune femme, qui avait 15 ans au moment de son enlèvement et dont l'identité n'a pas été révélée dans l'immédiat, a eu plusieurs occasions de s'échapper durant ces dix années de captivité mais "elle n'a pas trouvé le moyen de s'en sortir", a déclaré la police de Santa Ana dans un communiqué."

Est-ce à dire pour autant que la victime a présenté un syndrome de Stockholm, ou un attachement traumatique à l’agresseur ?

À l’évidence non, d’après le rapport de la police, elle a essayé deux fois de s’échapper, elle a été rattrapée par son ravisseur et a subi à ces occasions de graves violences. Être à la merci d’un bourreau qui l’a enlevée, violée, battue, terrorisée, séquestrée, menacée est suffisant pour rendre toute fuite impossible.

Elle a pendant 10 ans subi des sévices continus, un déni de sa dignité, et de graves atteintes à son intégrité physique et psychique et a été transformée en objet sexuel. Comment échapper à un ravisseur si dangereux ?

Une déconnection des circuits émotionnels pour survivre

Plutôt que de s’interroger, comme trop souvent, sur le comportement de la victime et sur les raisons pour lesquelles elle ne s’est pas enfuie plus tôt, il est bien plus essentiel, pour comprendre ce qui s’est passé, de s’intéresser à l’agresseur, et à sa stratégie de mise sous terreur, d’isolement, de contrainte, d’emprise et de contrôle continuel (il la faisait travailler avec lui ce qui lui permettait de la surveiller en permanence), de manipulation et de destruction.

Les agressions physiques et sexuelles dont des viols répétés sont une arme puissante de soumission totale, assimilable à de la torture, avec des conséquences psychotraumatiques identiques.

Ces violences et ces menaces terrorisent en permanence la victime et induisent chez elle des réactions traumatiques extrêmes avec des atteintes neurologiques visibles sur des IRM et des mécanismes neuro-biologiques de sauvegarde exceptionnels, comportant un état de sidération psychique et neurologique qui la paralyse et un état de stress tel que seule une déconnection brutale des circuits émotionnels permet à la victime de survivre : comme dans un circuit électrique qui doit disjoncter en cas de survoltage pour éviter que les appareils branchés ne grillent (ici le cœur et le cerveau, sans cette disjonction on pourrait mourir de stress et avoir de graves lésions neurologiques).

Les victimes sont des mortes vivantes

Ce "court-circuit" crée un état dissociatif permanent avec une anesthésie émotionnelle et physique à l’origine d’une sensation d’étrangeté et d’une une dépersonnalisation.

La victime fonctionne alors sur un mode automatique comme un robot que l’agresseur peut programmer à son gré, elle n’a plus de repères temporo-spatiaux, et tout devient comme irréel.

Les victimes se décrivent souvent comme des mortes vivantes : tout est mis en place pour que la victime soit totalement soumise à l’agresseur. La disjonction traumatique interrompt également le circuit d’intégration de la mémoire, ce qui crée la mémoire traumatique des violences.

Et c’est cette mémoire traumatique non intégrée qui, au moindre lien rappelant les violences, les fera revivre à la victime à l’identique, avec leurs contextes, les émotions telles que la terreur, la détresse et le désespoir, les douleurs et les perceptions qui leurs sont rattachées, ainsi que les mises en scène de l’agresseur, sa haine, son mépris, ses phrases assassines.

La torture est totale, la victime continue à vivre les violences par des flash-backs, des cauchemars traumatiques, même en dehors de celles-ci, elle est colonisée par l’agresseur qui a le pouvoir de la faire souffrir et de la désespérer en permanence même s’il n’est physiquement pas là.

Dans cette situation d’esclavage, la victime est tout le temps confrontée au fait qu’elle n’a aucune valeur, aucun droit, qu’elle n’existe que selon le bon vouloir de son bourreau, que sa seule chance de survie est une soumission totale à sa toute puissance.

C’est elle et elle seule qui a réussi à se libérer

Les questions qu’il faudrait plutôt se poser : comment a-t-elle pu échapper à cette emprise ? Il lui a fallu prendre un énorme risque, les encouragements de sa sœur qu’elle avait réussi à contacter sur Facebook, et mobiliser des ressources extraordinaires pour y arriver.

Comment personne n’a rien vu, rien compris de l’enfer qu’elle vivait ? Et pourquoi elle n’a-t-elle pas été retrouvée pendant ces 10 ans ? C’est elle et elle seule qui a dû organiser sa survie au jour le jour dans les conditions les plus épouvantables. Et c’est elle et elle seule qui a réussi à se libérer et se présenter à la police pour être enfin protégée de son bourreau.

Contrairement aux titres des différents journaux, on ne l’a pas "retrouvée", elle s’est "échappée", tout comme toutes les autres jeunes filles séquestrées : Natascha Kampush, Jaycee Dugard, les trois séquestrées de Cleveland pour ne citer qu’elles, au bout de très longues années après des recherches qui n’ont jamais abouties.

Pour lire la suite cliquez ICI 

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1205626-sequestree-et-violee-pendant-10-ans-elle-s-evade-comment-vivre-avec-un-tel-traumatisme.html

mercredi 21 mai 2014

Des nouvelles du questionnaire de la campagne STOP AU DENI de l'association Mémoire Traumatique etVictimologie





DES NOUVELLES DE NOTRE QUESTIONNAIRE

Dans le cadre de la campagne STOP AU DÉNI, nous avons lancé un questionnaire d’auto-évaluation de l’impact des violences sexuelles sur la santé et la qualité de vie, et sur leur prise en charge et le parcours de soin à remplir de façon anonyme en ligne ou bien par écrit avec envoi par courrier. Ce questionnaire se compose de plus de 150 questions quantitatives et qualitatives et offre de nombreuses possibilités de témoigner et de laisser des commentaires. Il s’agit d’une première, ce questionnaire va apporter de précieux renseignements sur la réalité de ce que vivent les victimes de violences sexuelles et l’état des lieux de leur prise en charge. Ce sera un outil important pour améliorer la protection et les soins des victimes de violences sexuelles. L'analyse des résultats de l'enquête permettra d'éclairer les pouvoirs publics et les institutions médicales sur les mesures nécessaires pour faire face à ce grave problème de santé publique.


Le questionnaire est en ligne ICI : http://stopaudeni.com/questionnaire

A ce jour, nous avons déjà reçu plus de 920 réponses à ce questionnaire. 

Dès le mois de juin nous commencerons à diffuser les résultats au cours de campagnes successives d’information. Ce questionnaire fera l’objet de plusieurs publications et d’un rapport sur le parcours de soins et de prise en charge des victimes de violences qui sera présenté à la MIPROF, aux ministères concernés et aux élu-e-s. Nous présenterons également une partie des résultats du questionnaire les 20 et 25 novembre (Journée Internationale des Droits de l’Enfant et Journée Internationale de Lutte contre les Violences Faites aux Femmes) et l’ensemble des résultats sera diffusé lors d’un colloque en 2015.


POUR VOUS DONNER UN PETIT APERÇU DES INFORMATIONS RÉCOLTÉES À CE JOUR :

Sans surprise la très grande majorité des victimes sont des femmes, plus de 65% des victimes l’ont été en premier lieu dans leur enfance, le plus souvent très tôt et de façon répétée, elles ne se sont presque jamais senties protégées, en particulier celles qui étaient les plus vulnérables : celles qui étaient en situation de handicap rapportent qu’elles sont 0% à avoir été protégées, et seulement 1% d’entre elles ont pu bénéficier de solidarité et de soutien.
Les parcours de prise en charge et de soins ont été difficiles pour toutes les victimes, et ce alors que pour 81% d’entre elles l’impact des violences sexuelles sur leur santé mentale a été important (21%) et très important (60%), et pour 16% assez important, pour 2% peu important et 0% pas important. Elles sont 47% à avoir fait tentatives de suicides.
Les victimes, dans leur immense majorité, ont dû mettre en place seules des stratégies pour se protéger et survivre.
Les enfants victimes de violences sexuelles ont pour la majorité d’entre eux mis plusieurs année avant de pouvoir parler des violences subies.
Pour près de 90% des victimes le plus important c’est la formation des professionnel-le-s de la santé, suivi de l’information sur les conséquences et les mécanismes psychotraumatiques, la création de centres de santé spécialisés et la gratuité des soins.
Nous continuerons à recueillir les réponses jusqu’en juin 2014, vous pouvez donc continuer à proposer et diffuser ce questionnaire autour de vous, nous vous en remercions.


La campagne STOP AU DÉNI lancé le 8 mars 2014 par notre association Mémoire Traumatique et Victimologie pour lutter contre la loi du silence imposée aux victimes de violences sexuelles, le déni des violences qu'elles ont subies et de leurs conséquences, l'impunité des agresseurs, l'absence de protection et de solidarité, ainsi que l'abandon sans soin appropriés qui est leur quotidien alors qu'elles sont exposées continuellement à des dangers, des maltraitances, des situations de précarité et que l'impact sur leur santé est très lourd. Le viol étant avec la torture un des pires traumatismes que l'on puisse subir.

Dans le cadre de cette campagne STOP AU DENI nous avons diffusé sur le web et les réseaux sociaux :

- un clip-vidéo de 2mn "Et pourtant c'était un viol" réalisé par Thibaut Oskian qui a été vu plus de 17 500 fois que vous pouvez voir en cliquant sur ce lien :
 https://www.youtube.com/watch?v=0P0dy4wsLNo

- une affiche photo de Kasia Kosinski

- un dossier de presse très détaillé et riche en informations à télécharger sur ce lien : http://www.memoiretraumatique.org/assets/files/StopAuDeni_DossierDePresse.pdf

- des pétitions à signerhttp://stopaudeni.com/petitions

-et un site stopaudeni.com mise en ligne et géré par Laure Salmona avec de nombreux articles et des ressources mises à disposition : http://stopaudeni.com

D'autre par nous vous invitons à lire un long article très complet que  Muriel Samona a écrit et posté sur son blog MEDIAPART sur la pédocriminalité sexuelle : "Il est urgent de sortir du déni face à la pédocriminalité sexuelle"

Et toujours l'article sur le viol de la revue Santé Mentale : "Le viol, crime absolu"


vendredi 16 mai 2014

Journée « Tous ensemble pour les victimes » du 23 mai 2014 place Louis Lépine, face au Palais de Justice de 10h à 19h organisée par l'ANPRV



Journée 
« Tous ensemble pour les victimes »
 du 23 mai 2014 de 10 à 19h
Place Louis Lépine face au Palais de Justice 
à Paris


organisée par 
l'Association Nationale Pour la Reconnaissance des Victimes
et sa présidente Marie-Ange Le Boulaire



L'Association Mémoire Traumatique et victimologie y participe et y tiendra un stand toute la journée pour vous accueillir et vous donner des informations et des documents.

Lâcher de ballons pour les victimes à 13h

Programme et associations participantes




lundi 12 mai 2014

Entretien avec Muriel Salmona sur le site d'Isabelle Alonso par Sprenda le 12 mai 2014 : VIOLENCES : METTRE LE MONDE A L’ENDROIT






VIOLENCES : METTRE LE MONDE A L’ENDROIT

présidente de l’association
Mémoire Traumatique et Victimologie
par Sporenda 
posté sur le site d’Isabelle Alonso : http://www.isabelle-alonso.com

 S : Vous mentionnez au début de votre livre, « Le livre noir des violences sexuelles » que les violences envers les femmes et les enfants coûtent très cher à la société en soins médicaux, jours d’arrêt de travail, alcoolisme, toxicomanie, pertes d’emploi etc. Pourtant le coût financier considérable de ces violences n’est jamais mentionné nulle part. C’est donc littéralement une taxe que certains hommes font payer à l’ensemble de la société pour réparer les pots cassés par leurs violences. Les médias qui aiment chiffrer le coût de tout—immigration, déficit Sécu, etc, ne disent rien sur ce prix collectif à payer pour les violences masculines. N’y a-t-il eu aucune étude visant à établir plus précisément leur coût.
Dr. MS : Il y a eu très peu d’études effectivement, mais il y en a quand même eu une en 2006, dans le cadre du projet Daphné de lutte contre les violences, qui concernait le coût des violences conjugales ; on a essayé d’évaluer à peu près le prix, en Europe, de ces violences, ce qui a donné un chiffre se montant à plus de 20 milliards d’Euros. On a fait des fourchettes, et pour la France, on a estimé ce coût à 2,5 milliards d’Euros. Ce chiffre n’est qu’une estimation et ne concerne que les violences conjugales, beaucoup de facteurs de coûts, que ce soit pour la santé ou pour la justice, ont été oubliés dans cette estimation. Tel quel, le chiffre estimé est déjà énorme et ne peut absolument pas être mis en balance avec ce que serait le coût d’une prévention, de soins et d’une justice plus efficaces.
S : C’est extrêmement difficile à chiffrer parce que c’est tellement multiforme qu’il y a de nombreux coûts qui ne sont pas pris en considération.
Dr. MS : Oui comment chiffrer le préjudice moral et psychologique, comment chiffrer la souffrance et l’impact à terme sur la personnalité pour une personne qui est complètement envahie par les violences qu’elles a subies, l’impact sur sa sexualité, etc ? Tous ces coûts sont énormes et difficiles à chiffrer. Et cela génère une sorte de plafond de verre très bas pour les femmes victimes de violences, qui est mis en place très tôt—parce que les violences commencent souvent dans l’enfance – ce plafond empêche les adolescentes puis les femmes d’accéder à des choix qui soient en harmonie avec ce qu’elles veulent, avec leurs désirs. Et cela va impacter leurs études, leur vision d’elle-même, leur confiance en elle et leur estime de soi. Cela les formate à considérer qu’elles n’ont pas les mêmes droits, pas la même valeur que les hommes, qu’elles n’ont pas la même légitimité…Cela va modifier totalement leur trajectoire de vie, les engager dans des impasses qui auraient pu être évitées, ce qui leur aurait permis de se réaliser différemment, de trouver leur vraie place dans la société—car les inégalités, les violences et  les discriminations sexistes ont empêché les femmes d’avoir leur vraie place dans l’histoire.
S : Vous soulignez que les conséquences psychologiques de ces violences sont souvent minimisées ou  ignorées : dépressions, TS, automutilation, conduites autodestructrices peuvent résulter de violences subies dans l’enfance. Mais vous notez que le lien entre ces causes et leurs conséquences n’est jamais fait. Et le discours d’opinion commune continue d’insister sur la fragilité psychologique des femmes, en refusant de voir que ces fragilités résultent souvent de maltraitances masculines. Pourtant, dites-vous, personne n’accuse  un individu de saigner s’il a reçu un coup de couteau. Pouvez vous nous parler de la façon dont les troubles psychologiques consécutifs aux violences sont utilisés pour discréditer celles qui en sont victimes – par la justice par exemple ?
Dr. MS : Depuis des dizaines d’années, on connaît très bien  les conséquences des violences sur la santé, en particulier les conséquences psychotraumatiques, et leur impact ; on sait qu’il y a aussi des blessures neurologiques qui sont réparables mais qui existent bel et bien, et pourtant, toutes ces conséquences  qui ont été très bien décrites, avec des études qui ont montré l’impact énorme des violences sur la santé, tout ça n’est pas enseigné en France ni pendant les études de médecine ni en formation continue. De même très peu d’informations sur ces conséquences psychotraumatiques sont diffusées, ce qui fait que la majorité des professionnels qui vont prendre en charge les victimes, que ce soit médecins, psychologues, travailleurs sociaux, policiers ou magistrats, n’en ont aucune connaissance. Donc ça contribue à entretenir tous les stéréotypes, à entretenir des dénis de réalité et des dénis de preuve puisque ce sont des conséquences qui sont parfaitement logiques, normales, universelles, liées non pas à la victime, à sa personnalité, sa prétendue fragilité mais à la violence, à la stratégie de l’agresseur et à sa volonté destructrice.
C’est le cas de la sidération, le fait d’être paralysée par une violence totalement aberrante qui vous tombe dessus et qui n’a aucun sens, ce qui paralyse le cortex (c’est ce que l’on voit avec l’IRM). Et on reprochera à une victime en état de sidération de ne pas avoir crié, de ne pas s’être défendue, de ne pas avoir fui,  de ne pas avoir mordu—des exigences qui n’ont aucun sens par rapport à la réalité du trauma. Cette sidération va entraîner une impossibilité pour le cortex de contrôler l’émotion et le stress, ce qui génère une surcharge de stress telle que cela représente un risque vital, l’organisme  mettra alors en place un mécanisme de survie exceptionnel pour interrompre à tout prix ce stress en faisant disjoncter le circuit émotionnel, ce qui produit une anesthésie émotionnelle avec une sensation d’irréalité, d’être déconnectée et spectatrice de la situation ; du fait de cette dissociation, les victimes vont avoir des difficultés à reconnaître émotionnellement l’événement, à réaliser ce qui s’est produit réellement.
Du coup, les personnes de l’entourage de la victime dissociée ne vont pas avoir non plus accès à ces émotions : quand on est en face de quelqu’un de dissocié, on ne ressent rien émotionnellement. Ces personnes de l’entourage vont prendre pour argent comptant cette absence de réactions et penser que si la personne qui se dit victime de violences paraît si distanciée, indifférente, c’est que les violences ne doivent pas être si graves, ou qu’elles n’ont pas existé, et que de toute façon elle est totalement à côté de la plaque, qu’elle ne comprend rien, voire que c’est par imbécillité qu’elle s’est laissée faire. Comme dans le film « Polisse » où on voit une jeune ado de 13 ans à qui des garçons ont imposé des  fellations pour récupérer son téléphone, et les policiers vont lui faire la morale, et se moquer d’elle en lui disant : «mais alors qu’est-ce que tu aurais fait pour récupérer un ordinateur ?»  Et tout le monde de rire, policiers du film et public de la salle de cinéma… Alors que cette jeune fille est dans un état de choc traumatique très important. Cette dissociation est génératrice d’incompréhension, de rejet, voire de maltraitances, car personne ne voit que derrière elle, il y a une souffrance extrême.
Et après la sidération et la dissociation, s’installe la mémoire traumatique, symptôme central des traumas. C’est une mémoire émotionnelle qui fait ensuite revivre l’événement traumatique à l’identique sous la forme de réminiscences, flashbacks, cauchemars, c’est comme une torture sans fin, une machine à remonter le temps qui fait que le moindre lien rappelant les violences les fait revivre comme si elles étaient en train de se reproduire à nouveau, avec la même terreur, détresse, souffrance, avec les mêmes images, sons, sensations. La disjonction dans le cerveau fait que le circuit de la mémoire est lui aussi interrompu, la mémoire émotionnelle n’est pas enregistrée par l’hippocampe (le logiciel pour enregistrer la mémoire et donner des repères temporo-spatiaux). Cette mémoire traumatique contient de façon totalement indifférenciée à la fois le vécu de la victime, le contexte et la mise en scène de l’agresseur, sa haine, son mépris, et tout cela vient ré-envahir le psychisme de la victime qui se retrouve en état de panique et de terreur, qui revoit des images atroces, qui ré-entend les phrases assassines de l’agresseur comme si c’était les siennes, qui ressent des douleurs, une suffocation, une sensation à nouveau de mourir, mais également l’excitation perverse de l’agresseur. Si les victimes se sentent coupables, ont l’impression de n’avoir aucune valeur, c’est la mémoire traumatique des phrases culpabilisantes et dénigrantes de l’agresseur qui les colonise.
Vivre avec cette mémoire traumatique est un enfer (c’est pour cela qu’il est essentiel de la soigner pour la désamorcer et la transformer en mémoire auto-biographique), pour survivre les victimes devront mettre en place des stratégies handicapantes comme des conduites d’évitement et de contrôle pour qu’elle ne se déclenche pas, en se censurant et en réduisant le plus possible son périmètre de vie, et quand on ne peut pas éviter son déclenchement, des conduites dissociantes pour l’anesthésier, comme des conduites addictives (alcool, drogues, médicaments à haute dose) ou des conduites à risque et des mise en danger (auto-mutilations, et des mise en danger sexuelle, ou sur la route, dans le sport, etc.) pour provoquer par le stress une disjonction afin de se dissocier et de ne plus rien ressentir. Conduites que l’on va également leur reprocher continuellement.
La méconnaissance de la mémoire traumatique fait que l’on va reprocher aux victimes de ne pas être capable de passer à autre chose, qu’on ne va pas comprendre l’intensité de leurs réactions et de leur mal-être et trouver qu’elles en rajoutent, qu’elles font du cinéma, qu’elles sont hystériques, paranoïaques. Ou bien les flashbacks et les réminiscences sensorielles vont être pris pour des hallucinations et parfois étiquetées à tort comme psychotiques.
Il y a une sorte de vision complètement fausse, à base de stéréotypes, qui est plaquée sur les victimes.
Et la disjonction et la dissociation peuvent aussi provoquer des amnésies et des pertes des repéres temporo-spatiaux qui vont encore plus faire douter de la parole des victimes qui ne sont pas capables de se rappeler de détails des faits de violences, des lieux, de l’heure, et qui peuvent a contrario, après les avoir oubliés, se rappeler soudain de scènes de violences dont elles n’avaient pas parlé auparavant, ce qui les fera soupçonner de mensonges par les policiers.
S : C’est une façon de se préserver du trauma, les amnésies ?
POUR LIRE LA SUITE CLIQUER ICI






vendredi 2 mai 2014

Colloque de l'ENM et de l'association Louis Chatin pour les droits de l'enfant : La prise en charge judiciaire de l'enfant victime le 19 mai 2014 à la Cour de cassation Paris, avec une intervention de la Dre Muriel Salmona




COLLOQUE LA PRISE EN CHARGE JUDICIAIRE DE L’ENFANT VICTIME

Le 19 mai 2014 de 9h à 18h

Grand’chambre de la Cour de cassation

organisée par

l’association Louis Chatin pour les droits de l’enfant et l’ENM


Avec l’intervention de la Dre Muriel Salmona de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie sur la prise en charge médicale de l’enfant victime



PROGRAMME







jeudi 1 mai 2014

Colloque L’enfant harcelé, harceleur ou témoin : de la famille à l’école, samedi 17 mai 2014 à Pau organisé par l'association Halte au harcèlement moral Halt’Hamo 64 en partenariat avec l’Ordre des avocats de Pau





Colloque :

L’enfant harcelé, harceleur ou témoin : 
de la famille à l’école 

samedi 17 mai 2014 de 9h à 18h45

Université de Pau et des Pays de l’Adour, 
Faculté de droit, d'économie et de gestion
organisé par 
l’association 
Halte au harcèlement moral Halt’Hamo 64
 en partenariat avec l’Ordre des avocats de Pau

La dre Muriel Salmona interviendra sur les conséquences du harcèlement moral

Programme



Journée de sensibilisation le 5 mai 2014 à Bayonne : "Violences conjugales et parentalité": Protéger la mère, c'est protéger l'enfant. Conséquences traumatiques, accompagnement des victimes et travail sur la parentalité




ACJPB





Journée de sensibilisation 
"Violences conjugales et parentalité": Protéger la mère, c'est protéger l'enfant.
Conséquences traumatiques, accompagnement des victimes et travail sur la parentalité




Le lundi 5 mai 2014 de 9h à 17h 
à la Maison des Associations de Bayonne



Le réseau local d'accompagnement contre les violences faites aux femmes
(CIDFF64, ACJPB, Planning familial) vous invite à une journée d'échanges, de débats et de réflexion qui a pour objectif de :  
- Sensibiliser les professionnels, le grand public et les parents aux conséquences des violences conjugales sur chacun des membres de la famille.
- Aborder la place des enfants notamment la question des violences conjugales en terme de parentalité.

En présence du Docteur Muriel Salmona, Psychiatre – Psychotraumatologue, auteure de : "Le livre noir des violences sexuelles" paru chez Dunod en 2013, elle a publié de nombreux articles sur les conséquences psychotraumatiques des violences intra-familiales, conjugales et sexuelles
Présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie.
Cette association est une structure de formation, d'information et de recherche sur les conséquences psychotraumatiques des violences. Elle a pour but d'améliorer l'identification, la protection et la prise en charge des victimes dans l'optique de lutter contre toutes les violences et d'améliorer leur prévention.

Et de Monsieur Edouard Durand, Magistrat, Coordonnateur de formation à l'Ecole nationale de la Magistrature.
Edouard Durand a exercé les fonctions de juge aux affaires familiales et de juge des enfants de 2004 à 2012 dans les Bouches-du-Rhône.
Il a publié plusieurs articles sur ce thème dans les revues Dalloz Actualité juridique famille, Connexions, Justice actualités (ENM) et Esprit. 
Il vient de publier un ouvrage "Violences conjugales et parentalité, protéger la mère, c'est protéger l'enfant"




PROGRAMME JOURNEE DU 5 MAI 2014 
Maison des Associations Bayonne



9H Accueil des participant-e-s

9H30 Introduction de la journée et présentation du réseau local d'accompagnement 
par Madame Claire SABALO - Juriste, Référente violences CIDFF 64

10h Politique pénale en matière de lutte contre les violences faites aux femmes  
Présentation du projet de loi sur l'Egalité entre les femmes et les hommes
Par Madame Colette CAPDEVIELLE- Avocate, Députée de la V circonscription. 

10h30 - Monsieur Edouard DURAND- Magistrat, Coordonnateur de formation à l'école nationale de la magistrature, auteur de l'ouvrage "Violences conjugales et parentalité: Protéger la mère c'est protéger l'enfant"
Thème de l'intervention:
Aborder les violences conjugales sous l'angle de la parentalité c'est à dire la capacité des parents à répondre aux besoins fondamentaux de leur enfant.
Par l'étude de la législation et la référence à une pratique juridictionnelle, Edouard Durand démontre que la protection de l'enfant n'est pas dissociable de la mère et donnera des indications afin de permettre une protection effective de la mère et de l'enfant.

11h45- Questions/débat

Déjeuner libre


14h30 - Docteur Muriel SALMONA – Psychiatre spécialisée en psychotraumatologie et victimologie - Présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie 
Thème de l'intervention:
Les conséquences psychotraumatiques des violences conjugales
Quels sont les impacts psychologiques traumatiques sur chacun des membres de la famille ? 
Comment accompagner les enfants pour que ce traumatisme vécu ne compromette pas leur devenir ?

15h30 - Questions/débat 

16h30- Clôture

Merci de vous inscrire par mail à l'adresse suivante : acjpb64@orange.fr 
Inscription gratuite obligatoire